Nabila Rmili : “L'avenue royale sera le plus grand espace vert d'un centre-ville en Afrique”
Reçue dans l'émission Le 12/13 de Médias24, la présidente du conseil de la ville de Casablanca a fait le tour des grands chantiers urbains en cours : avenue Royale, réhabilitation de Derb Ghallef, plan d'aménagement de Hay Mohammadi, nouveau centre d'enfouissement et de valorisation des déchets, marché central. Sur chacun, elle a précisé l'état d'avancement, reconnu les limites et défendu les choix opérés.
À un peu plus d'un an de la fin de son mandat, Nabila Rmili est invitée sur le plateau du 12/13 de Médias24. La maire de Casablanca a apporté des éclairages sur de nombreux chantiers structurants. Voici l'essentiel de ce qu'elle a déclaré.
Elle revendique un bilan de « durabilité ». Première femme à présider le conseil de la ville de Casablanca, elle décrit une responsabilité lourde. "C'est une mission qui demande beaucoup de patience, de sérénité (...) Il faut respecter les autres. Les écouter. Il faut savoir être empathique. Et quand on fait de la politique, il faut savoir écouter", confie-t-elle.
C'est aussi une responsabilité exercée de façon collégiale : "les décisions, je ne les prends jamais seule".
Concernant ses relations avec le wali et les gouverneurs, Rmili défend un modèle d'harmonie fondé sur le respect des prérogatives de chacun, tel que défini par la loi 113-14. "Chacun prend ses responsabilités", précise-t-elle, ajoutant que le maire est bien "le seul ordonnateur de la ville" et que chacun agit selon ses prérogatives.
Interrogée sur la compatibilité entre mandat de maire et portefeuille ministériel, elle répond sans ambiguïté : "Être maire, surtout d'une grande métropole, et ministre, c'est très dur". Elle juge en revanche le cumul maire-député "souhaitable à la limite", par continuité institutionnelle.
Avenue royale : un projet vert, sans maquette arrêtée
Sur l'avenue royale (officiellement Mahaj Malaki), Rmili confirme que le projet consiste en un espace vert de 50 hectares reliant la mosquée Hassan II au centre-ville, sans aucune construction nouvelle.
"C'est l'histoire de Casablanca qui sera racontée à travers ce nouveau projet. C'est un espace vert de 50 hectares, et je pense que ce sera le plus grand espace vert connu dans l'Afrique, au sein d'un centre-ville", affirme-t-elle.
"C'est vraiment un espace vert. Ce n'est pas un projet avec de nouvelles constructions, c'est pas un projet qui apportera beaucoup à la ville en matière d'environnement, et de respect de l'environnement et qui donnera certainement un nouvel élan à la ville", poursuit la maire.
"Il n'y aura pas un seul mètre de bâti." Mais sur la forme définitive du projet, elle est explicite : "la maquette finale, moi-même en tant que présidente de la commune, je ne l'ai pas encore vue." Les architectes travaillent à la conception, le financement est bouclé, et l'exécution est prévue sur les trois années à venir.
Sur les démolitions en cours, elle précise que le dossier est piloté directement par l'administration de tutelle, et que les bâtiments concernés sont exclusivement des habitats menaçant ruine, recensés de longue date. "Il n'y a pas de bâtiment culturel au sein de ces démolitions".
Derb Ghallef : l'expropriation votée, l'indemnisation à venir
Sur le dossier du réaménagement du marché de Derb Ghallef, Rmili explique que "la question était de savoir comment préserver cet endroit ? Comment le rendre moderne tout en lui redonnant son rôle économique ? Parce que personne ne doute aujourd'hui des compétences qui sont à l'intérieur de ce marché. Il faut aller voir les jeunes qui travaillent dans différents domaines à l'intérieur de cette Joutia et dont les compétences sont reconnues mondialement".
Le conseil de la ville a voté l'expropriation de 54.000 m² de parcelles sur lesquelles est implantée la Joutia de Derb Ghallef, car ce terrain est désormais reconnu comme équipement public. Le plan d'aménagement du quartier Maârif, préalable juridique à cette opération, est devenu exécutoire après passage en commission centrale.
La prochaine étape est l'indemnisation des ayants droit, à savoir les propriétaires privés, le domaine public, les parcelles communales. "C'est un droit. Il faut payer les propriétaires, tout simplement", dit-elle. Aucune date de livraison n'est avancée.
Sur la continuité d'activité des commerçants pendant les travaux, Rmili évoque la piste d'une opération tiroir sans s'y engager formellement, en citant le précédent du marché Bab Marrakech, où 150 commerçants ont été relogés dans un site provisoire le temps de la reconstruction.
Hay Mohammadi : un plan d'aménagement rejeté, une procédure non close
Le plan d'aménagement de Hay Mohammadi a été rejeté par le conseil d'arrondissement et par le conseil de la ville. Le point de cristallisation a été le classement de Derb Moulay Chrif en "pôle urbain", notion que les élus ont jugée trop imprécise.
Rmili reconnaît la légitimité des inquiétudes. "Ils représentent la population, ils sont à l'écoute". Elle précise que la commune joue un rôle consultatif. "On est le pont d'union entre l'agence urbaine et le citoyen", et que la commission centrale n'a pas encore statué. "Personne n'a parlé d'enlever les habitants, personne n'a parlé d'enlever les maisons".
CEV : 2 milliards sont devenus 11 milliards, la commune en paie 2 MMDH
Le centre d'enfouissement et de valorisation des déchets (CEV) de Médiouna, présenté comme "le projet phare du mandat", a vu son coût global passer de 2 milliards à près de 11 milliards de dirhams. L'explication : l'appel d'offres, intentionnellement ouvert, a attiré un soumissionnaire proposant une valorisation à 100 % des déchets au lieu des 50 % initialement prévus.
L'État marocain et la commune de Casablanca restent à hauteur de 2 milliards de dirhams, l'investisseur privé apportant les 8 milliards restants. La commune a par ailleurs acquis un terrain de 264 hectares à Médiouna pour 500 millions de dirhams.
Le contrat a été voté lors de la dernière session du conseil, mais n'est pas encore signé. La durée est de 30 ans. Le démarrage est prévu en décembre prochain, pour une construction de l'usine de valorisation sur trois ans. La valorisation effective commencera en 2028. D'ici là, le système restera en mode enfouissement.
Le choix du modèle CEV n'est pas sans contradicteurs. Des voix militent pour une économie circulaire fondée sur le tri et la valorisation directe des déchets, au motif que ce modèle serait moins hydrophage et générateur d'emploi. Rmili dit avoir étudié cette option : "On a creusé pour voir quelle économie circulaire on veut pour la ville". Elle défend le choix retenu au nom de l'environnement et du coût foncier - trouver des terrains d'enfouissement supplémentaires devient, selon elle, une impasse - tout en précisant que le projet n'exclut pas le tri. "Il y aura des tapis de tri. Le dialogue est ouvert".
Marché central : 36 millions pour une réhabilitation sans démolition
La ville a lancé un chantier de réhabilitation du marché central pour 36 millions de dirhams.
L'objectif déclaré est de revaloriser un équipement patrimonial situé sur le boulevard Mohammed V, sans toucher à son architecture. Un rooftop est prévu à l'étage.
"On ne touche pas au bâtiment, on ne touche pas au caractère architectural du bâtiment. On l'embellit, on le fait revivre et renaître", dit-elle.
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