Inquiétudes autour d’un accord UE-Qatar dans le secteur aérien

Le 21 octobre 2021 à 11h49

Modifié 21 octobre 2021 à 11h49

« Incompréhensible », « néfaste », « déséquilibré »: l’accord de libre-échange signé lundi entre l’Union européenne et le Qatar pour le transport aérien suscite la colère des acteurs du secteur, qui craignent une concurrence déloyale avec Qatar Airways, la compagnie étatique de l’émirat.

Cet accord est « néfaste pour l’ensemble du transport aérien en Europe », affirme Zaïnil Nizaraly, secrétaire de la fédération transport chez FO. « On a le Qatar qui a trois millions d’habitants d’un côté et de l’autre, on a le marché européen qui est immense », détaille-t-il, s’étonnant du déséquilibre de l’accord.

Cet accord est « mauvais », « totalement déséquilibré », a déclaré jeudi à l’AFP Alain Battisti, président de la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers (Fnam). Cette principale fédération française du transport aérien « demande au gouvernement français de ne pas le ratifier et de ne pas l’appliquer ».

Entré en vigueur sans même attendre la ratification interne des 27 États membres, l’accord prévoit une ouverture du ciel européen quasiment illimitée pour Qatar Airways qui pourra desservir n’importe quelle ville, sans aucune restriction de capacités ou de fréquences de vols.

« Qatar Airways va pouvoir drainer tous les passagers européens sur son hub de Doha », prévient Christophe Malloggi, délégué FO chez Air France.

Bien sûr, la réciproque s’applique mais « aucune compagnie européenne n’a intérêt à augmenter ses capacités au Qatar, nous n’avons rien à faire là-bas », s’étonne Guillaume Schmid, représentant du syndicat de pilote SNPL d’Air France. L’émirat, de taille réduite, n’a pas de marché aérien intérieur susceptible d’être exploité par les compagnies européennes, confirme M. Battisti.

– Inquiétude sur le fret –

Cet accord octroie en plus à Qatar Airways un accès au marché du fret puisque la compagnie qatarie pourra désormais « effectuer des vols cargo directement entre l’Union européenne et des pays tiers », écrit le SNPL dans un communiqué.

Or depuis le début de la pandémie de Covid-19, le secteur du fret aérien a pris une importance considérable pour les compagnies. S’il représentait environ 15% de leurs recettes avant, il pèse désormais près de 30% et « les perspectives sont solides », selon l’Association internationale du transport aérien (Iata).

La direction d’Air France-KLM a elle aussi dit « regretter la signature de cet accord qui est de nature à renforcer significativement la situation concurrentielle au départ de la France et des Pays-Bas, à un moment où la crise du Covid impacte toujours fortement son activité ».

Une inquiétude balayée par l’UE pour qui cet accord – le premier du genre avec un pays du Golfe – permettra au contraire de favoriser « une concurrence libre et non faussée » ainsi que davantage « de protection sociale et environnementale ».

– « Pari risqué » –

Qatar Airways devra par exemple publier ses comptes de manière régulière, selon des normes internationales, et ce afin d’éviter le versement d’aides illimitées de la part de l’émirat qatari qui créeraient une distorsion de concurrence.

Un volet social est également prévu afin d’inciter Qatar Airways à améliorer son modèle, « très éloigné des standards européens », selon M. Schmid. Mais « les contreparties ne sont pas claires, les objectifs sont flous et les voies de recours aussi », déplore-t-il.

Pour le SNPL, il s’agit d’un « pari risqué » avec une compagnie « ayant toujours fait preuve de beaucoup d’opacité ».

« Cet accord a été négocié en 2019 à une époque très différente pour l’aviation européenne », a déploré de son côté la Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF). Depuis la pandémie, « le marché a connu d’énormes mutations » et « ce n’est pas le moment de le libéraliser davantage », affirme la fédération syndicale.

Jeudi, la majorité des syndicats d’Air France appellent à manifester devant le ministère des Transports à Paris pour pousser le gouvernement français à opposer son veto à l’accord.

Le 22 septembre, le ministre des Transports Jean-Baptiste Djebbari avait laissé entendre que la France pourrait ne pas le ratifier si elle le jugeait déséquilibré.

Mais mercredi, son entourage se contentait de dire qu’il veillerait à ce que « sa mise en œuvre se fasse de manière équilibrée et dans le respect des clauses économiques, sociales et environnementales qui y figurent ».

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