Bourse de Casablanca : après l’euphorie géopolitique, le MASI rattrapé par la prudence

Bourse de Casablanca, MASIBourse de Casablanca
Par | Le 18/6/2026 à 16:23
Après la forte réaction du marché aux développements géopolitiques au Moyen-Orient, la Bourse de Casablanca a retrouvé un rythme plus mesuré. Pour les professionnels, le marché évolue désormais dans une phase de consolidation et d'attentisme, les investisseurs attendant davantage de visibilité avant de renforcer leurs positions.

L'essentiel

  • Le MASI a bondi de plus de 4% le 16 juin, après l'annonce du cessez-le-feu entre l'Iran et Israël et le maintien de l'ouverture du détroit d'Ormuz.
  • L'effet d'euphorie a été de courte durée : dès le lendemain, l'indice n'a progressé que de 0,1%, avant de reculer de plus de 2% le 18 juin.
  • Selon les professionnels, la correction du marché avait commencé avant les tensions géopolitiques, sous l'effet de prises de bénéfices et d'un assèchement des liquidités.
  • Les volumes sont rapidement revenus à leurs niveaux habituels, signe que les investisseurs n'ont pas massivement renforcé leurs positions après le rebond.
  • Le marché semble aujourd'hui évoluer dans une phase de consolidation plutôt que dans une dégradation de fond.
  • Les résultats semestriels devraient constituer le prochain test pour confirmer la capacité des entreprises à maintenir leur dynamique de croissance.
  • Les banques, la santé, le BTP, les infrastructures et certains acteurs de l'immobilier figurent parmi les secteurs privilégiés par les professionnels du marché.

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Les détails

L’annonce d’un cessez-le-feu entre l’Iran et Israël dans le cadre de l’accord conclu entre l’Iran et les États-Unis, ainsi que les perspectives de maintien de l’ouverture du détroit d’Ormuz, ont suffi à raviver l’appétit des investisseurs à la Bourse de Casablanca.

Le MASI, qui a favorablement accueilli la nouvelle, a progressé de plus de 4% lors de la séance du 16 juin, signant l’une de ses meilleures performances de l’année. Une hausse largement portée par les valeurs minières, qui ont fortement contribué au mouvement dans un contexte de rebond des matières premières.

Pourtant, l’enthousiasme a rapidement marqué le pas. Dès la séance suivante, le MASI n’a progressé que de 0,1%, un rythme particulièrement modeste au regard de la forte hausse enregistrée la veille. Néanmoins, ce 18 juin, l’indice recule de plus de 2%. Entre la hausse de plus de 4% du 16 juin, la progression marginale du lendemain et le repli observé ce jeudi, la cote casablancaise continue d’évoluer dans un environnement marqué par une forte volatilité.

Dans ce contexte, le facteur géopolitique a-t-il déjà été intégré par les investisseurs ? Ces derniers sont-ils désormais entrés dans une phase d’attentisme ? Et si oui, qu’attendent-ils réellement ?

Après la réaction immédiate du marché aux développements géopolitiques, la cote casablancaise semble évoluer dans une nouvelle configuration. La forte volatilité observée ces derniers jours laisse place à un marché plus hésitant, dans lequel les investisseurs peinent encore à trouver une direction claire.

Évolution de l'indice MASI

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Source: medias24.com

Bank Al-Maghrib, résultats semestriels, bénéfices : ce qu'attendent désormais les investisseurs

La correction a-t-elle réellement duré ? C'est en tout cas la question que l'on peut se poser après plusieurs semaines de consolidation sur le marché actions. Pour un directeur de société de gestion, la réponse est claire, la correction observée ces derniers mois ne trouve pas son origine dans le choc géopolitique récent.

"On ne peut pas dire que la correction a duré. La correction du marché actuel a commencé avant même la guerre. Il y avait déjà d'autres éléments qui ont provoqué un assèchement des liquidités sur le marché qui avait atteint des niveaux de valorisation très élevés. Il y a donc eu des prises de bénéfices après pratiquement trois années de hausse consécutives", explique-t-il.

Autrement dit, les tensions au Moyen-Orient sont intervenues alors que le marché était déjà engagé dans un mouvement de consolidation. Selon le professionnel, la trajectoire de fond reste néanmoins positive.

"La correction du marché a démarré avant même la crise. Aujourd'hui, le marché est déjà revenu en territoire positif. Cela signifie que la trajectoire de fond reste haussière. Les indicateurs macroéconomiques sont favorables et la croissance reste solide".

"Dès qu'on avait une annonce positive ou un début de résolution, on a bien vu que le marché reprenait rapidement et que les investisseurs revenaient sur le marché. La confiance est toujours là. Même les mauvaises nouvelles semblent désormais intégrées. On sent que le marché est davantage prêt à rebondir et à aller de l'avant qu'à poursuivre sa baisse".

Alors, que se passe-t-il réellement ? "Aujourd'hui, le marché semble davantage évoluer dans une phase de consolidation", répond notre interlocuteur.

Les bonnes nouvelles sont déjà intégrées

"Le marché a réagi comme il devait réagir à une bonne nouvelle. On a vu un rebond immédiat des cours et un regain d'activité, avec des volumes qui ont temporairement dépassé les 500 MDH. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'ils sont rapidement revenus vers leur rythme habituel, autour de 250 à 350 MDH par séance. Cela signifie que les investisseurs ont accueilli favorablement l'annonce de l'accord, sans pour autant modifier profondément leur positionnement. Aujourd'hui, on n'est plus dans une logique de réaction à l'actualité géopolitique. Le marché cherche davantage de visibilité avant de voir revenir des flux plus importants".

Les volumes se sont rapidement normalisés et le marché est revenu dans une phase de consolidation. "Cette évolution s'explique en partie par le fait que le choc géopolitique ne constitue pas, à lui seul, un moteur durable pour la cote. Une fois l'information intégrée dans les cours, les investisseurs reviennent naturellement aux fondamentaux. Or, sur ce terrain, peu de nouveaux éléments sont venus modifier les anticipations du marché ces dernières semaines".

"Les publications du premier trimestre sont globalement ressorties en ligne avec les attentes. Elles n'ont pas provoqué de révision majeure des perspectives bénéficiaires des sociétés cotées. En parallèle, les investisseurs disposent déjà d'une bonne visibilité sur plusieurs thèmes qui soutiennent la cote depuis plusieurs mois : baisse de l'inflation, amélioration de la campagne agricole, poursuite des grands chantiers d'infrastructure et préparation des échéances sportives internationales".

Autrement dit, le marché ne manque pas de facteurs de soutien, mais plutôt d'un nouvel élément susceptible de justifier une revalorisation supplémentaire des actions. Après plusieurs années de progression et malgré la correction récente, une partie des investisseurs semble désormais attendre davantage de visibilité avant de renforcer ses positions.

Dans ce contexte, l'attention se tourne progressivement vers les prochains rendez-vous du marché. "Les résultats semestriels permettront de vérifier si la croissance observée au premier trimestre se confirme. La prochaine réunion de Bank Al-Maghrib sera également scrutée afin d'évaluer l'évolution des anticipations sur les taux. Bien entendu, le marché anticipe largement un statu quo. Je pense, pour ma part, que Bank Al-Maghrib n'a pas intérêt à resserrer ses taux. Ce facteur aurait donc un effet marginal sur le marché. Le plus probable est que les investisseurs attendent davantage de stabilité et de nouvelles IPO pour revenir plus franchement sur le marché", ajoute notre source de marché.

"Nous sommes confiants quant à la capacité du marché. Ce que nous avons observé sur le marché durant les mois écoulés de 2026 relève davantage d'une phase de consolidation que d'une dégradation de fond. Nous espérons, et je pense, que la reprise devrait se confirmer après la publication des résultats du premier semestre 2026. Ces résultats devront tester et rassurer les investisseurs quant à la capacité des entreprises à maintenir leur dynamique de croissance et leurs perspectives bénéficiaires".

Par ailleurs, "il faut aussi rappeler que les minières ont aujourd’hui un poids important dans les variations du MASI. Quand ces valeurs montent fortement, elles peuvent à elles seules tirer l’indice vers le haut. Et inversement, lorsqu’elles corrigent, l’impact se voit immédiatement sur la cote. C’est particulièrement vrai pour Managem, qui pèse près de 18% de la capitalisation, loin devant CMT et SMI. Donc, la baisse du MASI ce 18 juin ne peut pas être lue uniquement comme un mouvement général du marché : elle traduit aussi la correction des valeurs minières, avec Managem comme principal contributeur aux variations de l’indice".

Enfin, les investisseurs suivront de près l'évolution du contexte géopolitique et son éventuel impact sur les matières premières, l'inflation et les perspectives bénéficiaires des entreprises.

Évolution des volumes en YTD

Bourse de Casablanca : après l’euphorie géopolitique, le MASI rattrapé par la prudence

Sur quels secteurs se positionner ? 

"Écoutez, pour répondre à cette question, il faut dire que le marché offre actuellement de véritables opportunités pour les investisseurs souhaitant se positionner. La correction observée ces derniers mois a permis à plusieurs valeurs de revenir sur des niveaux de valorisation plus raisonnables, alors même que leurs perspectives de croissance n'ont pas fondamentalement changé".

"Nous continuons d'apprécier les valeurs financières, notamment les banques, qui devraient rester parmi les principaux bénéficiaires du cycle d'investissement que connaît actuellement le Royaume. Les besoins de financement liés aux infrastructures, à l'industrie, à l'énergie ou encore aux grands projets structurants devraient continuer à soutenir leur activité dans les années à venir".

"Nous regardons également avec intérêt les secteurs liés à la santé. Les besoins restent importants, la demande continue de progresser, et plusieurs acteurs disposent encore d'importantes perspectives de développement aussi bien au Maroc qu'à l'international".

Le secteur de la construction et des infrastructures nous paraît également bien positionné. "Les nombreux chantiers engagés dans le Royaume offrent une visibilité relativement confortable à plusieurs acteurs du secteur, que ce soit dans le BTP, les matériaux de construction ou les activités directement liées aux investissements publics et privés".

"Plus globalement, nous pensons que le marché est aujourd'hui davantage un marché de sélection qu'un marché de tendance. Il faut être plus sélectif qu'auparavant et privilégier les sociétés qui disposent d'une bonne visibilité sur leurs résultats, d'une croissance bénéficiaire solide et d'une capacité démontrée à exécuter leurs plans de développement".

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