Elie Mouyal veut promouvoir une solution de relogement d’urgence avec un coût unitaire de 10.000 DH
Cet architecte marocain, l’un des pionniers de l’architecture en terre au Royaume, propose un prototype d’habitats temporaires d’urgence à base de matériaux locaux, que les populations touchées par le séisme pourraient s’approprier. Le coût est estimé à environ 10.000 DH, voire moins si ces derniers recourent à la récupération.
L’automne est là et l’hiver est à nos portes. La littérature scientifique sur les séismes insiste sur un point : il faut réussir l’étape de relogement d’urgence. Et, dans cette étape, la lutte contre le froid et les intempéries est décisive.
Le Maroc se trouve actuellement à cette étape, le relogement d’urgence, tout en préparant le relogement permanant, c’est-à-dire la reconstruction. Jusqu’à présent, l’action des autorités et celle de la solidarité de tout le peuple marocain ont été rapides et efficaces. Mais une tente suffira-t-elle à passer l’hiver ? Et quid du bétail ?
Elie Mouyal a conçu une solution, dans le cadre de ces élans spontanés que la plupart d’entre nous connaissent dans les moments difficiles que peut traverser la nation. Une solution qui a plusieurs mérites :
- elle intègre les matériaux locaux, y compris de récupération ;
- elle prévoit une isolation thermique (à 80% du temps selon lui) et contre les intempéries ;
- elle peut être prise en charge par les intéressés.
Voici une description de cette solution, ses réponses à nos interrogations et enfin les critiques qui pourraient être émises.
Elie Mouyal, l’un des pionniers de l’architecture en terre au Royaume.
Aucune solution retenue pour l’instant
Jeudi 21 septembre, Elie Mouyal a présenté son idée à Fatima-Zahma El Mansouri, ministre de l’Habitat, qui l’a rencontré ainsi que d’autres intervenants, afin d’étudier les solutions possibles pour reloger les habitants touchés par le séisme, et dont les maisons ont été endommagées.
"Certes, cette réunion était destinée à l’habitat définitif, mais elle fut aussi l’occasion pour moi d’essayer de promouvoir la solution que j’ai développée et d’en démontrer l’efficacité", confie cet architecte à Médias24 ; lui qui donne une importance cruciale à l’habitat d’urgence.
"La ministre a pris note des différents avis. Certains, dont moi-même, estimons que cette solution peut se faire, d’abord au vu du prix abordable des habitats ; ensuite en raison de sa durabilité, estimée entre une année et deux ans. Les gens pourront alors reconquérir leur espace, ce qui implique une efficacité économique, humanitaire et sociale", déclare-t-il à Médias24.
"Il y a toutefois eu des objections relatives à la durabilité. Les opposants ont en effet estimé que ces habitations seront tellement bien faites que ce ne sera que du provisoire qui durera", alors que l’objectif est de reconstruire des maisons à long terme. D’autres considèrent que ces habitats certes provisoires, sont fragiles et pourraient s’envoler à la moindre intempérie. Mais il faut savoir que les aides de 80.000 DH (réparation des habitations effondrées partiellement) et de 140.000 DH (reconstruction des habitations détruites), ne seront décaissées par l’Etat qu’au fur et à mesure de l’avancement des travaux de reconstruction, ce qui a priori, éloigne le risque d’un provisoire qui va durer.
"Rien n’a été tranché pour l’instant", ajoute l’architecte. "J’ai toutefois senti un a priori favorable sur mon modèle, mais étant donné qu’il s’agit d’une stratégie nationale, les différentes solutions devront être étudiées."
Et de poursuivre : "Douze mois pour faire de l’habitat en dur, c’est à la fois long pour les gens sans abri, mais aussi très court pour pouvoir faire les choses dans la sérénité. Il faudra faire un choix."
16 m² en sept jours
En quoi consiste concrètement le projet d’Elie Mouyal ? Avant de répondre à notre question, il tient à préciser qu’il ne fournit que l’idée et le prototype de sa solution. "Je pourrai éventuellement intervenir pour corriger le modèle", précise-t-il. Il ne revendique qu’une intervention conceptuelle, technique, didactique, d’expertise et rien d’autre. En d’autres termes, pas de flux financiers, pas de rémunération, ni même d’intervention dans le choix éventuel d’un prestataire.
Comme le montrent les photos ci-dessous, il s’agit de logements intermédiaires, construits à base de matériaux locaux, pour permettre aux habitants de passer au moins cet hiver au chaud en attendant la reconstruction définitive de leurs logements.
"Ces logements peuvent être construits en sept jours. Sur ces photos, ils en sont à quatre jours d’avancement. Ce sont des habitations de 16 m² de surface et de 3 m de hauteur. Il y a une grande chambre avec une porte et une fenêtre, comme un grand salon marocain. Toutes les maisons du monde méditerranéen commencent par une chambre."
"La longueur fait donc deux fois la largeur. Elles sont également complètement démontables, puisqu’il n’y a pas de béton. Les habitants peuvent ainsi les démonter pour construire en dur."
Isolation thermique en mousse polyuréthane
"Ces habitations sont aussi recouvertes de mousse polyuréthane, fabriquée aux Etats-Unis à base de bouteilles en plastique. Certes les règles parasismiques doivent être respectées, mais il y a également une loi thermique à prendre en compte. Tous les bâtiments doivent être isolés. Et au Maroc, il n’y a pas d’autres produits disponibles pour l’isolation que la mousse."
"Celle-ci est utilisée entre les murs et les cloisons, ainsi que sur le toit. Le mur est d’une épaisseur de 15 cm. Si l’on part de l’intérieur, on trouve du plâtre, puis du roseau sur lequel on met 5 cm de mousse. On laisse ensuite 2 cm de vide pour ajouter une couche de roseaux attachés solidement, puis une couche de terre et de paille."
"Nous avons déjà fait une simulation thermodynamique qui a démontré que ces habitations garantissent 18°C pendant 80% du temps, notamment durant les nuits d’hiver, et résistent à un vent de 50 km/h." Résister à un vent de 50 km/h suffira-t-il en ces latitudes ? Quid des chutes de neige ? Le toit y résisterait-il ? Et l’étable de bétail ?
Quel prix ?
"Environ 10.000 DH si l’on achète les matériaux, voire moins si l’on parvient à récupérer les roseaux, rondins, fenêtres, portes et pierres", nous répond Elie Mouyal.
Pour cette opération, "je connais un entrepreneur de Casablanca qui paiera une partie de la mousse. Il s’est engagé sur 50 unités gratuites, qu’il pourra rallonger à 60. Un fournisseur américain offre, lui, 90 unités sous forme de produits".
"Une maison peut être entièrement isolée en 5 heures", ajoute notre interlocuteur. Certes, à ce rythme, le nombre de maisons intermédiaires sera assez limité, mais "on peut toujours importer une machine de production de mousse des Etats-Unis" pour l’augmenter.
"C’est une solution que j’ai développée la nuit même du séisme. J’ai réalisé les croquis ce soir-là, et dès le samedi matin, nous avons acheté les rondins au souk, ainsi que les fils de fer et les roseaux, pour démarrer la construction le jour même."
"L’idée est de convaincre cinq premières personnes de recourir à cette solution, qui à leur tour en convaincront d’autres… C’est en quelque sorte un effet multiplicateur, qui permettra d’arriver à un idéal de 10.000 à 20.000 logements à base de produits locaux." Selon un premier bilan, 50.000 logements ont été totalement ou partiellement détruits par le séisme. Le diagnostic est toujours en cours, et le chiffre définitif n’a à ce jour pas encore été arrêté.
"L’idéal, c’est d’avoir des gens capables de construire ces logements à partir du modèle que je leur livrerai, des gens professionnels et avertis, capables de guider des équipes composées notamment de locaux. Ils doivent aussi être capables de travailler dans la vallée et de s’engager à effectuer des visites d’architectes et d’ingénieurs à deux reprises, le premier et le dernier jour avant d’installer l’isolation. Mon travail à moi se limite à leur livrer l’idée, le modèle, les explications, un manuel de montage et une vidéo didactique en arabe et en amazigh avec les étapes expliquées par des ouvriers", conclut l’architecte. Il espère que "les pouvoirs publics ne s’opposeront pas" à sa solution.
Ci-dessous le coût estimatif des fournitures pour réaliser une nouala de 5,4/2,7 m².
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