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Rémunération du pharmacien : constat de la Cour des comptes, réponse de la profession

En réponse au rapport annuel de la Cour des comptes, le Dr Abderrahim Derraji, pharmacien, explique qu'un benchmark des marges des pharmaciens sur le médicament peut aboutir à des conclusions biaisées et impacter le secteur, ainsi que le pharmacien d'officine en crise.

Rémunération du pharmacien : constat de la Cour des comptes, réponse de la profession

Le 16 mars 2023 à 18h46

Modifié 18 mars 2023 à 21h21

En réponse au rapport annuel de la Cour des comptes, le Dr Abderrahim Derraji, pharmacien, explique qu'un benchmark des marges des pharmaciens sur le médicament peut aboutir à des conclusions biaisées et impacter le secteur, ainsi que le pharmacien d'officine en crise.

Dans son rapport annuel 2021, la Cour des comptes s’arrête sur les médicaments dont les prix sont “impactés par les marges des grossistes et des officines”, ainsi que par “le taux de la TVA qui dépasse ceux appliqués” par des pays étrangers, objet d’un benchmark (Arabie saoudite, Belgique, Espagne, France, Turquie, Portugal). Et ce, bien que “le choix des pays du benchmark ne soit pas basé sur une étude préalable”, comme le souligne la Cour des comptes.

En réaction à ces constats, le Dr Abderrahim Derraji, pharmacien, a publié, ce jeudi 16 mars, une analyse de la rémunération du pharmacien au Maroc, indiquant qu’une “simple comparaison entre les marges” ne suffit pas ; en effet, “chaque pays adopte son propre mode de calcul de rémunération du pharmacien d’officine, de telle sorte que les économies réalisées ne se fassent pas à ses dépens”.

A titre d’exemple, il précise qu’en Europe, “il existe une grande disparité des niveaux de marge qui peuvent varier de 3% en Autriche à 30% en Italie”.

Une production locale pour une meilleure accessibilité

Selon le rapport de la Cour des comptes, “les différentes révisions des prix des médicaments, appliquées durant la période 2014-2021, n'ont pas eu un impact significatif sur la baisse des prix et par suite sur son accessibilité économique”.

“Les baisses peu significatives des prix sont le résultat de l'adoption d'une méthode de révision des prix des princeps, basée sur la moyenne des PFHT (prix fabricant hors taxe, ndlr) des pays du benchmark, telle que prévue par l'article 14 du décret n° 2-13-852, relatif aux conditions et aux modalités de fixation du prix public de vente des médicaments fabriqués localement ou importés.”

“L'application de cette formule se traduit par des baisses peu significatives, ou le maintien du prix initial lorsque le PFHT en vigueur au Maroc au moment de la révision est inférieur au prix obtenu”, explique-t-on de même source.

Ainsi, “malgré les améliorations constatées, les processus actuels d'autorisation, de contrôle, de fixation et de révision des prix des médicaments ne permettent pas encore de rassurer pleinement sur la disponibilité et la qualité des médicaments, ainsi que sur leur accessibilité économique pour les citoyens”, conclut la Cour des comptes.

Elle recommande, “pour remédier à ces insuffisances”, de “veiller à la complétude et à la mise à jour régulière du cadre juridique régissant le secteur des médicaments” ; ainsi qu'à la mise en place d’une “politique pharmaceutique nationale axée sur le développement de la production nationale, et de revoir les processus d'autorisation, de contrôle et de fixation des prix des médicaments, notamment les délais réglementaires d'octroi des autorisations de mise sur le marché (AMM) et les méthodes de fixation et de révision des prix, de manière à garantir leur disponibilité et accessibilité économiques continues”.

Une comparaison aux conclusions biaisées

De son côté, le Dr Abderrahim Derraji indique que “le Maroc a mis en place une politique pharmaceutique depuis 2013 qui fait de la baisse des prix des médicaments une priorité, notamment à travers le décret fixant les prix des médicaments datant de la même année, dont la mise en application a engendré des baisses importantes des prix des médicaments avec des effets collatéraux sur la pharmacie d'officine qui a payé un lourd tribut à ces baisses non compensées”.

“L'impact de ces baisses est plus important par rapport aux pays voisins, car ces derniers ont conféré aux pharmaciens de nouvelles missions de santé publique qui génèrent des revenus supplémentaires. Ces pays ont également commencé à rémunérer le pharmacien par des honoraires par ligne et/ou par ordonnance, etc.”, poursuit-il.

Selon le Dr Derraji, “la rémunération des pharmaciens s'organise en trois grands blocs. Les modes de combinaison de ces blocs peuvent cependant varier d'un pays à l'autre”. Au Maroc, sa rémunération est “exclusivement basée sur deux marges commerciales (T1 : 33,93% ou T2 : 29,75%) et deux forfaits (T3 : 300 DH et T4 : 400 DH)”.

Quant aux “produits dits onéreux”, il explique que sur un médicament dont le prix est de 3.000 DH, “le pharmacien perçoit un forfait de 300 DH, ce qui correspond à une marge brute de 10%. Sur un médicament dont le prix dépasse 40.000 DH, le pharmacien perçoit un forfait de 400 DH, ce qui correspond à une marge brute inférieure à 1%”.

Pour lui, “tant que les revenus du pharmacien au Maroc restent directement corrélés aux chiffres qu'il réalise sur chaque tranche, toute baisse des prix des médicaments qui ne cible que le pharmacien, et sans compensation, s'accompagnera fatalement d'une baisse des revenus des pharmaciens, sachant qu'au moins le tiers des pharmaciens marocains connaît de sérieuses difficultés économiques”.

Ainsi, la comparaison entre les revenus des pharmaciens marocains et ceux exerçant dans les pays voisins, limitée à la marge du pharmacien sur le médicament, et en “occultant les autres modes de rémunération en vigueur et le volume des ventes dans ces pays, ne peut aboutir qu’à des conclusions biaisées”, souligne-t-il.

“Les décisions qui en découlent vont affecter irrémédiablement l’économie de l’officine et, indirectement, l’accès aux médicaments dans de nombreuses régions du Royaume. Les conséquences seront encore plus désastreuses si les projections ont des ‘marges inexactes’ et sans mener des études sérieuses afin d'évaluer l'impact des mesures en vue sur l'économie de tous les intervenants du secteur, et particulièrement le pharmacien d'officine qui traverse une crise sans précédent”, conclut-il.

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