img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Ordre des experts-comptables. Élections sur fond de réflexion sur l’ouverture du capital

Le 21 mai 2026, les experts-comptables élisent les membres du Conseil national et des conseils régionaux de leur Ordre pour les trois prochaines années. Au-delà de ce renouvellement, la profession réfléchit à faire évoluer son cadre, notamment sur la question de l’ouverture du capital des cabinets. Détails.

Ordre des experts-comptables, élections, Conseil national, conseils régionaux, Casablanca, ouverture du capital, loi 15-89, Fayçal Mekouar
OEC
Par
Le 23 avril 2026 à 18h03 | Modifié 23 avril 2026 à 19h59

L’Ordre des experts-comptables (OEC) connaît une nouvelle échéance électorale le 21 mai, avec le renouvellement de ses instances à deux niveaux : le Conseil national et les conseils régionaux. Au total, 887 professionnels inscrits sont appelés à voter pour départager 41 candidats en lice pour les 11 sièges du Conseil national (11 positions), ainsi que 37 candidats pour le Conseil régional de Casablanca et des régions du Centre.

L’Ordre compte aujourd’hui six conseils régionaux, avec une forte concentration à Casablanca, qui regroupe l’essentiel des professionnels. Au-delà de ces élections, la profession est traversée par un débat de fond autour de l’ouverture du capital des cabinets, un sujet qui suscite des positions contrastées.

Comment fonctionnent les élections de l’Ordre

Le scrutin se déroule selon un principe simple. "Ce sont des élections organisées à deux niveaux, le Conseil national et les conseils régionaux", explique un expert-comptable membre de l’Ordre. "Les candidats se présentent à titre individuel, sans listes ni campagne électorale, ces pratiques étant encadrées par les règles de la profession. Il n’y a pas de dispositif de campagne, la publicité est interdite", précise notre interlocuteur.

"Chaque électeur choisit des noms parmi les candidats, et les mieux classés sont élus pour siéger au sein des conseils. Une fois élus, les membres ne sont pas directement affectés à des fonctions précises. Ils choisissent ensuite entre eux un président, un vice-président et le reste du bureau".

Le vote se fait à deux niveaux distincts. Pour le Conseil national, l’ensemble des experts-comptables inscrits participe au scrutin, soit les 887 experts-comptables, quel que soit leur lieu d’exercice. En revanche, pour les conseils régionaux, le vote est territorialisé. "Chaque expert-comptable vote au niveau de sa région. Ainsi, un professionnel basé à Casablanca vote pour les candidats du Conseil régional de Casablanca, tout en participant au vote pour le Conseil national".

Un scrutin sans campagne, mais pas sans dynamiques

"Même s’il n’y a pas de campagne, il peut exister des formes d’ententes", confie un autre expert-comptable membre de l’Ordre. "Dans un scrutin où chaque électeur retient plusieurs noms, ces échanges peuvent influencer certains choix".

Pour autant, le vote reste individuel. "Chaque expert-comptable garde sa liberté de vote", souligne-t-il. Ces échanges relèvent davantage d'une logique de discussion autour des profils et des priorités, avec l’idée, selon plusieurs professionnels, de faire des choix dans l’intérêt de la profession.

Les membres des instances de l’Ordre sont élus pour un mandat de trois ans. À l’issue de cette période, de nouvelles élections sont organisées. Fayçal Mekouar, qui a été président de l’Ordre des experts-comptables durant ce mandat, quitte ainsi ses fonctions. Le scrutin du 21 mai permettra de désigner une nouvelle équipe pour les trois prochaines années.

Cadre légal et organisation de la profession

La profession reste encadrée par la loi 15-89, en vigueur depuis 1993. Ce texte définit les conditions d’exercice et organise la profession autour d’un Ordre structuré en deux niveaux : un Conseil national et des conseils régionaux. L’Ordre compte aujourd’hui six conseils régionaux, avec une forte concentration des professionnels à Casablanca.

La loi fixe également des règles strictes sur la détention du capital des cabinets. Celui-ci doit être majoritairement détenu par des experts-comptables, à hauteur de 75%, le reste étant limité à des personnes liées à la structure. Ce dispositif vise à garantir l’indépendance des professionnels, notamment dans leurs missions de certification et de conseil.

Au-delà de ces règles, le texte encadre aussi l’accès à la profession, l’inscription obligatoire à l’Ordre, ainsi que les modalités d’exercice, que ce soit à titre individuel ou dans le cadre de sociétés.

Une profession en mutation

Près de trente ans après son entrée en vigueur, ce cadre fait aujourd’hui l’objet de discussions en interne. L’Ordre a récemment conduit une étude stratégique afin de dresser un état des lieux de la profession. Ce diagnostic met en évidence plusieurs déséquilibres, notamment une forte concentration de l’activité et des écarts importants entre cabinets.

Dans ce contexte, plusieurs pistes d’évolution sont évoquées, parmi lesquelles l’ouverture du capital des cabinets. L’idée serait de permettre l’entrée d’investisseurs ou de profils externes, afin de renforcer les capacités de financement et d’accompagner la structuration du secteur.

Un projet encore à l’état de réflexion

Selon une source au sein de la profession, cette orientation reste à ce stade au niveau de la réflexion. "Le sujet a été évoqué, mais il n’y a pas encore de texte présenté ou publié", confie un expert-comptable. Les modalités précises, notamment la répartition du capital, ne sont pas encore définies.

Dans une récente interview accordée à Médias24, Fayçal Mekouar a plaidé pour une ouverture encadrée du capital des cabinets. "Oui, mais avec les garde-fous nécessaires", souligne-t-il, évoquant notamment la possibilité de revoir le seuil actuel de 75% détenu par les experts-comptables. Parmi les pistes évoquées, il cite un abaissement à 66% voire à 51%, afin de permettre l’entrée de profils externes, comme des ingénieurs ou des statisticiens, à travers une participation au capital.

Il insiste également sur l’intérêt de favoriser des prises de participation entre cabinets, pour passer "d’une logique de personnes à une logique d’entreprises" et développer des réseaux capables de mutualiser les moyens et d’investir dans des outils technologiques, avec pour objectif de renforcer la compétitivité du secteur, y compris à l’international.

Pour autant, le débat est bien réel. "Certains y voient une évolution nécessaire pour adapter la profession aux nouvelles exigences du marché, tandis que d’autres s’inquiètent des conséquences sur l’indépendance, considérée comme un pilier du métier".

Les enjeux derrière le scrutin

Au-delà du renouvellement des instances, plusieurs enjeux structurants traversent aujourd’hui la profession. Le premier concerne le cadre réglementaire, jugé en partie dépassé. La loi 15-89, en vigueur depuis 1993, continue d’encadrer l’exercice, alors même que l’environnement économique et les besoins des entreprises ont fortement évolué.

La question de la structuration du secteur revient également au cœur des discussions. Selon les constats issus des travaux menés par l’Ordre, une part importante des cabinets reste de petite taille, avec des capacités limitées en matière d’investissement et de développement. Dans ce contexte, l’ouverture du capital apparaît pour certains comme un levier pour accompagner la croissance, favoriser les regroupements et intégrer de nouvelles compétences.

Par ailleurs, la question de l’attractivité de la profession se pose. Le rythme de formation des experts-comptables reste limité, alors que les besoins du marché continuent de croître. À cela s’ajoutent des disparités territoriales, avec une forte concentration des professionnels dans certaines régions, en particulier à Casablanca.

Dans ce contexte, les élections du 21 mai dépassent le simple cadre institutionnel. Elles interviennent à un moment où la profession doit arbitrer entre plusieurs orientations, à la fois sur son organisation, son financement et son positionnement.

Fayçal Mekouar: “2% des entreprises seulement ont des comptes certifiés : est-ce normal ?”

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 23 avril 2026 à 18h03

à lire aussi

Au-delà du bilan Akhannouch, lecture des indicateurs du marché du travail
ECONOMIE

Article : Au-delà du bilan Akhannouch, lecture des indicateurs du marché du travail

Sous le gouvernement Akhannouch, le marché de l’emploi reste le principal point de fragilité de l’économie. Ce problème est ancien mais s’aggrave au fil du temps. Médias24 confronte les engagements du gouvernement à ses réalisations et analyse, au-delà du mandat, plusieurs indicateurs du marché du travail sur une longue période.

Secteur minier. Après une année 2025 record, 2026 s'annonce déjà comme un cru très prometteur
Mines

Article : Secteur minier. Après une année 2025 record, 2026 s'annonce déjà comme un cru très prometteur

2025 restera comme un millésime d'exception pour les mines marocaines. Cours au plus haut, volumes en hausse, nouveaux projets en maturation... Le secteur profite pleinement d'un cycle mondial porteur. Et 2026 s'annonce tout aussi favorable, sous l'effet de plusieurs signes.

Le trafic aérien en hausse de 11,15% à fin mars 2026
Quoi de neuf

Article : Le trafic aérien en hausse de 11,15% à fin mars 2026

L'Office national des aéroports (ONDA) a annoncé que le trafic aérien commercial dans les aéroports du Royaume a enregistré 8.913.041 passagers à fin mars 2026, soit une croissance de 11,15% par rapport à la même période de l'année précédente.

Mondial 2026. Le double pivot, pierre angulaire du projet Ouahbi
Football

Article : Mondial 2026. Le double pivot, pierre angulaire du projet Ouahbi

Les deux milieux de terrain devant la défense constituent l’élément central du dispositif tactique du sélectionneur national. Un principe qui assure l’équilibre des Lions de l’Atlas, conditionne la récupération du ballon et la première phase de construction. Mais qui n’est pas sans risque.

SIAM 2026 : malgré un taux de couverture de 60%, 450 communes rurales restent exclues des services financiers selon Bank Al-Maghrib
SIAM 2026

Article : SIAM 2026 : malgré un taux de couverture de 60%, 450 communes rurales restent exclues des services financiers selon Bank Al-Maghrib

À Meknès, le directeur général de Bank Al-Maghrib, Abderrahim Bouazza a indiqué que 450 communes rurales restent sans services financiers malgré une couverture de 60%. Il a aussi annoncé l’équipement de 50 coopératives en TPE et rappelé que 25% des programmes d’éducation financière ont ciblé le monde rural.

Médicament. Export, AMM, sécurité… ce que prévoit le nouveau projet de loi 27.26
Santé

Article : Médicament. Export, AMM, sécurité… ce que prévoit le nouveau projet de loi 27.26

Le Conseil du gouvernement a adopté ce jeudi 23 avril le projet de loi 27.26 modifiant et complétant la loi 17.04. Celle-ci prévoit différentes dispositions, visant principalement l’amélioration de l’accès des citoyens aux médicaments, le renforcement de la sécurité et de la qualité des produits de santé, et le soutien de l’industrie nationale. Détails.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité