En commission, les conseillers votent la nationalisation de la Samir et le plafonnement des hydrocarbures
Deux propositions de loi portant sur les hydrocarbures et la Samir ont été récemment adoptées en commission à la Chambre des conseillers. Un vote "surprise" rendu possible par un rapport de forces numérique défavorable à la majorité, lors d’une séance où l’opposition était majoritaire en nombre. Si ces textes ont franchi l’étape de la commission, leurs promoteurs sont conscients qu’ils ont peu de chances d’être adoptés en plénière.
Un vote qui n’est pas passé inaperçu sur deux dossiers particulièrement sensibles. La Commission des finances, de la planification et du développement économique à la Chambre des conseillers a adopté, le mardi 9 juin 2026, deux propositions de loi rejetées par le gouvernement. Il s’agit de textes portant sur le secteur des hydrocarbures et sur la Samir, déposés par le groupe de la Confédération démocratique du travail (CDT).
La première proposition porte sur la régulation des prix des hydrocarbures au Maroc. La seconde concerne l'épineux dossier de la "Samir" et propose le transfert de l’ensemble de ses actifs à l’État marocain.
Selon des sources parlementaires, la commission comptait six membres présents lors du vote : deux issus de la majorité et quatre de l’opposition. Cette configuration a permis l’adoption des textes après les blocages enregistrés à la Chambre des représentants.
En effet, les deux textes ont été adoptés par des conseillers du groupe Haraki, de la CDT, de l’UMT et de l’UNTM.
Relance de deux textes de 2022
La proposition relative à la Samir n’est pas nouvelle. Elle avait été déposée en 2022 avant d’être bloquée. Le texte défendu par la CDT visait la reprise en main des actifs de la raffinerie par l’État dans la perspective d’une éventuelle relance de l’activité.
Ce texte de 5 articles, déjà déposé en 2022 puis resté en suspens, prévoit "un transfert global des actifs de la société au profit de l’État, incluant les biens immobiliers, les licences, les brevets, ainsi que les participations et filiales éventuelles". Il prévoit que ces actifs seraient cédés "expurgés de toute dette, hypothèque ou garantie", avec l’annulation de l’ensemble des sûretés grevant les biens de l’entreprise.
La proposition confie également aux administrations concernées la mission de procéder aux opérations d’enregistrement et de transfert des actifs au profit de l’État, tandis que le ministère de l'Économie et des Finances serait chargé de mettre en œuvre les mesures nécessaires à la reprise éventuelle de l’activité de raffinage. Les modalités d’application, y compris les procédures de transfert et les éventuelles indemnisations, devraient être fixées par voie réglementaire.
Le texte sur les hydrocarbures, qui date aussi de mai 2022 et contient huit articles, prévoit la réintroduction d’un encadrement des prix, autrement dit un plafonnement, en excluant les carburants de la liste des produits dont les prix sont libéralisés et en confiant aux autorités compétentes la mission de les réglementer.
Il institue un mécanisme de fixation hebdomadaire d’un prix maximum de vente au public, établi chaque lundi à minuit par le ministère de l’Économie et des Finances sur la base du prix international moyen, auquel s’ajoutent les coûts de transport, de stockage, d’assurance ainsi que les marges des opérateurs de distribution.
Le dispositif interdit toute vente au-delà du prix plafond fixé, tout en permettant des prix inférieurs, et ouvre la possibilité d’une intervention des pouvoirs publics pour soutenir les prix en cas de hausse excessive affectant le pouvoir d’achat des consommateurs et l’économie nationale.
Peu de chances d’aboutir en plénière
Si ces textes ont franchi l’étape de la commission, leurs promoteurs sont conscients qu’ils ont peu de chances d’être adoptés en plénière.
Selon nos sources, l’initiative relève davantage d’un "signal politique adressé à la majorité que d’une réelle perspective d’adoption". Les mêmes sources soulignent que l’absence de plusieurs membres de la majorité lors de la réunion a facilité le vote des propositions.
Elles savent toutefois que les deux textes devraient être bloqués lors de leur examen en séance plénière, où la majorité dispose des voix nécessaires pour empêcher leur adoption.
Au-delà de leur portée législative, ces votes constituent ainsi un moyen de remettre sur la table les dossiers de la Samir et de la régulation des hydrocarbures, tout en mettant en cause la mobilisation de la majorité lors des travaux de la commission.
à lire aussi
Article : Adouls : la Cour constitutionnelle valide l’essentiel de la réforme, mais écarte plusieurs dispositions
Saisie par 93 députés avant la promulgation du texte, la Cour a déclaré non conformes des articles touchant aux incompatibilités professionnelles, aux personnes en situation de handicap, au témoignage collectif dit “lafif” et à l’organisation des instances représentatives. Le texte devra donc être corrigé sur ces points, sans remettre en cause le cœur de la nouvelle loi 16.22.
Article : Retail : la guerre silencieuse pour conquérir le panier des Marocains
Pendant longtemps, les courses du quotidien se sont surtout jouées entre l’épicier du quartier, le grossiste et quelques grandes surfaces. Ce modèle commence à se fissurer. Entre fusion capitalistique, rachats d’enseignes, master-franchises, centrales d’achat, logistique commune et formats de proximité, les grands opérateurs installent peu à peu des réseaux capables d’accompagner le consommateur du café du matin aux achats du week-end. Non sans bousculer les équilibres.
Article : Crédit du Maroc : ce que cache l’augmentation de capital à 699 MDH
Depuis son passage sous le contrôle de Holmarcom, Crédit du Maroc a changé de rythme. La banque affiche des bénéfices en hausse, prépare son plan CDM Boost 2028, et propose désormais à ses actionnaires de suivre le mouvement via une opération ouverte du 26 juin au 16 juillet. Derrière le prix fixé à 938 DH par action, le marché devra surtout juger si cette nouvelle étape confirme une trajectoire ou ouvre un pari plus large. Décryptage.
Article : Nador West Med : derrière le port, le pari industriel de l’Oriental
ROUND UP. Prévu pour entrer en service fin 2026, Nador West Med se construit déjà au-delà de ses quais : routes dédoublées, future autoroute vers Guercif, projets chinois dans l’éolien, les pneus et les alliages, ambition énergétique autour du GNL et de l’hydrogène vert. L’enjeu est désormais de transformer cette infrastructure en véritable moteur économique régional.
Article : Pour près de 395 MDH, ce sera Urbagec/Separator qui construira la future gare LGV de l’aéroport de Casablanca
Le marché porte sur le lot 4 du projet, dédié à la construction de la gare ferroviaire de l’aéroport Mohammed V. Cinq candidats étaient en lice, dont SGTM, Sogea Maroc et Construction Management Services, pour une estimation initiale fixée à 380 millions de DH hors taxes.
Article : Mondial 2026. Analyse de la masterclass d’Ayyoub Bouaddi
Le milieu de terrain a éclairé le jeu de l’équipe nationale face au Brésil, en match d’ouverture du groupe C. Mais il a aussi apporté un précieux équilibre grâce à son activité défensive. Sa permutation avec Neil El Aynaoui à la mi-temps y a grandement contribué.