L’essentiel
- Crédit du Maroc lance une augmentation de capital de 699,1 millions de dirhams (MDH) afin de soutenir sa croissance et de renforcer ses fonds propres.
- L’opération est ouverte aux actionnaires et aux investisseurs acquérant des droits préférentiels de souscription (DPS), avec une parité de 73 DPS pour 5 actions nouvelles à 938 DH.
- Le prix de souscription affiche une décote de 14,7% par rapport à la valorisation moyenne de 1.100 DH retenue par la banque.
- Les analystes mettent en avant le plan stratégique CDM Boost 2028, les synergies avec AtlantaSanad et un environnement porteur pour soutenir la croissance du groupe.
-oOo-
Les détails
Crédit du Maroc s'apprête à renforcer ses fonds propres à travers une augmentation de capital en numéraire d'un montant global de 699,1 MDH. L'opération porte sur l'émission de 745.285 actions nouvelles au prix unitaire de 938 DH, dont 100 DH de valeur nominale et 838 DH de prime d'émission.
L'opération a été approuvée par l'assemblée générale extraordinaire du 11 juin 2026 et s'inscrit dans le cadre d'une augmentation du capital social de la banque de 74,5 MDH.
À l'issue de l'opération, le capital de Crédit du Maroc passera ainsi de 1,09 milliard de dirhams à 1,16 MMDH.
La banque explique que cette levée de fonds a un double objectif : accompagner sa dynamique de croissance et maintenir les ratios financiers à des niveaux jugés confortables.
L'augmentation de capital est réalisée avec maintien du droit préférentiel de souscription (DPS). Chaque actionnaire recevra un DPS pour chaque action détenue au 22 juin 2026. La parité retenue prévoit que 73 DPS permettront de souscrire à 5 actions nouvelles au prix de 938 DH. Les DPS seront négociables en bourse du 26 juin au 16 juillet 2026, période qui correspond également à la souscription des nouvelles actions.
À travers cette opération, Crédit du Maroc prévoit également un renforcement de sa structure financière. Les fonds propres sociaux devraient passer de 6,78 MMDH à 7,48 MMDH, tandis que les capitaux propres consolidés progresseraient de 8,49 MMDH à 9,19 MMDH.

Une opération ouverte aux actionnaires et aux détenteurs de DPS
L'augmentation de capital est destinée en priorité aux actionnaires de Crédit du Maroc, conformément aux dispositions de la loi sur les sociétés anonymes. Ces derniers bénéficient d'un droit préférentiel de souscription leur permettant de participer à l'opération proportionnellement au nombre d'actions qu'ils détiennent.
Concrètement, les actionnaires inscrits en compte à l'issue de la séance du 22 juin 2026 recevront un droit préférentiel de souscription (DPS) pour chaque action détenue. La parité retenue prévoit que 73 DPS donnent droit à la souscription de 5 actions nouvelles au prix unitaire de 938 DH.
Les DPS seront détachés le 23 juin et négociables à la Bourse de Casablanca du 26 juin au 16 juillet 2026. Les détenteurs pourront ainsi choisir d'exercer leurs droits, de les céder sur le marché ou d'en acquérir afin de compléter leur parité de souscription.
L'opération ne se limite toutefois pas aux seuls actionnaires actuels. Les investisseurs qui acquièrent des DPS sur le marché durant leur période de cotation pourront également participer à l'augmentation de capital.
Par ailleurs, Crédit du Maroc précise que Holmarcom Finance Company (HFC) et AtlantaSanad, qui détiennent ensemble 65,63% du capital de la banque, ont manifesté leur intention de souscrire à l'opération.
Une décote pouvant atteindre 14,7% sur la valorisation retenue
Pour fixer le prix de souscription de l'augmentation de capital, Crédit du Maroc a retenu un prix de 938 DH par action. Ce niveau représente une décote par rapport aux différentes références de marché analysées par la banque.
Ainsi, le prix retenu ressort en retrait de 9,8% par rapport au cours de clôture du titre observé le 3 juin 2026, qui s'établissait à 1.040 DH. La décote atteint également 11,7% par rapport au cours moyen pondéré sur douze mois, retenu à 1.062 DH par action.
La banque a par ailleurs procédé à un exercice de valorisation combinant deux approches. La première repose sur le cours moyen pondéré du titre en bourse, tandis que la seconde s'appuie sur les multiples boursiers observés chez les principaux groupes bancaires cotés à Casablanca, à savoir Attijariwafa bank, BCP, Bank of Africa et CIH Bank.
L'approche par les cours de bourse fait ressortir une valeur de 1.062 DH par action, tandis que la méthode des comparables bancaires aboutit à une valorisation de 1.156 DH. Après pondération à hauteur de 60% pour le cours moyen pondéré et de 40% pour les comparables boursiers, Crédit du Maroc obtient une valeur théorique de 1.100 DH par action.
Sur cette base, le prix de souscription de 938 DH affiche une décote de 14,7% par rapport à la valorisation moyenne retenue par la banque.
Au prix de l'opération, la valorisation implicite des fonds propres ressort à 10,2 MMDH, correspondant à un multiple de 1,2 fois les fonds propres (P/B) et à un multiple de 11,8 fois les bénéfices 2025 (P/E).
Crédit du Maroc privilégie les valorisations de marché
Dans le cadre de son exercice de valorisation, Crédit du Maroc a choisi d'écarter plusieurs références transactionnelles pourtant marquantes dans l'histoire récente du titre.
Il s'agit notamment de l'acquisition du premier bloc de contrôle par Holmarcom au prix de 545,2 DH par action en décembre 2022, de l'offre publique d'achat obligatoire réalisée à 502 DH par action en 2023, de l'acquisition de la seconde tranche à 587 DH en juin 2024 ainsi que de l'offre de vente au public réalisée à 850 DH par action en octobre 2024.
Selon la banque, ces opérations ne constituent plus des références pertinentes pour apprécier la valeur actuelle de Crédit du Maroc. La note d'opération met en avant leur ancienneté ainsi que l'évolution enregistrée depuis par le titre en bourse et par les performances financières de l'établissement.
CDM souligne notamment que son produit net bancaire a progressé de 8% en 2025, tandis que son résultat net part du groupe a enregistré une hausse de 16,5% sur la même période. Cette tendance s'est poursuivie au premier trimestre 2026 avec une croissance de 4,2% du produit net bancaire et une progression de 37,2% du résultat net part du groupe par rapport à la même période de l'année précédente.
Dans ce contexte, Crédit du Maroc a privilégié des méthodes fondées sur les valorisations de marché actuelles, à savoir le cours moyen pondéré du titre sur douze mois et les multiples boursiers observés auprès des principales banques cotées. La banque estime que ces approches reflètent davantage l'appréciation actuelle du marché ainsi que les performances récentes enregistrées par l'établissement.
Cette approche aboutit à une valorisation moyenne de 1.100 DH par action, sensiblement supérieure aux niveaux retenus lors des opérations réalisées entre 2022 et 2024.
Les analystes voient encore un potentiel de progression pour le titre
Pour les analystes contactés par nos soins, l'augmentation de capital intervient alors que Crédit du Maroc continue de bénéficier d'une appréciation favorable sur le marché. Les projections tablent sur une poursuite de la croissance de l'activité et des résultats au cours des prochaines années, portée notamment par la progression du produit net bancaire et l'amélioration de la rentabilité.
Selon ces estimations, le produit net bancaire devrait passer de 3,57 MMDH en 2025 à 3,81 MMDH en 2026, puis à 4,02 MMDH en 2027.
Le résultat net part du groupe est attendu à 949 MDH en 2026 contre 864 MDH en 2025, avant de franchir le seuil du milliard de dirhams en 2027 pour atteindre 1,01 MMDH.
Cette progression des bénéfices se traduirait par une amélioration du bénéfice par action, attendu à 87 DH en 2026 puis à 92,5 DH en 2027. Dans le même temps, le PER ressortirait à 11,7 fois les bénéfices estimés de 2026 et à 11 fois ceux de 2027, des niveaux que certains analystes jugent encore attractifs au regard des perspectives de croissance de la banque.
"La banque conserve également un profil intéressant en matière de rendement. Les prévisions font ressortir un dividende par action de 52 DH au titre de 2026 puis de 55 DH en 2027, correspondant à un rendement compris entre 5% et 5,5%", ajoute l’un des analystes.
"Il y a également un flottant qui représente près de 23,6% du capital de Crédit du Maroc. Avec une capitalisation boursière de près de 11 MMDH, la banque figure désormais parmi les valeurs bancaires les plus liquides de la place, un critère particulièrement suivi par les investisseurs institutionnels", souligne un autre analyste.
Dans ce contexte, les analystes de BKGR valorisent l'action à 1.420 DH, soit un potentiel d'appréciation de près de 40% par rapport au cours de référence retenu dans leur étude. Cette valorisation repose sur l'amélioration attendue des résultats, le renforcement des fonds propres à travers l'augmentation de capital et la capacité de la banque à poursuivre sa trajectoire de croissance au cours des prochaines années.
Des fondamentaux renforcés depuis l'arrivée de Holmarcom
Les analystes considèrent que Crédit du Maroc aborde une nouvelle phase de son développement. Le plan stratégique "CDM Boost 2028" s'accompagne d'une revue du dispositif de distribution et d'une restructuration des lignes métiers destinée à améliorer l'efficacité commerciale de la banque.
La rentabilité a déjà commencé à refléter cette transformation. Le rendement des fonds propres (ROE) est ressorti à 12,16% à fin 2025, tandis que le ratio de solvabilité consolidé atteint 14,85%, soit un niveau supérieur aux exigences prudentielles. La banque affiche également une dynamique commerciale soutenue ainsi qu'une amélioration continue de ses performances financières.
Les analystes soulignent également que l'augmentation de capital de près de 700 MDH permettra à la banque de renforcer davantage ses fonds propres et de disposer de moyens supplémentaires pour accompagner son développement. Ce renforcement financier constitue l'un des principaux arguments avancés pour soutenir les perspectives du titre.
"La présence d'AtlantaSanad dans le tour de table pourrait favoriser le développement de synergies commerciales entre les métiers de la banque et de l'assurance. Cette complémentarité s'inscrit dans la volonté du groupe de positionner Crédit du Maroc comme une plateforme bancaire spécialisée au sein de son écosystème financier et figure parmi les leviers susceptibles de soutenir la croissance future de la banque", estime un analyste.
"On parle également de l'intérêt stratégique que pourrait représenter un rapprochement avec BMCI. Une telle opération permettrait à Crédit du Maroc de franchir une nouvelle étape en matière de taille critique, avec un encours de crédits supérieur à 120 MMDH et une part de marché proche de 10%".
Un environnement qui redevient plus favorable aux banques
Le maintien du taux directeur de Bank Al-Maghrib et la reprise attendue de la demande de crédit devraient contribuer à l'amélioration des volumes de production.
Parallèlement, les grands projets d'infrastructures liés à la Coupe du monde 2030, au port Nador West Med et aux différents programmes d'investissement publics et privés sont identifiés comme des moteurs potentiels de croissance pour le financement bancaire.
La reprise progressive de l'investissement devrait également contribuer à renforcer la solvabilité des entreprises et à améliorer la qualité du portefeuille de crédits. Les analystes relèvent aussi le potentiel offert par le développement attendu du marché secondaire des créances en souffrance, susceptible de favoriser une meilleure gestion des actifs à risque au sein du secteur.
Ali Benkirane : “2026, année d’accélération pour Crédit du Maroc”
Résultats 2025 : Crédit du Maroc dépasse 860 MDH de bénéfice et accélère sur les crédits
