"Guide de la Révolution" en Iran pendant 36 ans, 8 mois et 24 jours, l'ayatollah Ali Khamenei est mort le samedi 28 février 2026, en conséquence des toutes premières frappes d'Israël et des États-Unis à l'encontre du territoire iranien.
Et pour y parvenir, il a bien fallu un travail d'intelligence méticuleux, que le Financial Times, publication économique de référence dans le monde anglophone, a dévoilé en partie dans sa livraison de ce lundi 2 mars 2026.
Car bien sûr, le quotidien basé à Londres (Royaume-Uni) ne dit pas tout. "Tous les détails de la dernière opération ne sont pas connus. Certains ne seront peut-être jamais rendus publics, afin de protéger des sources et des méthodes encore utilisées pour traquer d’autres cibles", explique-t-il. Mais les éléments révélés sont suffisants pour se faire une idée claire du degré d'infiltration auquel sont parvenus les services israéliens en Iran.
Les caméras de Téhéran et la "social network analysis"
L'anecdote la plus frappante, et celle qui a connu le plus de diffusion sur les réseaux sociaux, a trait aux caméras de circulation de Téhéran, "presque toutes (...) piratées depuis des années", et dont la pénétration systémique a permis au Mossad et autres agences israéliennes d'avoir un aperçu granulaire des "schémas de vie" des responsables de la "République islamique", au gré de leurs mouvements au sein de la capitale iranienne. "Nous connaissions Téhéran comme nous connaissons Jérusalem", rapporte ainsi le Financial Times, dans la bouche d'un responsable actuel du renseignement israélien.
Mais les données recueillies pendant plus de vingt-cinq ans, depuis que le premier ministre Ariel Sharon avait demandé au Mossad de prioriser l'Iran, sont telles qu'on peut s'y perdre. D'où le recours massif, par Israël, à ce que l'on appelle en anglais la "social network analysis", c'est-à-dire l'analyse des réseaux sociaux, qui consiste à cartographier de façon mathématique des milliards d’interactions afin de pouvoir identifier les centres de gravité au sein d'un écosystème décisionnel. Partant, la surveillance devient, forcément, plus pointue.
C'est grâce à cela, poursuit le Financial Times, que Tel-Aviv est devenue plus efficiente dans son ciblage. Et il se trouve justement que plusieurs personnalités qui étaient dans le viseur, dont Khamenei, s'étaient donné rendez-vous le 28 février, rue Pasteur, dans le centre de Téhéran. "L’une des caméras offrait un angle particulièrement utile, selon l’une de ces sources : elle a permis de déterminer où ces hommes avaient l’habitude de stationner leurs véhicules personnels, et a fourni une fenêtre sur un pan banal du fonctionnement de ce complexe étroitement sécurisé", révèle le Financial Times.
La confirmation des cibles et les missiles Sparrow
Mais Israël devait être sûr de son coup ; Khamenei échapperait-il à la mort que le pays serait ridiculisé. Raison pour laquelle l'État hébreu avait jusque-là, de façon générale, toujours évité d'attenter à la vie des chefs d'État "ennemis", de Nasser à Hafez el-Assad.
De ce fait, et comme le prescrit de toute façon la doctrine militaire israélienne, deux hauts responsables distincts, travaillant indépendamment l’un de l’autre, sont mis à contribution pour confirmer, "avec un niveau de certitude élevé", que les cibles se trouvent bien à l’endroit visé, et que les personnes qui les accompagnent sont identifiées.
Pour le reste, les pilotes israéliens ont recours aux fameux missiles Sparrow, capables, dit-on, "de frapper une cible aussi petite qu’une table de salle à manger à plus de 1.000 km de distance".
La part américaine : CIA et bascule du plan
Mais ce dont ne pipe pas mot le Financial Times, c'est l'implication américaine dans la détermination du lieu exact où se retrouveraient Khamenei et les autres dirigeants iraniens ; tout juste fait-il référence à "une source humaine" à laquelle, selon deux personnes, la CIA, l'Agence centrale de renseignement américaine, aurait eu recours afin de compléter les informations du Mossad.
Pour avoir des détails à ce sujet, c'est plutôt le New York Times qu'il faut lire. Dans un article publié le 1er mars 2026, le quotidien indique que, de son côté aussi, "la CIA suivait les déplacements de l’ayatollah [Khamenei] depuis plusieurs mois, acquérant progressivement davantage de certitudes sur ses positions et ses habitudes". "Puis l’agence a appris qu’une réunion de hauts responsables iraniens devait se tenir samedi matin dans un complexe du pouvoir situé au cœur de Téhéran. Plus crucial encore : le guide suprême devait être présent sur place", relate le journal.
À partir de là, et alors qu'une "frappe de nuit" était privilégiée initialement, les États-Unis et Israël changent leur plan. Il faut dire que la "prise" potentielle pour les deux pays est trop alléchante : Mohammad Pakpour, commandant en chef des Gardiens de la révolution islamique ; Aziz Nasirzadeh, ministre de la Défense ; l’amiral Ali Shamkhani, chef du Conseil militaire ; Seyyed Majid Mousavi, commandant de la force aérospatiale des Gardiens de la révolution ; Mohammad Shirazi, vice-ministre du Renseignement ; et d’autres encore, comme le spécifie le New York Times.
Chronologie : 6h00, puis 9h40
À 6 heures du matin, l'opération s'enclenche, et elle donne lieu, exactement à 9h40, heure de Téhéran, aux premières frappes, dont celles qui tuent Khamenei. Pour le New York Times, "l’opération a également mis en lumière l’incapacité des dirigeants iraniens à prendre des précautions suffisantes pour éviter de s’exposer à un moment où Israël et les États-Unis avaient clairement signalé qu’ils se préparaient à la guerre". Mais on peut tout de même se poser la question de savoir si, quelque part, ces mêmes dirigeants n'aspiraient pas, en vérité, au statut de "martyrs".
Dans son article, le Financial Times signale ainsi que si Khamenei avait fait le choix de se cacher dans l'un de ses deux bunkers, probablement qu'il serait resté hors d'atteinte. "Khamenei avait évoqué publiquement la possibilité d’être tué, jugeant sa propre vie sans importance au regard du sort de la "République islamique", écrit le journal.
Mais pour autant, ce projet de république islamique conceptualisé par l'ayatollah Rouhollah Khomeini, et mis en pratique par ses propres soins à partir de la Révolution iranienne de 1979, résistera-t-il à la série d'assassinats qui vient d'être perpétrée à l'encontre de ses plus hauts dignitaires ? Rien n'est moins sûr.