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ECONOMIE Dominique Strauss-Kahn commente les Assemblées annuelles FMI-Banque mondiale

Le 16 octobre 2023 à 13h58

Modifié 16 octobre 2023 à 17h57

En marge des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, qui se sont tenues du 9 au 15 octobre à Marrakech, Médias24 s’est entretenu avec Dominique Strauss-Kahn, ancien directeur général du FMI et ancien ministre de l’Économie et des finances de la France. Il plaide pour une représentation politique accrue des pays africains dans les instances de gouvernance des institutions de Bretton Woods.

Au sein des deux institutions de Bretton Woods, le continent est partagé entre deux représentations. L’une concerne l’Afrique francophone et l’autre l’Afrique anglophone. Selon l’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI), ces deux blocs réunis ne pèsent pas suffisamment dans les instances de gouvernance du FMI et de la Banque mondiale. Si Dominique Strauss-Kahn reconnaît que cette situation doit changer, il admet toutefois que le contexte de fragmentation rend les choses plus difficiles. Éclairage.

Médias24 : Quelles sont les conclusions et les grandes idées issues des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale ?

Dominique Strauss-Kahn : L’une des principales conclusions des Assemblées annuelles, c’est que l’événement s’est tenu − ce qui n’était pas gagné d’avance. En dépit du séisme et de ses conséquences, le FMI et la Banque mondiale ont fait le choix de ne pas désigner un autre lieu pour abriter cette manifestation internationale que le Maroc a formidablement bien organisée. Cela étant dit, le monde est actuellement en proie à une fragmentation extrême de la géopolitique et de l’économie mondiales ; ce qui est conforté par la guerre en Ukraine et le récent conflit israélo-palestinien et, de façon plus générale, par la forte opposition entre les Etats-Unis et la Chine.

En dépit de ces dissensions, il subsiste tout de même une volonté de travailler en commun. La plupart des responsables publics, notamment les gouverneurs de banques centrales, les ministres des Finances et les organisations non gouvernementales (ONG) présents à Marrakech sont conscients du fait que le cadre multilatéral est idoine pour apporter des solutions aux problèmes globaux. D’où l’existence d’une sorte de paradoxe, car le multilatéralisme est plus nécessaire qu’auparavant et, dans le même temps, nous assistons à sa contestation, qui se reflète par le repli sur soi constaté au niveau international.

Dans ce contexte, le fait que tous les dirigeants publics et privés de la planète finance se soient retrouvés pendant une semaine, lors des assemblées annuelles, pour discuter constitue un important résultat.

- Selon vous, une représentation plus importante de l’Afrique dans les instances internationales est-elle suffisante ?

- On constate une plus large représentation de l’Afrique, ainsi qu’une présence plus forte du continent dans les discussions. Force est de constater que lors des Assemblées annuelles, une bonne partie des thématiques abordées ont concerné les problèmes africains, notamment ceux liés au changement climatique, à la sécurité et à la dette (le surendettement).

En termes de présence et de qualité des débats qui concernent les pays africains, c’est suffisant. En revanche, sur le plan du quota au FMI, notamment le droit de vote, l’Afrique n’est pas encore bien représentée. En clair, jusque-là, le continent est partagé entre deux représentations : l’une concerne l’Afrique francophone et l’autre l’Afrique anglophone. Ces deux blocs réunis ne pèsent pas suffisamment dans les instances de gouvernance du FMI et de la Banque mondiale. Là aussi, il subsiste une contradiction entre l’importance des problèmes qui touchent l’Afrique – et dont la communauté internationale est consciente –, et une faible représentation politique du continent dans les instances de direction des institutions internationales. Cette situation doit changer, mais le contexte de fragmentation rend les choses plus difficiles. Pour rappel, la dernière réforme des organes de direction, menée il y a près de dix ans, a été effectuée à Séoul. Cette action avait donné davantage de parts aux pays émergents et aux Etats moins avancés, et de façon plus générale au Sud.

- Faut-il s’alarmer des problématiques mondiales liées au protectionnisme, à l’insécurité alimentaire, à la démographie et à l’immigration ?

- Il faut évidemment s’alarmer des phénomènes que vous évoquez. Ils sont quelque part à l’origine de la fragmentation susmentionnée, en plus des conflits politiques devenus plus actifs qu’il y a dix ans. Le monde traverse une situation difficile, avec des problèmes majeurs dus au changement climatique, au financement de la transition énergétique et au volet sécuritaire. Par exemple, certains pays africains dépensent des sommes considérables afin d’assurer leur sécurité, mais aussi celle des autres Etats, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

D’autres grands défis sont devant nous : le retour d’une autre pandémie n’est pas à exclure. Les conséquences, ainsi que les ruptures dans les systèmes de production que l’intelligence artificielle (IA) entraînera, nécessiteront des adaptations et, par conséquent, des financements. Or, il se trouve qu’à l’heure où le besoin de financement est important, on assiste à des politiques restrictives ayant tendance à ne pas fournir aux pays les ressources dont ils ont besoin. Cette situation de divergence entre des besoins importants et des politiques restrictives m’inquiète.

- Faut-il considérer l’IA comme une opportunité ou comme une menace, surtout eu égard à l’usage qui en est fait par certains individus mal intentionnés ?

- Certes, il faut s’en inquiéter pour traiter les problématiques posées, mais il faut surtout s’en réjouir, car l’IA représente une avancée dans la connaissance et le mode de production. Les palefreniers ont disparu un jour, ce qui n’a pas empêché le monde de continuer à se développer.

Il est vrai que l’IA entraînera des changements considérables dans l’éducation, la production et la science. Il n’est donc pas anormal d’être inquiet car il faut s’adapter, mais il faut surtout s’émerveiller des potentialités nouvelles générées pour l’économie – quand on voit par le petit bout de la lorgnette –, et pour l’humanité – lorsque l’on regarde par le grand bout de la lorgnette.

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