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Séisme d’Al Haouz : pourquoi le Maroc a le droit d’être sélectif dans les aides internationales

En État souverain, le Royaume fait appel à l’aide internationale en fonction de ses besoins actuels pour éviter un encombrement logistique contre-productif. Ce qui semble déplaire à une certaine élite française qui s’offusque de la non-réponse de Rabat et tente de faire le forcing pour imposer l’aide française au Royaume. Décryptage.

Arrivée de l’équipe de secours britannique

Séisme d’Al Haouz : pourquoi le Maroc a le droit d’être sélectif dans les aides internationales

Le 11 septembre 2023 à 18h13

Modifié 11 septembre 2023 à 19h01

En État souverain, le Royaume fait appel à l’aide internationale en fonction de ses besoins actuels pour éviter un encombrement logistique contre-productif. Ce qui semble déplaire à une certaine élite française qui s’offusque de la non-réponse de Rabat et tente de faire le forcing pour imposer l’aide française au Royaume. Décryptage.

Alors que le Maroc compte ses morts, ses blessés, et que tous les efforts de l’Etat sont mobilisés pour sauver des personnes encore ensevelies sous les décombres, une polémique est née sur la gestion marocaine des nombreuses propositions d’aide et d’assistance venues d'ailleurs. Une polémique née en France, où plusieurs médias, journalistes et experts qui font le tour des plateaux des chaînes télé d’info en continu expriment leur incompréhension de la "non-réponse" du Maroc à la proposition française formulée par le président Macron.

Présents à Paris, nous avons participé à certains de ces plateaux télé et vu comment le sujet était traité, aussi bien sur le direct que dans les coulisses. Le drame, la tragédie humaine, les efforts des secouristes marocains sur le terrain sont esquivés rapidement, car le sujet dont tout le monde veut débattre est pourquoi le Maroc a dit non à la France. Une "offense" à la main tendue par Macron ! Une manière indirecte de signifier que les Marocains ne peuvent s’en sortir sans l’aide française…

Pourquoi l’Espagne, le Qatar, la Grande-Bretagne, les Emirats arabes unis, et pas la France ? s’interrogent-ils, offusqués. Pourquoi le Maroc ne répond-il pas à la France, qui peut concourir de manière efficace, disent-ils, aux opérations de sauvetage ? Des questions qui ne sont pas innocentes, puisque la réponse toute trouvée est à chercher, selon eux, dans le froid diplomatique entre Rabat et Paris, "des considérations politiciennes qui n’ont pas lieu d’être dans ces moments difficiles où il s’agit de sauver des vies", nous dit-on. Le message subliminal et particulièrement pervers véhiculé par ce faux débat : "Dans un élan de fierté mal placée, le Maroc est en train d’abandonner ses citoyens en refusant l’aide que lui propose la France".

"Trop d’aide tue l’aide !" 

Factuellement, tout est pourtant faux dans ce raisonnement. Plusieurs experts rencontrés à Paris par Médias24 nous expliquent que la réponse marocaine aux différentes aides proposées par plus d’une soixantaine de pays est pertinente. Certains ont couvert ou travaillé dans les opérations de sauvetage en Haïti, en Italie ou tout récemment en Turquie. Et nous expliquent que toutes ces expériences ont démontré que "trop d’aide tue l’aide".

L’argument est principalement organisationnel et logistique. Dans les moments de crise, les bonnes volontés s’expriment de partout. Accepter toutes les propositions, sans organisation ni coordination préalable, crée généralement un encombrement des aides, un embouteillage logistique, une anarchie dans la gestion de la catastrophe et se révèle contre-productif, comme l’a si bien expliqué le ministère de l’Intérieur dans un communiqué publié le dimanche 10 septembre pour clarifier la position marocaine sur le sujet des aides internationales.

Dans un débat auquel nous avons participé sur une des chaînes françaises, le vice-président de Médecins du Monde, Jean-François Corty (un natif d’Agadir qui connaît bien le Royaume), a expliqué clairement que le Maroc a l’expérience de la gestion de ce genre de catastrophes naturelles, qu’il dispose de tous les moyens pour gérer cette crise, qu’il a toutes les compétences requises pour réussir dans cette lourde tâche - ingénieurs, militaires, agents de la protection civile, médecins… Et qu'un encombrement des aides internationales, comme on l’a vu en Turquie ou en Haïti, risque de désorganiser toute la chaîne et d'ajouter de la difficulté à la gestion de crise.

C’est de ces expériences que le Maroc s’est, semble-il, inspiré pour traiter les propositions d’aide qui lui sont parvenues dès les premières heures suivant le séisme, comme le souligne le communiqué du ministère de l’Intérieur.

"Dans le cadre d’une démarche conforme aux standards internationaux en pareilles circonstances, les autorités marocaines ont procédé à une évaluation minutieuse des besoins d’aide sur le terrain, conscientes du fait qu’une aide non coordonnée sera contre-productive. Sur la base de cette évaluation, les autorités marocaines ont, à ce stade précis, répondu favorablement, à des offres de soutien manifestées par des pays amis proposant de mettre à disposition des équipes en matière de secours et de sauvetage. Selon la même démarche de coordination critique lors de cette phase d’intervention, les équipes dépêchées par ces pays se mettent en contact opérationnel avec leurs homologues marocaines."

Ces "amis" que le communiqué évoque sont au nombre de quatre pour l’instant : les Britanniques, les Espagnols, les Qataris et les Emiratis. Pourquoi ces quatre pays et pas d’autres ? Cela relève tout naturellement de la souveraineté de l’Etat marocain qui a le droit de choisir avec qui collaborer dans cette première étape, sachant que le ministère de l’Intérieur exprime clairement qu’en fonction de l’évolution des besoins dans d’autres phases, le Maroc pourrait avoir recours aux offres de soutien émanant d’autres pays et qui peuvent impliquer une mise à disposition d’autres formes de soutien.

Le Maroc se comporte en Etat souverain qui connaît bien ses besoins

C’est en Etat souverain que le Maroc se comporte et gère cette crise. Et il est normal, comme nous le dit un politique français rencontré dans les loges de France Info, que l’on se tourne d’abord vers les pays avec qui on a des relations privilégiées. Ce qui n’est naturellement pas le cas depuis quelques mois avec Paris, où le Maroc n’a pas encore d’ambassadeur depuis le départ de Mohamed Benchaaboun en octobre 2022.

Le choix du Maroc, à cet instant précis, repose donc sur un critère logistique, avec comme objectif d'être le plus efficace possible dans les opérations de secours. Cette phase, qui devrait durer quelques jours encore, laissera place à une autre phase aussi décisive : le relogement de ceux dont les maisons ont été détruites , le soutien matériel et psychologique des familles qui ont perdu leurs proches, le retour à une vie normale avec la reconstruction des écoles, des infrastructures, des routes, des centres de santé… Et assurer, entre-temps, une vie digne à la population de la région qui devra faire face à un hiver difficile. C’est là où d’autres formes d’aides financières, humaines ou matérielles peuvent être sollicitées si le Maroc le juge utile.

Figure de l’intelligentsia parisienne, Bernard-Henri Lévy le dit dans un tweet sur le réseau social X pour essayer de faire taire ce qu’il qualifie d’absurde polémique :

"Absurde polémique franco-française sur le Maroc qui “n’accepterait pas” l’aide internationale. Quiconque a l’expérience des catastrophes humanitaires sait que telle est la loi : on hiérarchise les urgences, on établit des priorités - et chaque intervention vient à son heure."

Une polémique d’autant plus absurde qu’elle n’est visible qu’en France. Les Etats-Unis, l’Inde, l’Allemagne, la Russie et les dizaines d’autres pays qui ont proposé leur aide au Maroc ne s’offusquent guère de la "sélection" faite par le Maroc à ce stade. Ce qui démontre, selon un grand journaliste français, qui nous dit en off, que cela est "une nouvelle démonstration du nombrilisme de certains médias et acteurs politiques français qui ont encore du mal à saisir la société marocaine".

Darmanin : "Le Maroc est capable de répondre à ce genre de difficultés tout seul"

Les officiels français ont été pourtant très clairs dans leurs sorties médiatiques sur le sujet. À l’image du ministre de l’Intérieur,  Gérald Darmanin, qui a déclaré ce lundi matin à BFMTV que "le Maroc est capable de répondre à ce genre de difficultés tout seul" et que la "France reste disposée à apporter son soutien au Royaume quand celui-ci le jugera utile".

Même réaction de la ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna, qui évoque dans le Face à Face de RMC de ce lundi matin, "une fausse querelle" et précise que le Maroc n’a pas dit "non" à la France, qu’elle a elle-même échangé longuement, la veille, avec son homologue marocain, et que le président de la République a également "échangé des messages" avec le Roi du Maroc.

"Le Maroc ne refuse aucune offre. Il appelle telle ou telle aide en fonction de l’évolution de la situation et de l’évaluation qu’il en fait. Le Maroc est un Etat souverain, il faut respecter ses choix", insiste Catherine Colonna. En vain… Les préjugés de certains médias de l’Hexagone ont la peau dure, malgré toutes les explications logiques des officiels et de plusieurs experts qui ne vont pas dans le sens de la polémique.

Driss Jaydane :  "Ils méritent d'être taxés de nihilistes !"

La preuve est donnée par la Une de Libé de ce lundi 11 septembre, journal de l’intelligentsia parisienne, qui a mis de côté la sensibilité humaine de gauche, courant dont il se revendique, pour mettre de l’huile sur le feu, en affirmant en pleine couv’ titrée "Aidez nous, nous mourons en silence", avoir réalisé "un reportage dans une région dévastée, où le bilan du séisme continue de s’alourdir et où les secours et l’aide internationale peinent à arriver". Indigne d’un journal qui a été fondé et dirigé par de grands hommes de culture, porteurs de valeurs de progrès et d’humanisme.

Mais "qu'est-ce que la Culture, sinon la prise en compte de la vulnérabilité et de la mortalité d'autrui ! Ces deux catégories, fondamentales, de notre condition d'humains. Et ce, par-delà les frontières, les âges... Lorsqu'un ou des médias ne prennent pas en compte la dimension quasi sacro-sainte de ces deux catégories dont le respect nous dit et nous fait qui nous sommes, fragiles, humains, et tous liés par cette même condition que résume cette seule possible définition de la Culture, lorsqu'ils ne respectent pas le temps de la vulnérabilité et de la mortalité pour 'se faire une couv', ils méritent d'être taxés de nihilistes", comme le dit l’auteur marocain et professeur de philosophie, Driss Jaydane, dans un post sur LinkedIn qu’il nous a autorisés à republier.

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