L'essentiel
- Le titre Taqa Morocco recule de plus de 36% sur un an, alors que le groupe continue d'améliorer ses fondamentaux, avec une hausse du résultat net part du groupe (RNPG) de 5% au premier trimestre 2026 et une baisse de 9,2% de son endettement net.
- Le groupe prépare sa transformation au-delà de son activité historique, avec un portefeuille de projets de près de 143 milliards de dirhams (MMDH) dans les renouvelables, le dessalement, les infrastructures électriques et le gaz.
- La visibilité sur les revenus jusqu'en 2044, la solidité de l'actionnariat émirati et un objectif de cours de 2.977 DH alimentent le scénario d'une importante revalorisation du titre.
Les détails
Taqa Morocco évolue en retrait en Bourse depuis le début de l'année. Le titre affiche en effet une baisse de près de 13% et se négocie autour de 1.842 DH.
Mais en prenant un peu plus de recul, la correction apparaît encore plus marquée. Par rapport à juin 2025, lorsque l'action évoluait autour de 2.881 DH, le titre affiche désormais une baisse de plus de 36%.
Pourtant, le groupe a publié des résultats en progression, notamment au premier trimestre 2026. Le résultat net part du groupe (RNPG) a augmenté de 5% à 300 millions de dirhams (MDH), tandis que le chiffre d'affaires a progressé de 7% à 2,96 MMDH.
Au cours de cette période, les investissements ont augmenté de 25%, alors que l'endettement net a reculé de 9,2%.
Il faut dire que la tendance générale du marché boursier a été moins favorable durant les premiers mois de 2026. Plusieurs valeurs ont ainsi reculé, et Taqa Morocco en fait partie.
Dans ce contexte, quelles sont les perspectives boursières du titre et les perspectives de développement du groupe pour les prochaines années ? Et surtout, quel potentiel la valeur offre-t-elle aujourd'hui aux investisseurs ?
Évolution du cours de Taqa Morocco
Source: medias24.com
Une activité résiliente malgré les fluctuations du marché du charbon
Pour un analyste de la place contacté par nos soins, l'activité du groupe a globalement bien résisté dans cet environnement et continue d'afficher une évolution positive. "Taqa Morocco demeure aujourd'hui l'acteur majeur du secteur énergétique et le principal producteur privé d'électricité du Royaume. Le groupe exploite une infrastructure critique pour la sécurité énergétique nationale, caractérisée par une production fiable et compétitive, soutenue par une performance opérationnelle élevée", explique-t-il.
Au titre du premier trimestre 2026, le taux de disponibilité global s’établit à 86,6% pour l’ensemble des unités 1 à 6, contre 90,0% à la même période de l’exercice précédent. Ce retrait, limité et anticipé, résulte de la conduite d’inspections programmées sur trois unités (1, 5 et 6), conformément au programme pluriannuel de maintenance du groupe.
L’évolution récente du marché du charbon reste un élément important dans l’analyse de l’entreprise. "En 2025, le cours d’achat moyen du charbon a enregistré une légère baisse à 112 dollars la tonne métrique, contre 114 dollars en 2024, dans un contexte de détente des prix sur le marché international. Cette évolution a contribué à la baisse du chiffre d’affaires du groupe, celui-ci évoluant notamment en fonction des frais d’énergie liés aux prix du charbon ainsi qu’à la parité USD/MAD".
"En revanche, les premiers mois de 2026 ont été marqués par un retournement de tendance. L’indice API2 Rotterdam, référence du marché du charbon thermique, est passé d’environ 100 dollars la tonne en début d’année à plus de 110 dollars à fin mai, après un pic supérieur à 130 dollars en mars. Cette évolution pourrait ainsi soutenir les frais d’énergie facturés par le groupe en 2026, toutes choses égales par ailleurs".
Toutefois, un risque résiduel demeure au niveau du mécanisme d'indexation. "Cela veut dire que sur le plan opérationnel, il existe une possibilité de perte liée à l’indexation des achats de charbon à l’indice API2, plafonnée à 6 millions de dollars".
"Je m’explique : le risque provient d’un éventuel décalage entre le coût réel du charbon acheté par le groupe et le niveau de l’indice utilisé comme référence dans les mécanismes d’indexation. À titre d’exemple, si Taqa achète une cargaison à un coût supérieur au niveau retenu par l’API2, une partie de cet écart peut ne pas être intégralement répercutée, générant ainsi une perte opérationnelle".

"Le titre Taqa Morocco constitue une valeur sûre à intégrer dans les portefeuilles"
Malgré le recul du titre observé ces derniers mois, plusieurs analystes de la place continuent d'afficher une lecture positive. L'un d'eux, contacté par nos soins, estime que le marché ne valorise pas encore pleinement la transformation engagée par Taqa Morocco.
Selon lui, la société bénéficie aujourd'hui de plusieurs atouts rarement réunis au sein d'une même valeur cotée. Au-delà de la visibilité offerte par les contrats historiques de Jorf Lasfar, le groupe dispose d'un portefeuille de projets de grande envergure dans les énergies renouvelables, le dessalement, le transport d'eau et les infrastructures électriques, dont la réalisation devrait progressivement modifier son profil de croissance.
S’y ajoute "la qualité de l'actionnariat. Contrôlée à hauteur de 85,79% par Abu Dhabi National Energy Company (TAQA), l'un des principaux groupes énergétiques du Moyen-Orient, Taqa Morocco bénéficie de l'appui d'un actionnaire de référence disposant d'une solide capacité financière et d'une expertise reconnue dans le développement et l'exploitation de grands projets énergétiques".
"Le marché continue encore de regarder Taqa Morocco comme un producteur d'électricité à partir du charbon. Pourtant, le groupe est en train de se transformer en une plateforme intégrée couvrant l'énergie, l'eau et les infrastructures", souligne notre interlocuteur.
"Taqa Morocco réunit aujourd'hui plusieurs caractéristiques rarement présentes au sein d'une même valeur cotée : une activité historique offrant une forte visibilité sur les revenus grâce au contrat de concession avec l'ONEE jusqu'en 2044, un rendement du dividende attractif et un important potentiel de croissance à travers les nouveaux projets".
Le partenariat stratégique conclu avec Nareva, l'ONEE et le Fonds Mohammed VI ouvre en effet la voie à un portefeuille de projets estimé à près de 143 MMDH à l’horizon 2030, couvrant les renouvelables, le dessalement, les infrastructures de transport d'électricité ainsi que les capacités flexibles au gaz.
Pour l'analyste, l'un des points les plus importants réside dans la capacité du groupe à préparer l'après-2044. "Les nouveaux métiers ne visent pas uniquement à soutenir la croissance des prochaines années. Ils ont aussi vocation à construire de nouveaux relais de revenus capables de prolonger la visibilité du modèle économique bien au-delà des contrats historiques".
Certes, "des risques demeurent, notamment la volatilité des cours du charbon, les besoins de financement liés à l'ampleur des investissements annoncés ou encore la réussite opérationnelle du passage vers un modèle multi-métiers. Toutefois, ces éléments apparaissent aujourd'hui largement compensés par la visibilité offerte par les actifs existants et par les perspectives ouvertes par les grands chantiers énergétiques et hydriques du Royaume".
Dans ce contexte, les dernières valorisations font ressortir un objectif de cours de 2.977 DH, soit un potentiel de hausse de plus de 60% par rapport aux niveaux actuels. À cela s'ajoute un rendement du dividende attendu de 5,5% en 2026 puis de 7,4% en 2027, renforçant l'attrait de la valeur pour les investisseurs à la recherche à la fois de rendement et de croissance.
