Pétrole. La guerre au Moyen-Orient fait grimper les prix, le Brent proche des 80 dollars
La flambée du pétrole a immédiatement suivi l’escalade militaire au Moyen-Orient. Le Brent a bondi de plus de 8%, reflet d’un marché secoué. L’impact atteint désormais toute la chaîne de valeur, de la logistique aux assurances. Détails.
L’ouverture des marchés s’est déroulée comme prévu. Le pétrole a servi de premier baromètre de l’escalade militaire au Moyen-Orient.
Le pétrole réagit immédiatement à l’escalade
Le Brent s’est envolé dès les échanges, avec un pic autour de 82,37 dollars le baril, avant de refluer autour de 78,87 dollars au moment de la publication de cet article.
Cette réaction n’est pas sortie de nulle part. Dans les séances qui ont précédé, le marché avait déjà commencé à intégrer une prime de risque, avec un Brent qui gravitait autour de 70 dollars le vendredi 27 février, sur fond de montée des tensions et d’anticipation d’un scénario de confrontation.
D’une autre manière, la hausse brutale du début de semaine n’a pas créé la prime de risque, elle l’a révélée et accélérée.
Ce qui compte ici, ce n’est pas seulement la guerre en tant que telle, c’est la logistique. La zone la plus sensible reste le détroit d’Ormuz, passage par lequel transite environ 20% du pétrole mondial.
Quand la navigation se dégrade, même temporairement, le choc se propage. Les données de suivi maritime relayées par Reuters illustrent cette désorganisation.
Au moins 150 tankers de brut et de GNL se sont retrouvés à l’ancre en eaux ouvertes au-delà du détroit, et d’autres navires étaient stationnaires des deux côtés du chokepoint, ce qui reflète un trafic fortement ralenti et une congestion inhabituelle.
Dans le même temps, Reuters rapporte que plusieurs tankers ont été endommagés dans le Golfe et qu’un membre d’équipage a été tué, ce qui alimente la perception d’un risque opérationnel direct sur les expéditions.À ce stade, ce n’est plus une question de prix du baril, mais de capacité du système à faire circuler le barilCe risque opérationnel se convertit immédiatement en risque financier via l’assurance. Plusieurs grands assureurs maritimes ont annoncé l’annulation de couvertures war risk sur les eaux iraniennes, le Golfe et les zones adjacentes, avec une prise d’effet mentionnée au 5 mars 2026, ce qui renchérit le coût du transport et peut rendre certaines rotations tout simplement non finançables ou non exécutables dans la pratique.
Dans le même sens, la hausse du spot n’est pas isolée des anticipations. Les contrats à terme se calent eux aussi sur l’idée que la prime de risque peut durer tant que la fluidité des expéditions n’est pas rétablie.
Quid du Maroc ?
Le Maroc ne s’approvisionne pas directement auprès de l’Iran, ni des pays du Golfe. Les importations proviennent principalement de marchés internationaux, notamment d’Europe et du bassin méditerranéen. Mais ces marchés sont eux-mêmes indexés sur les prix mondiaux, en particulier le Brent.
Lorsque le Brent augmente, le prix des cargaisons achetées par les importateurs marocains augmente dans les mêmes proportions, indépendamment de l’origine géographique.
Le Maroc importe la totalité ou presque de ses besoins en produits raffinés, notamment le gasoil, l’essence et le fuel. Toute hausse des cours internationaux se répercute donc directement sur le coût d’approvisionnement.
La hausse des prix se transmet ensuite à l’économie via les carburants, qui constituent un intrant central pour le transport de marchandises, l’agriculture, la pêche et l’industrie. Ils affectent également la facture énergétique globale, qui représente une composante importante des importations.
L’OPEP+ peut-il sauver le marché ?
L’action de l’OPEP+ joue ici un rôle d’amortisseur, mais un amortisseur partiel. Le groupe a annoncé, dans un communiqué du 1er mars, une hausse modeste d’environ 206.000 barils par jour à compter d’avril, ce qui peut envoyer un signal de stabilisation mais ne règle pas un choc de nature logistique et sécuritaire qui se joue au jour le jour sur Ormuz, sur les ports, sur les assureurs et sur les décisions d’armateurs.

Dit autrement, une hausse de 206.000 barils par jour ne peut en aucun cas rééquilibrer un marché confronté à une perte potentiellement importante de flux d’offre. D’autant plus qu’il reste encore un mois avant l’entrée en vigueur de cette hausse.
Le marché a aussi réagi à l’extension du risque aux infrastructures. Les autorités saoudiennes ont procédé, par précaution, à la fermeture partielle de Ras Tanura, principale raffinerie domestique du pays, d’une capacité de 550.000 barils par jour, après une attaque de drone ayant provoqué un incendie.
Tant que ce type d’événements reste possible, la prime de risque sur le pétrole a peu de chances de retomber rapidement vers les niveaux qui prévalaient avant l’escalade.
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