Marché de l'or : les prix chutent, mais plus personne ne veut ni vendre ni acheter
L’or baisse, mais les vitrines ne se remplissent pas pour autant. Alors que le métal jaune retombe autour de 4.100 dollars l’once après les records du début d’année, le marché marocain se retrouve pris entre des clients attentistes et des bijoutiers qui préfèrent différer leurs ventes plutôt que d’encaisser leurs pertes. Explications.
L’essentiel
- L’or a fortement reculé en quelques semaines. Il revient à ses plus bas niveaux depuis novembre 2025, effaçant les gains accumulés pendant près de huit mois.
- La baisse est significative. Le métal jaune a perdu plus de 13% sur un mois et plus de 22% par rapport à son pic de janvier.
- Au Maroc, le gramme est passé de près de 1.400 DH pour certains modèles en début d’année à environ 970 DH aujourd’hui.
- Cette baisse ne relance pas le marché. Elle le rend au contraire très atone, car les clients attendent une nouvelle baisse tandis que les bijoutiers évitent de vendre à perte.
- Le conflit alimente l’inflation, ce qui pousse les marchés à anticiper une Réserve fédérale américaine (Fed) plus restrictive, un dollar plus fort et des rendements obligataires plus élevés. Cela finit par affaiblir l’or.
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Les détails
En quelques semaines, l’or a effacé une grande partie de ses gains récents et revient à ses plus bas niveaux depuis novembre 2025. En d’autres termes, les gains accumulés pendant près de huit mois se sont évaporés.
La baisse de l’or ralentit le marché marocain
Au Maroc, cette baisse se transmet au marché local. Contacté par Médias24, un bijoutier à Casablanca indique que les prix ont fortement reculé cette semaine.
"Au début de l’année, le gramme d’or approchait 1.400 DH. Aujourd’hui, il se situe plutôt autour de 970 DH. Même pour les modèles les plus coûteux, le prix ne dépasse généralement pas 1.100 DH le gramme. La tendance reste donc clairement baissière", explique-t-il.
Cette baisse ne relance pas automatiquement la demande. Au contraire, elle bloque une partie du marché. Beaucoup de bijoutiers ont acheté leurs stocks lorsque les prix flambaient.
"Le problème, c’est que plusieurs bijoutiers ont acheté à des prix très élevés. Aujourd’hui, s’ils vendent au prix du marché, ils perdent une partie du capital engagé. Beaucoup préfèrent donc attendre. Ils ne veulent pas vendre dans de mauvaises conditions".
Selon notre interlocuteur, cette attitude contribue à ralentir davantage le marché. "Le marché est très atone. Les clients hésitent parce qu’ils pensent que les prix peuvent encore baisser. Les bijoutiers hésitent parce qu’ils ne veulent pas vendre à perte. Chacun attend donc l’autre, ce qui réduit les achats comme les ventes".
Les clients qui avaient acheté de l’or comme réserve de valeur sont aussi touchés. Selon notre source, ceux qui ont acheté avant la guerre, lorsque les prix étaient encore orientés à la hausse, voient aujourd’hui la valeur de leurs achats diminuer.
"Beaucoup de ménages ont acheté de l’or pour protéger leur épargne. D’autres pensaient que la hausse allait continuer et ont acheté dans une logique d’investissement. Mais ceux qui ont acheté lorsque le gramme était proche de 1.400 DH accusent aujourd’hui une lourde perte", indique-t-il.
"Aujourd’hui, ceux qui peuvent attendre préfèrent attendre. Les bijoutiers comme les clients espèrent une reprise des prix pour récupérer au moins une partie de leurs pertes. Tant que les prix restent bas, beaucoup préfèrent patienter plutôt que vendre dans de mauvaises conditions", conclut notre source.
Pourquoi l’or baisse alors que la guerre continue
À première vue, l’évolution des prix paraît contre-intuitive. Elle va à l’encontre de l’idée selon laquelle l’or monte naturellement en période de crise, en tant que valeur refuge.
"Nous pensions que la guerre allait faire monter l’or. C’est souvent ce qui se passe dans ce type de situation. Mais cette fois, les prix ont chuté. C’est ce qui rend cet épisode assez particulier", indique notre interlocuteur.
Le paradoxe vient du fait que toutes les guerres ne font pas grimper les prix de l’or. Quand le conflit provoque surtout une panique financière, l’or monte généralement. Mais quand le conflit fait surtout monter le pétrole, l’inflation et les taux d’intérêt, l’effet peut devenir inverse.
Dans le cas actuel, les marchés regardent au-delà du seul risque géopolitique. Ils surveillent surtout la réaction probable de la Réserve fédérale américaine.
Si la guerre alimente l’inflation, comme c’est le cas actuellement, la Fed peut maintenir des taux élevés plus longtemps, voire durcir encore sa politique monétaire. Cette anticipation soutient le dollar et les rendements obligataires, ce qui pèse sur l’or.
La suite dépendra donc de deux variables principales. D’abord, l’évolution du conflit au Moyen-Orient. Ensuite, la trajectoire des taux américains. Si les rendements restent élevés, l’or pourrait continuer à reculer. En revanche, si les marchés commencent à anticiper une baisse des taux, il pourrait au contraire retrouver un appui.
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