Managem : plus de 371 MDH échangés en deux séances, que se passe-t-il sur la valeur ?

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Par | Le 14/6/2026 à 11:59
Plus de 371 MDH ont été échangés sur Managem les 10 et 11 juin, soit plus de douze fois les volumes habituels. Décryptage d'une correction marquée du titre, entre prises de bénéfices, variations de l'or et tensions géopolitiques.

L'essentiel

  • Managem a perdu 26,4% entre le 1ᵉʳ et le 11 juin, passant de 18.098 DH à 13.321 DH, dans le cadre d’une correction marquée des valeurs minières à la Bourse de Casablanca.
  • Plus de 371 MDH ont été échangés sur le titre les 10 et 11 juin, soit plus de douze fois la moyenne quotidienne observée depuis le début du mois, traduisant un important mouvement de marché.
  • Selon plusieurs analystes, ces volumes proviennent principalement d’investisseurs institutionnels ayant matérialisé une partie de leurs plus-values et procédé à des arbitrages de portefeuille après la forte revalorisation de la valeur.
  • Les fondamentaux de Managem restent jugés solides, tandis que le rebond de l’or et les espoirs de désescalade au Moyen-Orient ont permis au titre de reprendre plus de 2% lors de la séance du 12 juin.

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Les détails

La Bourse de Casablanca est devenue plus volatile. Le MASI a cédé, le jeudi 11 juin, près de 3%, dans un marché nerveux, marqué par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. L’indice principal a reculé de 2,86% à 17.623,73 points, dans un volume de 631 MDH. La correction a été particulièrement marquée sur les valeurs minières, avec Managem en baisse de 10% à 13.321 DH, SMI en repli de 10% et CMT en baisse de 9,98%.

Ce mouvement intervient dans un contexte où les investisseurs sont devenus très sensibles aux déclarations de Donald Trump sur l’Iran, le détroit d’Ormuz et la possibilité d’un accord de paix. Le marché peut être devenu plus fragile avec un manque de liquidité, mais le regard des investisseurs était surtout tourné vers les signaux venant de Washington.

Dans le marché, Managem a perdu plus de 26% entre le 1er et le 11 juin. Sur la même période, CMT a lâché près de 25%, tandis que SMI a reculé de 31%.

Mais l’attention se porte sur Managem, première capitalisation du marché boursier marocain, qui avait déjà franchi le cap de 200 MMDH de capitalisation le 26 mai. Pourtant, actuellement, sa capitalisation ressort à un peu plus de 161 MMDH, ce qui montre l’ampleur de la correction subie par la valeur en quelques séances seulement.

Lors de la séance du 11 juin, Managem a enregistré un volume très important de 267,9 MDH échangés. La veille, c’est-à-dire le 10 juin, la valeur avait également drainé plus de 103,4 MDH. Donc, en deux jours seulement, un volume important a été échangé sur le titre, soit 371,3 MDH, proche de 400 MDH.

Or, si l’on regarde la moyenne des volumes échangés sur Managem entre le 1er et le 9 juin, elle ressort autour de 29,95 MDH par séance. Cela veut dire que le volume cumulé des 10 et 11 juin représente plus de 12 fois cette moyenne. Ce n’est donc pas une simple baisse technique du cours : il y a eu un véritable mouvement de marché sur la valeur, avec des échanges très soutenus.

Entre le 1ᵉʳ juin et le 11 juin, le cours de Managem est passé de 18.098 DH à 13.321 DH, soit une baisse de 26,4%. La valeur a donc perdu plus du quart de sa valeur en quelques séances.

Que se passe-t-il sur la valeur Managem ?

Contactés à ce sujet, quelques analystes de la place nous confient que la correction observée sur Managem ne remet pas en cause les fondamentaux de la valeur.

"Effectivement, il y a eu une correction importante sur Managem. Mais elle n’est pas liée aux fondamentaux de la société. Il s’agit plutôt d’un mélange entre prises de bénéfices sur une valeur qui avait atteint des niveaux très élevés, et un contexte international qui a amplifié la nervosité des investisseurs. Cela ne concerne d’ailleurs pas uniquement Managem, mais les valeurs minières de manière générale", explique l’un des analystes de la place.

"Managem reste aussi une valeur très corrélée aux variations de l’or. Or, le métal précieux a perdu plus de 3% sur une semaine et plus de 10% sur un mois, ce qui a naturellement pesé sur la perception du titre. Même si l’or a rebondi en fin de journée du 11 juin, ce mouvement est intervenu après la clôture du marché marocain. Il n’a donc pas pu être intégré dans le cours de Managem lors de cette séance. En revanche, le 12 juin, la valeur a repris plus de 2%, ce qui montre que le marché a commencé à intégrer, au moins partiellement, le rebond de l’or et le signal de détente observé à l’international".

"D’autant plus qu’une valeur ne peut pas augmenter de manière linéaire. Après une forte progression, il faut généralement des périodes de correction pour digérer la hausse et permettre à certains investisseurs de matérialiser leurs plus-values".

Par ailleurs, près de 400 MDH échangés en deux séances, les 10 et 11 juin, reste un montant énorme. Pour un analyste de la place, "ces montants concernent très probablement des investisseurs institutionnels qui ont voulu marquer leurs plus-values et alléger leurs positions. Mais ce n’est pas un mouvement structurel. Il s’agit davantage d’un ajustement de portefeuille après une très forte hausse".

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Source: medias24.com

Que se passe-t-il à l’international ?

Le 11 juin, la journée a d’abord été marquée par un ton très offensif de Donald Trump. Le président américain a menacé de nouvelles frappes contre l’Iran et a même évoqué la possibilité de viser l’île de Kharg, un point stratégique pour les exportations pétrolières iraniennes. À ce moment-là, les marchés évoluaient encore dans une logique de risque élevé, avec des craintes sur les flux énergétiques, une forte volatilité du pétrole et une prudence accrue des investisseurs sur les actifs risqués.

C’est précisément ce timing qui importe pour la Bourse de Casablanca. Durant la séance marocaine, le marché n’avait pas encore intégré un éventuel signal de détente. Or, le changement de ton de Donald Trump est intervenu plus tard dans la journée, après la clôture de la place casablancaise.

En soirée, le président américain a finalement annoncé l’annulation des frappes prévues contre l’Iran. Il a expliqué que les discussions avaient progressé et a évoqué un possible accord, qualifié de "great settlement", susceptible de permettre la réouverture du détroit d’Ormuz après sa signature. Donald Trump a même affirmé qu’un accord pourrait être conclu rapidement, possiblement au cours du week-end.

À ce stade toutefois, il ne s’agit pas encore d’un accord signé. Au 12 juin, les discussions portent sur un projet de mémorandum entre les États-Unis et l’Iran. Celui-ci viserait notamment à mettre fin aux hostilités dans le Golfe, à rouvrir le détroit d’Ormuz, à alléger certaines sanctions visant le pétrole iranien, à débloquer des avoirs gelés et à ouvrir une nouvelle phase de négociations sur plusieurs dossiers, dont le nucléaire.

Pour autant, l’Iran n’a pas confirmé l’existence d’un accord définitif. Téhéran a indiqué qu’aucune décision finale n’avait encore été prise. Plusieurs sujets demeurent sensibles, notamment le contrôle du détroit d’Ormuz, les sanctions économiques, les avoirs gelés ainsi que l’éventuelle extension du cessez-le-feu à d’autres fronts régionaux, notamment au Liban.

C’est dans ce contexte de forte incertitude géopolitique que s’est produite la correction observée sur le marché boursier marocain le 11 juin. Mais dès le lendemain, les investisseurs ont commencé à intégrer un scénario plus favorable. L’espoir d’une désescalade et d’un accord entre Washington et Téhéran a permis aux marchés de reprendre leur souffle.

La séance du 12 juin s’est ainsi soldée par une hausse de 1,9% du MASI, portée notamment par le rebond des valeurs minières. CMT a progressé de 9,9%, SMI de 7,5% et Managem de plus de 2%.

Comme nous l’avons expliqué précédemment, les valeurs minières occupent désormais une place importante dans la composition du MASI. Leur évolution exerce donc une influence significative sur les variations de l’indice. Lorsque Managem, SMI et CMT corrigent fortement, leur contribution négative pèse mécaniquement sur le MASI. À l’inverse, leur rebond soutient également l’indice. C’est ce qui explique en partie l’ampleur de la baisse observée le 11 juin, mais aussi le redressement enregistré lors de la séance du 12 juin.

Managem : le marché digère une forte revalorisation

"En réalité, cette correction n’est pas surprenante. Managem avait connu une revalorisation très rapide, portée à la fois par la hausse de l’or, la montée en puissance de ses nouveaux projets et l’amélioration de ses résultats. Donc à un certain niveau, le marché commence naturellement à prendre ses bénéfices, surtout quand le contexte international devient plus nerveux".

Sur le fond, l’histoire de Managem reste solide. Le groupe a renforcé son profil aurifère, cuprifère et argentifère, avec une production attendue en hausse en 2025 : +26% pour l’or, +20% pour le cuivre et +18% pour l’argent. Il est aussi bien positionné sur les métaux liés à la transition énergétique, notamment le cobalt et le sulfate de cobalt. À cela s’ajoute une forte amélioration financière en 2025, avec un chiffre d’affaires attendu à 13,7 MMDH, une marge d’EBE de 43,7% et un RNPG de 3,0 MMDH.

"Mais justement, une partie de cette bonne nouvelle a déjà été intégrée dans le cours. Après une année 2025 exceptionnelle, portée par Boto et Tizert et par un environnement de prix très favorable, le titre avait déjà beaucoup monté. La note indique d’ailleurs que, malgré la qualité du dossier, le rendement dividende reste limité et que le potentiel de croissance des nouveaux projets est déjà partiellement intégré dans la valorisation"

"Il faut aussi regarder les points de vigilance. Managem garde un endettement élevé, avec un gearing autour de 101,2% en 2025, hors capex soutenu. Le groupe est aussi exposé à la pression sur certains cash-costs, notamment à cause de la baisse des teneurs historiques sur certains sites. En plus, les nouveaux projets demandent beaucoup de capital, ce qui veut dire que le marché surveille de près la capacité du groupe à transformer cette croissance en cash", explique notre analyste de la place.

C’est là que la correction prend tout son sens. Elle ne veut pas forcément dire que le marché remet en cause les fondamentaux. Elle traduit plutôt le fait que le titre avait atteint un niveau très élevé, avec une capitalisation qui avait franchi les 200 MMDH, alors que les analystes de BKGR avaient déjà un objectif de cours inférieur au cours observé fin mai. À cette date, le cours ressortait à 16.600 DH, pour un objectif de 12.135 DH, soit un downside affiché de -26,9%, avec une recommandation à conserver.

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