Procès “Escobar du Sahara” : les débats sont clos, une ultime audience avant le verdict
La Chambre criminelle près la cour d'appel de Casablanca a bouclé les plaidoiries dans le dossier de trafic de drogue dit "Escobar du Sahara". Les accusés prendront une dernière fois la parole le 25 juin avant la mise en délibéré.
Vingt-cinq mois de procès. Quatre-vingt-une audiences. Des centaines d'heures de débats, de témoignages et de joutes verbales. À la chambre criminelle de Casablanca, l'affaire dite '"Escobar du Sahara" aborde son épilogue.
Ce jeudi 18 juin, le président Ali Torchi a bouclé les plaidoiries dans ce dossier de trafic international de drogue, un des plus importants de l'histoire récente du Maroc.
Née des révélations du baron malien El Hadj Benbrahim, l'affaire met en cause une vingtaine d'individus, parmi lesquels des élus, d'anciens responsables publics, des hommes d'affaires et des policiers. Ils s'exprimeront lors d'une ultime audience prévue le 25 juin, étape qui précédera la mise en délibéré d'un arrêt très attendu.
"Doit-on considérer le silence du ministère public face à nos preuves irréfutables comme un signe d'acquiescement, ou faut-il appliquer l'adage selon lequel on ne prête pas de propos à celui qui se tait ?" Me Mohammed Messaoudi formule en questions la ligne défendue par les avocats intervenus ce jeudi en réplique au réquisitoire du substitut du procureur général du Roi.
Tous contestent la force probante du dossier d'accusation, qu'ils estiment essentiellement construit autour des déclarations du trafiquant malien.
L'intéressé – qui purge lui-même une peine de réclusion dans une affaire connexe – soutient avoir entretenu des relations d'affaires avec plusieurs accusés, dont les ex-parlementaires Saïd Naciri et Abdenbi Bioui, auxquels il attribue un rôle de premier plan dans un vaste réseau de trafic international de stupéfiants.
Ce pan est doublé d'une histoire de prédation immobilière impliquant une villa située dans le quartier Californie, à Casablanca. Benbrahim affirme avoir acquis ce bien avant qu'il ne soit transféré frauduleusement au profit de ses anciens associés. Au fil des audiences, ce volet s'est même révélé être le véritable point de départ de toute l'affaire.
"Les accusés ont fourni tous les documents qui réfutent les griefs. Le représentant du parquet général, lui, n'a rien présenté qui permette de démonter ces documents", a plaidé Me Messaoudi.
Même analyse chez Me Mohammed Housseini Kerrout, qui rappelle que "la base du dossier, ce sont les déclarations d'un individu ayant des antécédents judiciaires et connu de la justice pour des faits de falsification".
L'argument est repris sur le terrain juridique par Me Messaoudi : "La justice ne peut pas bâtir sa conviction sur la parole d'un accusé contre un autre accusé, sauf si elle est confortée par des présomptions fortes. Où sont ces présomptions ?"
Les actes notariés contre les factures d'électricité
Pour la défense, cette opposition entre les déclarations du Malien et les preuves documentaires se retrouve dans plusieurs volets du dossier, notamment celui de la villa de Californie, dont la plainte est à l'origine de toute la procédure.
Me Mbarek Meskini confronte les actes notariés retraçant les différentes cessions du bien aux pièces avancées par l'accusation pour étayer les prétentions du Malien. Il vise notamment plusieurs factures d'électricité dont il conteste tant l'authenticité que la valeur probante.
Me Mbarek Meskini relève ainsi qu'un des documents produits est daté de 2015, tout en faisant état d'une consommation remontant à 2017. D'autres pièces, poursuit la défense, auraient circulé par des canaux informels, notamment via WhatsApp ou Zoom.
"Le parquet a qualifié nos preuves de misérables. Nous, au moins, nous avons produit des preuves. Celles du Malien sont inexistantes", a lancé l'avocat.
Les témoins revenus sur leurs déclarations
Les plaideurs ont également rappelé plusieurs épisodes du procès qu'ils considèrent comme ayant fragilisé le dossier d'accusation.
Ils citent notamment ce témoin à charge qui a reconnu, à l'audience, avoir menti lors de sa déposition devant les enquêteurs puis devant le juge d'instruction.
Ils évoquent également le témoignage de Latifa Raafat, ex-épouse du Malien, qui avait contesté devant la cour une partie des déclarations qui lui étaient attribuées dans les procès-verbaux.
Lors de sa confrontation avec Saïd Naciri, la chanteuse avait notamment affirmé n'avoir jamais été témoin de la remise de 1,5 million de dirhams épinglés dans les procès-verbaux, tout en remettant en cause d'autres passages de ses déclarations consignées durant l'enquête.
"Pourquoi le ministère public n'a-t-il pas pris ces éléments en considération ?", s'est interrogé Me Messaoudi.
Pour la défense, ces revirements, conjugués aux pièces produites tout au long des débats, auraient dû conduire le parquet général à revoir son appréciation du dossier.
Intervenant en contre-réplique, le ministère public est toutefois resté fidèle à sa lecture des faits et a maintenu l'ensemble de ses réquisitions, qu'il affirme reposer sur des "preuves factuelles, juridiques et techniques".
Les accusés auront, le 25 juin, une dernière occasion de s'exprimer avant que la cour ne mette l'affaire en délibéré.
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