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ECONOMIE

Marché de l’or : les bijoutiers freinent le rachat, le Conseil de la concurrence suit le secteur de près

Dans un contexte de baisse des cours, de nombreux acteurs refusent de racheter l’or des particuliers afin de préserver leurs marges. Une situation qui met en lumière les déséquilibres du secteur et l’absence de repères clairs dans la formation des prix.

Marché de l’or, des écarts de prix qui interrogent.
Marché de l’or, des écarts de prix qui interrogent.
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Le 31 mars 2026 à 17h05 | Modifié 31 mars 2026 à 22h23

Le Conseil de la concurrence se penche sur le marché de l’or au Maroc. Saisi par Médias24, Ahmed Rahhou nous a en effet indiqué que l’institution qu'il préside suit de près l’évolution du secteur et "va produire un avis", dans un contexte marqué par des tensions sur les pratiques de rachat. Le signe, aussi, que les déséquilibres du secteur sont devenus trop importants pour rester en dehors du radar du régulateur.

Il faut dire que cette prise de position intervient alors même qu’un dysfonctionnement bien précis a pu être constaté sur le terrain : le recul, voire la suspension, du rachat d’or par une partie des professionnels. À Casablanca, un bijoutier consulté par nos soins affirme que de nombreux acteurs du secteur ont cessé de racheter l’or, en invoquant la volatilité des prix.

"Nous avons suspendu le rachat ces derniers jours, en raison de la forte volatilité que connaît l’or", indique-t-il.

Il faut toutefois préciser que les prix de l’or fluctuent en continu. C’est le fonctionnement normal du marché. Comme toute matière première, l’or suit la logique de l’offre et de la demande, et ses prix évoluent en permanence.

Cette situation remet en avant les difficultés d’un secteur qui reste peu structuré, ce qui éclaire aussi la démarche engagée par le Conseil de la concurrence.

Vendre oui, racheter non

Interrogé par Médias24, Driss El Hazzaz, président de la Fédération marocaine des bijoutiers, indique que derrière cette situation, il y a surtout une question de prix et de stock.

Selon lui, certains professionnels ont acheté leur or à des niveaux élevés. Cependant, avec la poursuite de la guerre et son aggravation, les prix ont nettement baissé. Ainsi, une grande partie des bijoutiers refusent de racheter l’or des ménages, parce qu’ils ne veulent pas payer un prix proche de celui qu’ils affichent à la vente.

"Plusieurs bijoutiers se sont approvisionnés à des prix élevés et ont constitué leur stock à un coût important. Aujourd’hui, comme les prix ont baissé, ils refusent de racheter l’or des ménages. Ils ont acheté cher, donc ils veulent vendre cher. Mais ils ne veulent pas non plus racheter au même prix, car cela les obligerait à admettre que le marché a baissé", explique-t-il.

"Ils essaient de protéger leur ancien stock acheté à un niveau élevé. C’est pour cela qu’ils privilégient la vente et qu’ils évitent le rachat. Ils veulent écouler leur stock à bon prix, mais sans rouvrir réellement le marché à l’achat", poursuit notre interlocuteur.

Une lecture qui rejoint, en creux, les préoccupations du Conseil de la concurrence.

La marge doit correspondre à la valeur ajoutée du bijoutier, mais pas au simple fait de revendre la matière premièrePour Driss El Hazzaz, en principe, un bijoutier achète et revend avec une marge normale, liée à son travail, généralement le façonnage. Mais lorsque le prix affiché à la vente est très élevé, alors que le prix proposé au rachat est beaucoup plus bas, le client ne comprend plus la logique. L’écart paraît trop important pour être simplement expliqué par une marge bénéficiaire classique.

"Dans un marché normal, le commerçant achète à un prix donné, puis revend avec une marge claire liée au façonnage et au travail artisanal. La marge doit correspondre à la valeur ajoutée du bijoutier, mais pas au simple fait de revendre la matière première. Si le gramme d’or vaut un certain niveau sur le marché, il est logique d’ajouter une marge de façonnage raisonnable. En revanche, ce qui devient illogique, c’est de vendre très au-dessus de cette référence tout en proposant, au moment du rachat, un prix bien plus faible au particulier qui vient céder son or", souligne-t-il.

Dans le même sens, les particuliers peuvent acheter un bijou ou une pièce à un prix élevé, puis découvrir, au moment de la revente, qu’on leur en offre beaucoup moins.

Pour Driss El Hazzaz, une différence entre achat et vente est normale. Mais quand cette différence devient trop importante, elle finit par traduire un véritable déséquilibre du marché.

"Le déséquilibre est là. Le même acteur veut vendre à un prix très élevé, mais refuse soit d’acheter, soit d’acheter à un prix cohérent avec ce niveau de vente. Cela crée un écart excessif entre le prix auquel il cède l’or et le prix auquel il accepte éventuellement de le reprendre", précise-t-il.

"Pour le consommateur, cela devient incompréhensible. Une même pièce peut être affichée à un prix très élevé en boutique, puis être reprise à un prix très inférieur lorsqu’il souhaite la revendre. Cet écart reflète surtout un problème dans la formation des prix et des repères pas toujours clairs pour le consommateur".

Le flou autour des prix

Le malaise vient aussi du fait que les prix ne sont pas toujours clairs. Entre le cours international de l’or, les pratiques des intermédiaires et les prix fixés localement, le consommateur a du mal à savoir ce qui est justifié et ce qui ne l’est pas. En l’absence d’un repère clair, la méfiance s’installe rapidement.

"En réalité, le marché fonctionne aujourd’hui avec plusieurs références qui ne coïncident pas toujours clairement. Il y a le prix international, le prix local, le prix pratiqué par les commerçants et l’influence des intermédiaires. Quand ces niveaux se déconnectent les uns des autres, cela ouvre la voie aux distorsions et aux abus. Le fond du problème est donc moins la hausse ou la baisse du cours international que l’absence de règles pour encadrer la transmission de ce prix sur le marché local. Tant que cette transmission reste opaque, les écarts entre achat et vente peuvent devenir excessifs", explique le président de la Fédération marocaine des bijoutiers.

Il convient de noter qu’au Maroc, les prix affichés sur le marché dépassent en moyenne de 150 dirhams par gramme les niveaux de référence. Cela reflète le manque d’organisation du marché et pose un problème d’approvisionnement en matière première.

"Le rachat ne devrait pas être laissé à la seule discrétion des acteurs les plus puissants du marché. Lorsqu’il n’existe ni référence publique claire ni mécanisme de cotation visible pour tous, le consommateur se retrouve en position de faiblesse face à des prix qu’il ne peut ni vérifier ni contester facilement", précise notre source.

"La solution serait de mieux structurer le marché, avec un comptoir national, où les prix seraient affichés publiquement et alignés sur l’évolution des cours internationaux. Cela réduirait l’arbitraire, limiterait les marges abusives et rétablirait une relation plus équilibrée entre vendeur, acheteur et consommateur", conclut Driss El Hazzaz.

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