Voici les chantiers à travailler pour mobiliser les marchés financiers dans le développement (AA2023)

| Le 11/10/2023 à 15:40
Ce mercredi 11 octobre, un panel comprenant la présidente de l'AMMC, Nezha Hayat, a évoqué les méthodes à déployer pour assurer une meilleure participation des marchés financiers dans les projets de développement des pays émergents. Nezha Hayat a naturellement abordé l'innovation de la réglementation financière et a annoncé le lancement espéré d'un marché de produits dérivés début 2024.

Le 11 octobre, lors de la 3e journée des AA2023, un panel composé notamment de Nezha Hayat, présidente de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), Daniel Zelikow, membre du conseil d’administration de JP Morgan Development Finance Institution, James Mwangin, CEO de Equity Group Holdings, et Poppy Allonby, directrice ESG chez T. Rowe Price, s'est penché sur la thématique de la mobilisation des marché financiers en faveur du développement.

Ces derniers ont évoqué le besoin de stabilité des investisseurs pour favoriser la hausse des flux de capitaux privés vers les projets des pays en développement.

La stabilité et la data rassurent les capitaux privés

Dans une brève discussion avant l’entrée du panel, Makhtar Diop, directeur de l’IFC, et Suni Hardford, présidente de UBS Asset Management, sont revenus sur l’importance d’une stabilité politique et juridique pour faciliter l’implantation et la compréhension du terrain par les acteurs privés étrangers.

"Il y a des opportunités d’investissement multiples dans les pays émergents, mais le risque et l’instabilité politique sont des aspects majeurs à prendre en compte pour un investisseur. Il faut un environnement stable économiquement et politiquement. C’est fondamental", soulignait Suni Hardford. "Si on arrive à assurer suffisamment de transparence et de stabilité, c’est fondamental. Les données sont également importantes. Il faut que les pays émergents développent les données et les statistiques pour attirer les investissements, notamment dans les projets scientifiques."

Ces données offrent un aperçu fondamental pour les capitaux étrangers, notamment en matière de risque crédit. Différentes initiatives sont d’ailleurs menées pour favoriser et accélérer la publication de ces données.

En somme, le secteur privé en passe d’investir a besoin de visibilité et de sécurité pour assurer sa stratégie d’investissement et prendre part au financement de projet de développement. Cela passe notamment par une clarté sur le plan juridique et contractuel.

Le manque d’harmonisation et de clarté juridique freine les investisseurs

Les panelistes étaient unanimes concernant les actions à mener en vue de limiter les contraintes de recours aux marchés pour faciliter le développement. "Tout ce qui est fait par les décideurs politiques pour améliorer les politiques monétaires et fiscales est crucial pour libérer l’investissement privé. Il faut un cadre judiciaire qui soit prévisible et clair", lance Daniel Zelikow, président de JP Morgan Development Finance Institution.

Cela passe notamment par la standardisation des contrats et des documents liés aux projets de développement. D’autres solutions peuvent être trouvées pour faciliter l’intervention des acteurs institutionnels, notamment les PPP (partenariats public-privé, ndlr). "C’est essentiel, quand on en fait un bon usage. Cela permet de réduire les risques, d'offrir un nombre de dispositions initiales, de créer des produits innovants et d'améliorer le développement d’un écosystème", souligne Poppy Allonby, directrice ESG chez T Rowe Price. Cela s’est notamment concrétisé avec les green bonds qui ont permis de réunir plus de 2.000 milliards de dollars de financement dans les projets durables.

La régulation et l’innovation financière servent à attirer les investissements

Sur le volet de l’évolution du cadre financier, la présidente de l’AMMC a rappelé les innovations menées dans le Royaume sur la règlementation du marché des capitaux.

"La règlementation est essentielle pour attirer les capitaux privés sur les projets dans les pays émergents", souligne Nezha Hayat. Les autorités réglementaires jouent en effet un rôle clé dans la mobilisation des marchés financiers aux projets de développement, notamment en facilitant l’accès de la finance à une palette plus large d’entreprises. "Nous avons pour mission d’assurer la clarté du cadre réglementaire, mais aussi d’avoir un cadre évolutif ."

L’AMMC a mis l’accent sur le développement d'une palette de projets diversifiée, "notamment avec un marché de produits dérivés que nous espérons lancer en début d’année prochaine". Pour rappel, fin juillet 2023, l'Autorité lançait un programme de formation technique sur les produits dérivés avec l’assistance de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). Ce programme a été conçu pour répondre aux spécificités du marché marocain des capitaux, dans l’objectif d’accompagner la mise en place à terme d’instruments financiers au Maroc.

L’AMMC annonce également œuvrer à l’évolution du cadre pour favoriser le développement des entreprises familiales. "Nous sommes en train de réviser la législation pour permettre aux entreprises familiales de se développer. Nous voulons protéger l’investisseur et assurer également le développement du marché des PME", explique Nezha Hayat.

Concernant les sujets de développement durable, la présidente de l’AMMC s’est prononcée sur les green bonds en soulignant que le Maroc est à jour sur le volet de la réglementation, notamment avec la SFI, pour satisfaire à toutes les normes internationales. Désormais, "il y a des rapports obligatoires faits en ce sens par les émetteurs. Nous avons travaillé sur une feuille de route financière nationale visant à favoriser le financement durable, étant donné les besoins concernant les infrastructures, surtout après le séisme. Les plans de reprise d’activité vont nécessiter des injections de capitaux privés, qui pourront parvenir à travers les marchés de capitaux", conclut Nezha Hayat.

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