Adouls : la Cour constitutionnelle valide l’essentiel de la réforme, mais écarte plusieurs dispositions
Saisie par 93 députés avant la promulgation du texte, la Cour a déclaré non conformes des articles touchant aux incompatibilités professionnelles, aux personnes en situation de handicap, au témoignage collectif dit “lafif” et à l’organisation des instances représentatives. Le texte devra donc être corrigé sur ces points, sans remettre en cause le cœur de la nouvelle loi 16.22.
La Cour constitutionnelle a déclaré contraires à la Constitution plusieurs dispositions de la loi 16.22 relative à l’organisation de la profession des adouls, tout en validant l’essentiel de l’architecture du texte, selon une décision rendue lundi 15 juin 2026.
Saisie par 93 membres de la Chambre des représentants, la Cour devait se prononcer sur la conformité à la Constitution de plusieurs articles de cette réforme, adoptée définitivement par le Parlement le 28 avril, avant sa promulgation.
Dans sa décision, la Cour a notamment écarté l’article 8 relatif aux incompatibilités professionnelles, les deux premières phrases de l’article 53 portant sur la réception des actes concernant des personnes ayant une incapacité de parole ou d’audition, ainsi que le premier alinéa de l’article 67 relatif au témoignage collectif dit “lafif”.
Elle a également déclaré non conformes à la Constitution les articles 140 à 194, consacrés à l’organisation de l’Instance nationale des adouls et des conseils régionaux, non pas en raison du principe de ces structures, mais parce que le texte ne prévoit pas de garanties suffisantes pour assurer la continuité du service public de l’authentification adoulaire en cas de blocage ou de dysfonctionnement de ces instances.
Sur l’article 53, la Cour a estimé que le texte ne garantissait pas suffisamment l’égalité effective des personnes en situation de handicap dans l’accès aux actes adoulaires. Elle a considéré que le recours à un interprète assermenté, à un expert en langue des signes ou à une personne qualifiée ne pouvait pas dépendre de la seule appréciation des adouls lorsque la personne concernée présente une difficulté de parole ou d’audition.
Concernant le “lafif”, la Cour a jugé que la formule relative à la présence de témoins “hommes et femmes” ouvrait la voie à des interprétations divergentes, faute de précision sur la composition du groupe de témoins. Elle a estimé que cette ambiguïté portait atteinte aux exigences de clarté, de prévisibilité et de sécurité juridique.
La Cour a en revanche validé plusieurs dispositions contestées, notamment celles relatives à la responsabilité de l’adoul, à la réception conjointe de l’acte par deux adouls, aux conditions applicables aux témoins, à l’usage de copies de documents en cas de perte de l’original, aux formalités de publicité foncière et au mécanisme de recours contre le refus du juge chargé de l’authentification d’apposer son visa sur un acte.
La décision confirme ainsi le maintien de la réception des actes par deux adouls, une exigence que la Cour rattache à la spécificité historique et juridique de la profession et qu’elle considère comme une garantie supplémentaire pour la sécurité des transactions.
La Cour a également jugé conforme à la Constitution l’article 120 relatif à la commission disciplinaire, sous réserve d’interprétation. Elle précise que la transmission des propositions de cette commission au ministre de la Justice ne lui donne pas le pouvoir d’en modifier le contenu, mais seulement d’en assurer l’exécution administrative.
Cette décision ne remet donc pas en cause l’ensemble de la réforme, mais oblige le législateur à revoir plusieurs points jugés insuffisamment encadrés.
À découvrir
à lire aussi
Article : En commission, les conseillers votent la nationalisation de la Samir et le plafonnement des hydrocarbures
Deux propositions de loi portant sur les hydrocarbures et la Samir ont été récemment adoptées en commission à la Chambre des conseillers. Un vote "surprise" rendu possible par un rapport de forces numérique défavorable à la majorité, lors d’une séance où l’opposition était majoritaire en nombre. Si ces textes ont franchi l’étape de la commission, leurs promoteurs sont conscients qu’ils ont peu de chances d’être adoptés en plénière.
Article : Retail : la guerre silencieuse pour conquérir le panier des Marocains
Pendant longtemps, les courses du quotidien se sont surtout jouées entre l’épicier du quartier, le grossiste et quelques grandes surfaces. Ce modèle commence à se fissurer. Entre fusion capitalistique, rachats d’enseignes, master-franchises, centrales d’achat, logistique commune et formats de proximité, les grands opérateurs installent peu à peu des réseaux capables d’accompagner le consommateur du café du matin aux achats du week-end. Non sans bousculer les équilibres.
Article : Crédit du Maroc : ce que cache l’augmentation de capital à 699 MDH
Depuis son passage sous le contrôle de Holmarcom, Crédit du Maroc a changé de rythme. La banque affiche des bénéfices en hausse, prépare son plan CDM Boost 2028, et propose désormais à ses actionnaires de suivre le mouvement via une opération ouverte du 26 juin au 16 juillet. Derrière le prix fixé à 938 DH par action, le marché devra surtout juger si cette nouvelle étape confirme une trajectoire ou ouvre un pari plus large. Décryptage.
Article : Nador West Med : derrière le port, le pari industriel de l’Oriental
ROUND UP. Prévu pour entrer en service fin 2026, Nador West Med se construit déjà au-delà de ses quais : routes dédoublées, future autoroute vers Guercif, projets chinois dans l’éolien, les pneus et les alliages, ambition énergétique autour du GNL et de l’hydrogène vert. L’enjeu est désormais de transformer cette infrastructure en véritable moteur économique régional.
Article : Pour près de 395 MDH, ce sera Urbagec/Separator qui construira la future gare LGV de l’aéroport de Casablanca
Le marché porte sur le lot 4 du projet, dédié à la construction de la gare ferroviaire de l’aéroport Mohammed V. Cinq candidats étaient en lice, dont SGTM, Sogea Maroc et Construction Management Services, pour une estimation initiale fixée à 380 millions de DH hors taxes.
Article : Mondial 2026. Analyse de la masterclass d’Ayyoub Bouaddi
Le milieu de terrain a éclairé le jeu de l’équipe nationale face au Brésil, en match d’ouverture du groupe C. Mais il a aussi apporté un précieux équilibre grâce à son activité défensive. Sa permutation avec Neil El Aynaoui à la mi-temps y a grandement contribué.