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Round-up. Au Maroc, l’industrie automobile se prépare au virage de l’électrique

Batteries électriques, semi-conducteurs... le Maroc met le turbo pour réussir la mue de l'industrie automobile et entrer dans l'ère de la voiture électrique.

Round-up. Au Maroc, l’industrie automobile se prépare au virage de l’électrique

Le 6 août 2022 à 8h37

Modifié 12 août 2022 à 12h49

Batteries électriques, semi-conducteurs... le Maroc met le turbo pour réussir la mue de l'industrie automobile et entrer dans l'ère de la voiture électrique.

Avec le projet de Gigafactory pour la production de batteries pour les voitures électriques, annoncé le 21 juillet à Marrakech par Ryad Mezzour, le Maroc s’inscrit dans une inexorable transformation de l’industrie automobile mondiale vers l’électrique.

Le ministre de l’Industrie et du commerce a maintes fois exprimé sa volonté de voir le Maroc intégrer rapidement le cercle restreint des pays producteurs de voitures électriques. En réalité, il l’a déjà fait avec la production au sein de l’usine Stellantis de Kénitra; des modèles Citroën Ami et Opel Rocks-e. Les initiatives se multiplient pour doter le Maroc des conditions nécessaires pour gagner ce pari.

L’industrie de la batterie électrique, un succès annoncé?

« La suite logique du développement de notre plateforme industrielle automobile est d’insérer la batterie, puisque notre principal marché (l’Union européenne) a fait des annonces importantes en matière de transition de la mobilité, une transformation complète vers l’électrique à l’horizon 2035 », a déclaré Ryad Mezzour au micro de Médias24, en marge de l’US-Africa Business Summit.

Il a également annoncé que des discussions étaient ouvertes avec quatre à cinq opérateurs, qui pourraient déboucher, avant la fin de l’année, sur l’installation d’une Gigafactory de batteries au Maroc, qui servira les usines du Royaume et celles des pays voisins.

Le 2 juin dernier, à l’occasion d’une convention signée entre le groupe Renault et Managem, Ryad Mezzour avançait déjà qu’un processus était engagé pour développer le segment de la batterie électrique.

Au titre de cet accord, le groupe minier marocain va fournir le constructeur français en sulfate de cobalt qui servira à la production de batteries électriques. Même si cela n’avait pas été clairement annoncé, tout indiquait que cette usine de batteries serait logée au Maroc, puisque Mohamed Bachiri, directeur de Renault Maroc, déclarait à cette occasion que pour la première fois, le niveau d’intégration allait inclure la matière première extraite du sol marocain.

En effet, le Maroc est un producteur de cobalt et de phosphate, des minerais qui entrent dans la fabrication de la batterie électrique. Toutefois pour le lithium, il devra s’approvisionner de l’étranger.

Et ce, sans considérer les spéculations autour du potentiel du mont Tropic ou de probables découvertes de lithium au sud du Maroc. D’autre part, le Royaume a de très bonnes relations avec la République démocratique du Congo et le Chili, détenteurs de près de 50% des réserves mondiales, respectivement de cobalt et de lithium.

Le Maroc ayant une industrie automobile déjà bien implantée et de grandes stations de production d’énergies renouvelables (qui ont besoin de batteries nouvelle génération pour le stockage), l’industrie des batteries électriques dispose déjà d’un marché local important. Si on y ajoute les capacités en matières premières, le Maroc a toutes les chances de percer dans cette industrie d’avenir.

Une percée dans le segment stratégique des semi-conducteurs 

Hormis les batteries, un autre segment stratégique dans l’industrie automobile a trait aux puces électroniques ou semi-conducteurs. Avec les avancées liées aux systèmes de sécurité, la conduite autonome et l’internet des objets (IOT), les voitures sont devenues de véritables ordinateurs sur roues.

Une Tesla peut contenir jusqu’à 3.000 puces contre une centaine pour une voiture classique. Avec l’électrification et l’automatisation des voitures, la demande du secteur en semi-conducteurs va tripler à l’horizon 2028.

Après la brusque et importante reprise de l’économie mondiale suite à la crise du Covid, le secteur de l’automobile a été le plus affecté par la pénurie des semi-conducteurs ; l’offre existante étant écoulée prioritairement sur le marché des produits électroniques, les smartphones notamment qui offrent des marges plus importantes.

Dans ce contexte compliqué, le Maroc a toutefois pu réaliser une importante percée dans cette industrie de haute technologie grâce à l’un des principaux acteurs du marché, ST Microelectronics. L’usine de la multinationale franco-italienne à Bouskoura s’est prparée, en investissant 250 millions de dollars, notamment pour accueillir de nouvelles technologies lui permettant de fabriquer des puces de dernière génération.

L’usine, qui fournit le géant américain Tesla, a recruté quelque 700 personnes depuis 2021. Elle emploie actuellement près de 3.300 personnes et prévoit des développements importants, selon son directeur général Fabrice Gomez.

« L’avenir de cette usine est dans l’accroissement de la voiture électrique, avec de nombreux emplois et des investissements colossaux pendant les années à venir », déclarait-il à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle ligne de production. « Bouskoura est aujourd’hui l’un des sites majeurs du groupe pour l’automobile électrique, pour servir les clients européens dans un avenir très proche. »

Le Maroc peut se targuer de figurer parmi les rares pays à abriter la fabrication de semi-conducteurs pour la voiture électrique, dans un contexte de pénurie mondiale qui menace tout le secteur.

Le monde à marche forcée vers l’électrique

Aujourd’hui, le célèbre constructeur américain de voitures électriques Tesla, qui en a révolutionné le marché, représente la plus grande valorisation boursière – et de loin – parmi les constructeurs automobiles. Si l’effet spéculation n’est pas négligeable, cela démontre néanmoins que les marchés financiers considèrent que l’avenir du secteur est dans l’électrique.

Les deux constructeurs présents au Maroc, à savoir les groupes Renault-Nissan et Stellantis, sont également entrés assez tôt dans l’ère de l’électrique. Le Maroc leur offre une compétitivité exceptionnelle. Aujourd’hui, les deux modèles les plus vendus en Europe, la Dacia Sandero et la Peugeot 208, proviennent tous deux d’usines marocaines.

Si le Maroc veut prétendre à un taux d’intégration aussi élevé dans la voiture électrique, il devra nécessairement fabriquer les batteries ; car ces dernières peuvent représenter au moins 30% de la valeur d’un véhicule électrique, même si leur prix est en constante baisse grâce à l’évolution de la technologie.

Selon des chiffres officiels, l’Europe représente près de 80% des exportations marocaines de voitures. Or, le 8 juin dernier, le Parlement de l’Union européenne a adopté un texte qui interdit la vente de voitures neuves thermiques en Europe, à partir de 2035. Des objectifs intermédiaires de réduction des émissions automobiles sont fixés à -15% à l’horizon 2025 et à -55% à l’horizon 2030.

Si le Maroc veut préserver sa part de marché au niveau de son marché principal, il doit opérer sa mue. D’autant plus que la plupart des pays européens offrent des incitations sous forme de subventions et de bonus à l’achat de voitures électriques. En France, la championne en la matière, ceux-ci atteignent la somme de 11.000€.

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