Sortie de l'acier, tensions géopolitiques, Mondial 2030... La stratégie d'Aluminium du Maroc expliquée par Abdeslam El Alami

Par | Le 20/6/2026 à 12:48
Le groupe industriel installé à Tanger a validé la sortie de son activité acier lors de son conseil d'administration du 12 mai dernier. Son PDG, Abdeslam El Alami, invité du 12/13 de Médias24, explique les raisons de cette décision, revient sur l'impact de la guerre au Moyen-Orient sur ses approvisionnements en billettes d'aluminium, et anticipe la demande du secteur à l'horizon 2030.

Aluminium du Maroc a officiellement acté la fin de son activité acier. Le conseil d'administration du groupe a validé cette sortie le 12 mai 2026, au terme d'une réflexion engagée depuis plusieurs années.

L'activité, portée historiquement par la filiale Industube, fabricant de profilés, de barres et de tubes en acier, filiale pratiquement à 100% d'Aluminium du Maroc, souffrait structurellement.

"Entre 2013 et 2024, nous avons eu pratiquement 12 millions de dirhams de pertes en résultats nets et 31 millions de dirhams en cash-flow", précise Abdeslam El Alami.

Cette activité, vieille d'une quarantaine d'années, avait « dépassé le stade de la maturité ». Le PDG pointe un handicap logistique structurel : implantée à Tanger alors que ses concurrents sont basés à Casablanca, l'entreprise était pénalisée par les coûts de transport d'un produit lourd à faible valeur ajoutée au volume. S'ajoutait à cela une volonté de recentrage sur le métier historique du groupe, l'aluminium.

Plusieurs tentatives avaient été menées pour redresser l'activité : l'installation d'une presse aluminium dans les locaux d'Industube en 2019, puis d'une ligne de traitement de surface en 2021 pour viser un segment de marché spécifique.

"Ça n'a pas remis des équilibres en place", reconnaît le dirigeant. Industube a finalement été fusionnée par absorption avec Aluminium du Maroc en novembre 2024, avant l'arrêt définitif de l'activité acier validé en mai 2026.

Une volatilité des prix exacerbée par la guerre au Moyen-Orient

Sur son cœur de métier, l'extrusion d'aluminium, qui consiste à pousser des billettes chauffées à travers une forme pour obtenir des profilés destinés aux fenêtres, portes et façades, le groupe a dû composer avec une concurrence accrue, portée par l'arrivée de sept nouveaux extrudeurs sur le marché marocain.

Abdeslam El Alami souligne aussi l'impact direct des tensions géopolitiques sur l'approvisionnement en matière première. Le Maroc s'appuie sur des accords de libre-échange avec les pays arabes, dont certains comptent parmi les dix plus gros producteurs d'aluminium au monde. La guerre au Moyen-Orient a directement affecté ces fournisseurs : "Le LME de l'aluminium a pris 30 à 40% entre le début du conflit et aujourd'hui".

Au-delà des prix, c'est la logistique qui a posé le plus de difficultés, avec la fermeture du détroit d'Ormuz, corridor stratégique pour les pays du Golfe. "Les délais d'approvisionnement sont passés de 4 à 5 semaines à 5 mois", indique le dirigeant. Face à cette instabilité jugée latente plutôt que permanente, le groupe a fait le choix de sécuriser ses stocks plutôt que de spéculer sur les prix. "On a toujours deux, trois mois de matière première au sein de l'entreprise", pour préserver l'activité de ses 648 collaborateurs.

Une croissance de capacité de 10 à 15% par an jusqu'en 2030

Porté par les chantiers d'infrastructures liés à la Coupe du Monde 2030, le PDG anticipe une montée en puissance de la demande en aluminium à partir de 2027-2028, l'aluminium intervenant traditionnellement en fin de chantier dans le bâtiment. Le plan stratégique du groupe prévoit une augmentation de capacité de production comprise entre 10 et 15% chaque année.

Le dirigeant table sur une croissance économique nationale de 3 à 5% par an, et anticipe jusqu'à 15 à 20% de croissance cumulée pour le secteur à l'horizon 2029.

Interrogé sur le risque d'un essoufflement de la demande après 2030, il se dit confiant : "Il y a une croissance qui est permanente avec l'évolution de l'économie au Maroc". Il met en avant la dynamique structurelle portée par les grands investissements d'infrastructures (trains, stations d'électricité verte) censés continuer à irriguer l'économie marocaine au-delà de l'échéance du Mondial.

Le titre Aluminium du Maroc a progressé de 30% entre 2024 et 2026

Cotée en bourse depuis 1999 à un cours de 398 dirhams, l'action Aluminium du Maroc a enregistré une progression de 40% entre 2020 et 2022, passant de 1.000 à 1.400 dirhams, puis une nouvelle hausse de 30% entre 2024 et 2026, de 1.450 à 1.900 dirhams, sans opération de levée de fonds sur cette période.

Sur la faible présence des industriels marocains à la Bourse de Casablanca, Abdeslam El Alami avance une explication prudente : "Il y a pas mal d'anciennes entreprises, je dirais, qui sont des entreprises familiales. Et je pense qu'il y a une maturité qui doit se faire".

Il évoque l'arrivée de nouvelles générations à la tête de ces groupes familiaux, susceptibles d'ouvrir davantage le capital de leurs entreprises.

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