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AA 2023 Mustapha Kamel Nabli : “Il faut un changement de gouvernance des institutions internationales”

Mustapha Kamel Nabli - Médias24

Le 16 octobre 2023 à 11h16

Modifié 16 octobre 2023 à 15h36

Dans cet entretien, Mustapha Kamel Nabli, économiste réputé, ancien gouverneur de la Banque centrale et ancien ministre des Finances en Tunisie, également ancien cadre d’institutions internationales, partage ses premières impressions sur les Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale. Il s’arrête sur les grandes questions relatives au financement du développement et à la gouvernance des institutions internationales.

Défis du changement climatique, financement du développement, migration et gouvernance des institutions internationales… Voici les principales thématiques sur lesquelles s’est penché Mustapha Kamel Nabli, économiste de renom, ancien gouverneur de la Banque centrale et ancien ministre des Finances en Tunisie. Il a également été économiste en chef et directeur du département économique de la zone MENA au sein de la Banque mondiale.

Voici l’essentiel de ses déclarations. L’intégralité de l’interview est à visionner ci-dessous (à partir de 5:24:45) :

“Le financement des défis du changement climatique va coûter très cher”

“Pour saisir ce qui se passe dans ce genre de réunions, il faut comprendre les problèmes qui préoccupent l’opinion publique internationale et les organisations internationales qui se réunissent ici [à Marrakech].”

“Le premier problème qui se pose est celui du financement du développement dans le sens où, en plus des financements ‘normaux’ de développement des pays pauvres, l’on ajoute les besoins pour financer les défis du changement climatique, et c’est un grand problème, parce que cela va coûter très cher.”

Le besoin additionnel pendant la prochaine période sera à peu près de 2.400 milliards de dollars par an

“Presque tous les pays du monde sont en train de vivre l’impact réel du changement climatique sur la production agricole, la sécurité alimentaire, l’eau potable, le système de fourniture d’énergie, etc. On a commencé à comprendre l’ampleur des besoins. Quand on cumule les besoins habituels et les besoins additionnels, les besoins de financement sont énormes pour les vingt, trente, voire quarante prochaines années.”

“Le besoin additionnel pendant la prochaine période sera à peu près de 2.400 milliards de dollars par an. Cela signifie que le financement du développement doit multiplier les capacités financières par trois, au moins, par rapport au niveau actuel.”

“Ce qui s’est passé pendant ces réunions, c’est que la conscience du problème est devenue acceptée, comprise. Jusqu’à maintenant, on n’avait pas pris la mesure de ce problème. On savait qu’il était là, mais son ampleur n’était pas connue. Un des points sur lesquels il y a eu progrès, c’est qu’il y a eu un consensus sur l’ampleur de ce problème. C’est un progrès à mon sens.”

“La question est de savoir comment on passe de cette compréhension des besoins à l’application ? Comment va-t-on mobiliser ces ressources ? D’où est-ce que ça va venir ? C’est là où les progrès ont été moins importants.”

Les pays pauvres “sont les moins responsables (du changement climatique, ndlr). C’est le grand paradoxe de ce problème. Les pays qui sont les plus impactés, en termes relatifs sont ceux qui ont contribué le moins au réchauffement climatique.”

“Il y a la prise de conscience (des pays riches, ndlr), mais est-elle assumée ? On n’en est pas là.”

“Ces dernières années, les pays riches ont de moins en moins contribué à financer le développement des pays les plus pauvres.”

Les institutions internationales sont-elles capables de multiplier leurs interventions par trois, au minimum ? 

“Ce qu’on ne doit pas oublier, c’est l’impact du réchauffement climatique et son effet migratoire aujourd’hui sur la migration Sud-Sud. Les gens ne réalisent pas cela. En Afrique par exemple, les flux migratoires intra-africains sont énormes. En Asie du Sud-Est et en Amérique latine également.”

“La deuxième question qui se pose est celle de savoir comment on va faire... Comment mobiliser et qui va mobiliser ? D’où va venir cet argent ? Quel est le rôle des institutions de développement et, surtout, des banques multilatérales ? Ces banques-là, est-ce qu’elles sont capables et est-ce qu’on va avoir les moyens de multiplier leurs interventions par trois au minimum ?”

“Il y a des petits progrès, mais pas de grands progrès. Il y a un consensus sur le fait que l’on doit soutenir ce processus de multiplication de la capacité de ces banques-là à financer le développement. On estime le financement annuel de ces institutions multilatérales à 120 milliards de dollars par an, qu’il faut multiplier par trois, au moins, pour arriver à 400 milliards de dollars à peu près.”

“Les pays en développement demandent une voix plus forte”

“Le troisième enjeu est la question de la gouvernance de ces institutions. Pour que ces banques-là puissent être capables de mobiliser les ressources et de les dépenser de manière plus efficace, il faut nécessairement qu’il y ait un changement très important de leur gouvernance.”

“Le changement de gouvernance veut dire : qui contrôle ces institutions ? Qui est le patron ? Pour qui travaillent-elles ? Jusqu’à maintenant, ces institutions sont dominées par l’Ouest, par les pays européens et les Américains (…). On estime que la voix des pays en développement n’est pas suffisamment prise en compte. Il y a une demande des pays en développement, en particulier les plus émergents comme la Chine, l’Inde, etc. qui demandent une voix plus forte. Les pays africains aussi, [ils demandent] une présence, une représentation et une prise en compte plus fortes.”

Une grande partie du financement doit venir du secteur privé. C’est inévitable

“Il y a un veto implicite des États-Unis sur ce qui peut être fait au Fonds monétaire international ; parce qu’on a une règle qui stipule que pour les choses très importantes, il faut une majorité de 85% des voix, or les États-Unis détiennent plus de 15%. Cette question-là est posée et n’est pas près d’être résolue. Les États-Unis ne sont pas prêts à abandonner leur position dominante, ni à abandonner la position de nommer le président de la Banque mondiale, bien que ce soit une règle informelle. De même pour les Européens qui ont le pouvoir de nommer le directeur général du FMI.”

“Ce sont les questions de gouvernance qui se posent. La représentativité, la voix, et bien sûr ce qui découle de cela, comment ça fonctionne, l’efficacité, etc. Il n’y a pas eu beaucoup de progrès là-dessus.”

“Puisqu’il faut multiplier le financement des pays les moins développés par trois, tout ceci ne peut pas venir du public, une grande partie doit venir du secteur privé. C’est inévitable. La question qui se pose est de savoir comment faire en sorte que le public, y compris les banques multilatérales, arrivent à attirer le secteur privé pour participer à ce financement-là ? C’est un grand problème, et un grand chantier sur lequel on a très peu d’idées. Mais il est crucial.”

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