Reportage. De Marrakech à Ijoukak, dans les zones éplorées du Haut Atlas
Dans la province d’Al Haouz, où se situe l’épicentre, les dégâts sont immenses, le bilan ne cesse de s’alourdir et les secours peinent à accéder aux douars en ruine. Samedi 9 septembre 2023, au lendemain du séisme, nos journalistes étaient sur place pour documenter les retombées de cet évènement tragique avant le déploiement de l’action publique.
L’un de nos reporters a passé sa journée à Marrakech. Deux autres ont pris la route de Tizi N’test tentant de rejoindre Ighil, épicentre du séisme dévastateur. Bien que préparés à ce qu’ils allaient voir et entendre, notamment de par les contacts sur place, ils ont été dévastés par l’ampleur des dégâts et de la tragédie.
La ville de Marrakech a été relativement épargnée malgré les décès et les quelques effondrements de bâtiments plutôt vétustes. Ce dimanche matin, la vie y avait repris son cours et les quelques centaines de familles issues notamment de la médina, qui ont passé 24 heures dehors, ont regagné leurs logements, hormis ceux ayant été victimes d’effondrements.
Par contre, au fur et à mesure que l'on s'enfonçait dans le haut Atlas, la situation devenait tragique et d'une tristesse infinie.
Asni, Talat N’yaacoub, Tahanout, Moulay Brahim...
Départ : Marrakech à 11h. Destination : Talat N’Yaaqoub, localité à une vingtaine de km de l’épicentre situé à Ighil au sud-ouest de Marrakech.
Plus on s’avance vers l’épicentre, plus les dégâts sont importants. Pire, la prise en charge se dissipe au fur et à mesure que l’on s’engage dans les sentiers des montagnes du Haut-Atlas, zones reculées, inaccessibles et oubliées de tous avant qu’elles ne soient englouties dans la nuit du 8 septembre par les secousses.
Les Forces Armées Royales ont déployé d’urgence, dans la nuit du 9 septembre 2023, d’importants moyens humains et logistiques, aériens et terrestres, ainsi que des modules d’intervention spécialisés à base d’équipes de recherche et sauvetage et d’un hôpital médico-chirurgical de campagne.
Des hélicoptères, des avions, des drones ainsi que des antennes logistiques sont déployés dans les zones isolées et inaccessibles pour évacuer les blessés et exhumer les corps des victimes coincés sous les édifices effondrés.
Plusieurs agents de la Protection civile étaient sur place. Militaires et bénévoles travaillaient également main dans la main pour fluidifier la route et permettre aux secours de passer, mais l’ampleur de cette concentration d’efforts s’amoindrit à mesure que l’on s’éloigne de Marrakech et que l’on se rapproche des zones sinistrées. Et elle semble parfois dérisoire devant l’ampleur des dégâts, l’éparpillement des douars, l’escarpement et l’enclavement.
Des cris sourds dans les douars d’Al Haouz
Les vidéos et images prises par nos journalistes sur place l’attestent : les éboulements de pierres et de terre au niveau des routes montagneuses bloquent la circulation, ce qui complique considérablement l’accès à la Protection civile. Ces éboulements de la montagne provoqués par les secousses telluriques ont d’ailleurs détruit de nombreuses habitations et tué des habitants.
A Tahannaout, quelques maisons construites en terre se sont effritées, d’autres sont fissurées et celles qui résistent, pour l’instant, menacent de s’effondrer. Quelques villageois du troisième âge sont aperçus, mais ces derniers sont incapables de commenter ce qu’ils ont vécu ces dernières heures, rapportent sur place des journalistes de Médias24.
Même chose dans la localité de Moulay Brahim : rares sont les habitations épargnées. Les constructions sont endommagées, et des masses de parpaing entourent les maisons écroulées sous l’effet de l’onde de choc souterraine. Ce samedi 9 septembre, très peu d’ambulances sont présentes sur place, ce qui inquiète face à l’étendue des dégâts, témoignent nos journalistes.

Des blocs de pierre se sont écrasés sur la route entre Moulay Brahim et Asalda, village presque entièrement détruit. Ambiance macabre comme on peut le constater par des images vidéo : les maisons construites en terre effritées, la façade de la mosquée fissurée, les devantures d’autres constructions défigurées, les cadavres recouverts de couvertures.
D’Asni jusqu’à Talat N’Yaaqoub, les villages sont désertés et très peu d’autochtones sont sur place. Par ailleurs, les gendarmes, militaires et agents de la Protection civile sont introuvables. L’éparpillement est tel que la tâche semble surhumaine.

Vers 14h, nos journalistes étaient à Ouirgane, à environ 13 kilomètres de l’épicentre qui, rappelons-le, se situe à Ighil. Dans ce village de la province de Al Haouz, des pompiers de la Protection civile travaillent d’arrache-pied pour exhumer les corps ensevelis sous les décombres, mais aussi pour débloquer le passage vers les douars enclavés de la province.

Quasiment tous les douars autour sont inaccessibles en voiture. Les ambulances n’ont pas accès à ces localités et l’intervention est par conséquent très lente. Les agents de la Protection civile doivent traverser à pied une longue piste avant d’atteindre les douars ravagés.

De tous ceux que nous avons pu atteindre, Talat N’Yaaqoub est incontestablement le village le plus touché par les tremblements de terre. Les maisons sont en ruine ou quasiment effondrées. Impossible de discuter avec les gens du village qui sont toujours sous le choc, portant des blessures au corps et à l’âme. La solidarité est malgré tout mise en place entre villageois qui, en l’absence d’intervention des autorités, se sont organisés entre eux pour dégager des personnes sous les ruines.

La route entre Ijoukak et Talat N’Yaacoub, ou ce qu’il en reste.
Enfin, sur le chemin du retour, tentative de passage à Imlil où plusieurs grosses pierres issues d’effondrements bloquent la route à 20 km du village, et un corps sorti des décombres hante à ce jour nos esprits.
Marrakech, la vieille ville endommagée
Si le bilan humain le plus élevé a été enregistré principalement dans les zones rurales difficiles d’accès de la province d’Al Haouz, Marrakech déplore au moins 17 décès selon le dernier bilan en date du 10 septembre à 16h. Nos journalistes se sont déplacés au CHU de la ville, surchargé.
La secousse a également provoqué d’importants dégâts matériels documentés par nos journalistes sur place, notamment dans l’ancienne médina.
La porte historique de Bab Ghmat, porte sud-est principale de la médina, a été partiellement détruite. Une des ses façades s’est effondrée, laissant de gros blocs de pierres au pied de la porte et détruisant les palmiers autour.
Sur la place Jamaa El Fna, l’emblématique mosquée Kharbouch collée au Zeitoun Café n’a pas été épargnée. Son minaret s’est partiellement effrité et les dégâts sont visibles de loin. Dans l’ancienne médina, plusieurs habitations et maisons historiques ont été ravagées, obligeant les résidents à évacuer.

Des maisons détruites, effritées, amochées et, ou, fissurées, jalonnent les ruelles de l’ancienne médina ensevelie sous la poussière et les débris. Des voitures écrasées et des biens abandonnés s’ajoutent à l’ambiance pesante qui règne lorsqu’on longe les artères.
A quelques centaines de mètres de là, le Mandr Café situé entre la place Jamaa El Fna et les jardins de la Koutoubia, au premier étage d’un immeuble des années 1930, a été sérieusement touché par le séisme, qui a laissé derrière lui un espace sans âme fait de gravats et de débris.

Par ailleurs, les secousses ont provoqué d’importantes fissures dans la structure du minaret de l’emblématique mosquée Koutoubia, mais aussi au niveau de la Zaouia de Sidi Bel Abbas où une porte en arc s’est partiellement effondrée. Une source autorisée nous déclarera que les dégâts dans les monuments de la ville ne sont pas irréparables.

Un élan de solidarité s’est rapidement organisé à Marrakech pour venir en aide aux population sinistrées de la province d’Al Haouz, qui abrite désormais des villages fantômes. Les citoyens ont afflué massivement dès les premières heures de la journée de ce samedi au centre de transfusion sanguine de Marrakech pour faire don de leur sang.

Vers 11h, le centre de transfusion était littéralement pris d’assaut. Malgré les fortes chaleurs et les longues files d’attente, des centaines de personnes, jeunes et moins jeunes, patientaient calmement sous le soleil tapant de Marrakech. Beaucoup de bénévoles étaient présents également pour distribuer nourriture et boissons aux personnes venues faire don de leur sang.

Plus de peur que de mal au quartier Sidi Youssef Ben Ali, où les gens ont décidé d’installer des tentes improvisées avec des draps et autres linges de maison en face de leurs habitations qui, pour certaines, ont subi des fissures. Face à la menace de potentielles répliques qui planent sur leurs habitations fragilisées, les habitants du quartier ont préféré passer 24 heures en plein air avant de revenir chez eux suite aux recommandations des autorités.
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