Murs fissurés après le séisme : quand s’inquiéter ? (Experts)
Pour évaluer l’ampleur des dégâts dans les habitations après le séisme, le recours à un professionnel du bâtiment est nécessaire. Quelques indicateurs permettent toutefois de repérer les fissures inquiétantes et dangereuses. Voici des conseils d’experts.
Après le séisme du vendredi 8 septembre dans la région d’El Haouz, et hormis les importants dégâts dans certaines régions dévastées, certains occupants s’interrogent quant à la gravité des fissures constatées dans les habitations qui ont résisté.
Faut-il s’inquiéter davantage lorsque la fissure présente une forme particulière ? Ou qu’elle se trouve à un emplacement précis ? Quels sont les indicateurs d’un effondrement imminent ? Pour répondre à ces questions, le premier réflexe à adopter est de contacter un expert du bâtiment.
Médias24 a sondé deux experts qui préconisent en priorité le recours à un professionnel pour évaluer l’ampleur des dégâts. Par ailleurs, ils expliquent que certains indicateurs sont plus préoccupants que d'autres. Comme l’indique Ahmed Taleb, architecte et membre du bureau exécutif du Mouvement des ingénieurs marocains, “au-delà de l’atteinte à l’intégrité du bâtiment après le séisme, la présence de fissures peut faire courir un risque à ses occupants. Bien entendu, toutes les fissures ne sont pas aussi dangereuses les unes que les autres. Elles ne doivent pas toutes générer le même niveau d’inquiétude chez les occupants”.
“Évaluer la gravité d’une fissure est assez complexe. Cependant, en première approche, il existe des signes qui doivent alerter ; tels que des bruits de craquement, des chutes de matériaux, une ouverture excessive, une évolution rapide ou des difficultés à manipuler les ouvrants, etc.”, poursuit notre interlocuteur.
Selon lui, ces nombreux signes “démontrent que la structure même de la construction se disloque, et doivent pousser à réagir rapidement”.
Également contacté par nos soins, l’architecte des écosystèmes urbains, expert judiciaire en architecture et urbanisme, Mohammed Hakim Belkadi, explique que certains indicateurs sont à prendre en compte lors de l’examen des fissures d’une bâtisse par ses occupants. Ce sont des indicateurs alarmants qui témoignent d'un problème structurel. Il s’agit principalement de :
- La largeur de la fissure : généralement, celles qui dépassent 5 mm en largeur sont souvent considérées comme plus préoccupantes. Elles indiquent une déformation structurelle plus importante.
- La longueur : les fissures longues et continues, le long des murs ou des plafonds, peuvent indiquer un problème structurel. Les fissures qui traversent plusieurs surfaces, verticales ou horizontales, sont particulièrement préoccupantes.
- La position de la fissure : celles qui se trouvent près des coins des bâtiments, des portes, des fenêtres ou à proximité des poutres ou des colonnes sont des points à surveiller, car elles peuvent indiquer des problèmes de fondation ou de soutien structurel.
- L’orientation de la fissure : elle peut être significative. Par exemple, les fissures diagonales ou en escalier sont souvent plus préoccupantes que les fissures verticales, car elles peuvent indiquer une contrainte structurelle, certainement due à des tassements différentiels (c’est-à-dire des mouvements de terre).
- Les écarts ou les décalages : si une fissure a provoqué un écart notable entre les surfaces, cela peut indiquer un déplacement significatif de la structure qui nécessite une attention immédiate.
Mohammed Hakim Belkadi recommande de “rechercher la présence d’autres signes tels que la déformation, la décoloration ou encore les infiltrations d’eau, ainsi que les bruits étranges qui peuvent accompagner des fissures ou indiquer des problèmes supplémentaires”.
Notre interlocuteur souligne que “même si la fissure semble mineure, elle peut être le signe d’un problème sous-jacent plus important”.
“En cas de doute sur la sécurité de l’habitation, il est toujours recommandé de consulter un expert qui pourra évaluer la situation de manière professionnelle et déterminer les mesures à prendre pour garantir la sécurité de la structure”, poursuit Mohammed Hakim Belkadi.
Pour lui, le rôle de l’expert est essentiel. Et pour cause. “En cas de dommages importants, il est fortement recommandé de recourir à un expert en génie civil, un architecte ou un ingénieur en génie sismique. C’est cet expert qui va :
- évaluer les dégâts en examinant les dommages, mais aussi en déterminer la gravité ;
- recommander les mesures nécessaires pour les réparations. Elles peuvent être mineures ou majeures. Il peut également recommander l’évacuation temporaire du bâtiment si la sécurité est compromise ;
- planifier les réparations et aider à élaborer un plan détaillé, y compris le choix des matériaux, les méthodes de construction, etc.
- aider à obtenir les autorisations nécessaires pour les réparations, notamment si l’habitation se trouve dans une zone sismique, sujette à des réglementations spécifiques ;
- suivre l’évolution des travaux et leur conformité aux normes.
Signes importants d’effondrement
Certains indicateurs montrent, quant à eux, que le bâtiment risque de faire l’objet d’un effondrement imminent. Ahmed Taleb souligne qu’il “arrive que des bâtiments s’effondrent sans aucun signe avant-coureur. Cependant, la plupart du temps, il existe des signes qui indiquent que le bâtiment est en mauvais état et qu’un effondrement est imminent. Ces signes doivent être pris au sérieux et il faut alors évacuer le bâtiment au plus vite”.
Plusieurs signes peuvent indiquer qu’un bâtiment est en mauvais état et risque de s’effondrer. Parmi eux :
- les murs et les sols sont fissurés ;
- les portes et les fenêtres ne ferment plus correctement ;
- il y a des traces d’humidité sur les murs ou au plafond ;
- il y a des bruits étranges qui proviennent du bâtiment ;
- le bâtiment semble pencher d’un côté.
“À l’observation d’un ou plusieurs de ces signes, il est nécessaire de quitter le bâtiment immédiatement et de contacter les autorités compétentes”, recommande Ahmed Taleb.
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