Le blocage du dialogue social vire à l’impasse politique
Loi sur la grève, réforme des retraites, Code du travail… Les grandes réformes sociales programmées pour 2023 sont toutes bloquées à la veille de l’ouverture du round décisif d’avril. En cause : les syndicats conditionnent l’avancée des négociations par l’amélioration du pouvoir d’achat des travailleurs dans un contexte où l’inflation bat tous les records.
Le prochain round du dialogue social qui s’ouvre en avril s’annonce très difficile. C’est comme cela qu’une source gouvernementale qualifie la situation qui prévaut dans les négociations entre l’exécutif, le patronat et les syndicats.
En septembre, dernier round du dialogue social, les trois parties se sont mises d’accord sur un calendrier de réformes structurelles avec des deadlines précises : la promulgation de la loi sur la grève pour janvier et la préparation du nouveau Code du travail pour juillet. Une commission spéciale a été créée en parallèle pour avancer sur la réforme des retraites, un sujet brûlant que le gouvernement s’est engagé à boucler cette année.
Les choses semblaient alors partir sur de bonnes bases, puisque le patronat, qui s’était engagé sur la hausse du SMIG et du SMAG, a honoré ses promesses. Idem pour le gouvernement qui a respecté, selon notre source, tous les engagements pris en avril 2022, portant sur l’amélioration des pensions de retraite, la baisse du nombre de jours de cotisations pour prétendre à une pension de retraite, l’augmentation du SMIG dans la fonction publique et des salaires de certaines catégories professionnelles (professeurs universitaires, enseignants, médecins…). La route était donc balisée pour que les grandes réformes programmées pour 2023 puissent avancer et aboutir conformément au calendrier fixé par les trois parties.
L’envolée de l’inflation rend les syndicats plus virulents
Sept mois plus tard, rien de tout cela n’a été fait. Les discussions, aussi bien sur le projet de loi sur la grève que sur la réforme des retraites, n’avancent pas, repoussant les pourparlers sur la réforme du Code du travail à une date ultérieure.
Un retard que Chakib Alj, président de la CGEM, avait clairement pointé lors de son discours prononcé le 15 mars à l’occasion de la Conférence nationale sur le climat d’affaires.
"La CGEM a jusqu’à présent tenu l’ensemble de ses engagements formalisés dans l’accord social du 30 avril 2022. Cependant, nous déplorons le retard accusé par l’Etat et les centrales syndicales dans le respect de leurs engagements. La loi sur l’exercice du droit de grève devait être promulguée fin janvier 2023 et les négociations sur l’amendement du Code du travail devaient démarrer en début d’année pour être bouclées en juillet 2023", avait lancé le patron des patrons.
"Nous insistons ici sur le caractère indivisible de l’accord signé, et invitons l’ensemble des parties prenantes à tenir leurs promesses", a ajouté M. Alj, confirmant la situation de blocage dans les négociations.
Les syndicats assument ce blocage, estimant, comme nous l’affirment plusieurs sources auprès des centrales syndicales les plus représentatives, que le gouvernement n’a pas respecté ses engagements, notamment ceux liés à l’amélioration du pouvoir d’achat des travailleurs. Ce que le gouvernement réfute.
Que demandent les syndicats exactement ? Trois choses, selon Yassine Ferrachine, représentant de la CDT à la table des négociations :
- une augmentation générale des salaires dans la fonction publique ;
- un engagement ferme du gouvernement pour la révision du barème de l’impôt sur le revenu et la baisse des taux de prélèvements sur les revenus bas et moyens ;
- l’ajout d’une nouvelle échelle haute dans la fonction publique pour donner, comme l’explique M. Ferrachine, une nouvelle marge de progression salariale aux fonctionnaires hors échelle.
Des revendications que le représentant de la CDT qualifie de légitimes dans un contexte où l’inflation bat tous les records. "La hausse des prix a rongé de manière violente le pouvoir d’achat des ménages. Tous les gouvernements dans le monde ont réagi face à cette situation en augmentant les salaires ou en baissant les impôts pour améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs. Mais notre gouvernement n’a pris aucune mesure dans ce sens. On ne peut pas donc avancer dans le dialogue si cette situation perdure et si le gouvernement ne réagit pas favorablement à nos revendications", affirme Yassine Ferrachine.
Fin de l’idylle entre le gouvernement et les syndicats
Pour le gouvernement, ces revendications n’ont pas lieu d’être, car elles n’étaient pas incluses dans l’accord d’avril 2022, que l’exécutif a respecté dans tous ses termes, assure notre source, ni dans l’engagement ferme des partenaires sociaux de boucler les grandes réformes sociales de 2023 entre janvier et juillet.
La situation est d’autant plus compliquée que l’exécutif ne peut consentir des hausses générales de salaires dans un contexte où l’inflation a atteint 10,1% à fin février, au risque d’entretenir la spirale inflationniste.
Sommes-nous entrés dans un bras de fer sans issue ? C’est le cas de le dire, selon les échos que nous avons des différentes parties prenantes du dialogue social. Et il semble qu’il serait difficile dans le contexte actuel d’arracher un nouvel accord d’ici fin avril ou d’avancer sur des sujets stratégiques pour le pays comme la loi sur la grève, le Code du travail ou la réforme des retraites.
L’idylle et la bonne entente de la première année entre le gouvernement Akhannouch et les syndicats prend fin, comme le montrent tous les indices. Ce qui annonce un 1er mai assez chaud si l’on en croit nos sources syndicales…
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