Ce que révèlent les chiffres sur la jeunesse marocaine (2/2)
La GenZ représente 8,2 millions de Marocains âgés de 15 à 29 ans. Née entre 1996 et 2010, cette génération a grandi avec internet, la mondialisation, les téléphones portables et les smartphones, qui constituent son cadre naturel d’ouverture totale et instantanée sur le monde. Profil statistique.
Le Maroc à deux vitesses ne se limite pas seulement aux disparités territoriales. Il s’étend aussi au gap générationnel qui frappe le champ politique et son lien avec la société. Ici, ce n’est pas une question d’âge, mais de mentalités.
À l’évidence, la classe politique actuelle ne semble pas comprendre les codes, les préoccupations et les aspirations de cette nouvelle génération, la GenZ et les suivantes.
La Gen Z, cette génération née après 1996 et jusqu’au début des années 2010, a grandi avec internet, la mondialisation, les téléphones portables et les smartphones, qui constituent son cadre naturel d’ouverture totale et instantanée sur le monde.
Elle représente 8,2 millions de Marocains âgés de 15 à 29 ans sur 36,8 millions (RGPH 2024). Si l’on élargit jusqu’à 34 ans, ce sont près de 10,9 millions de jeunes, représentant 29,5% de la population.
Son rapport aux valeurs, au travail, à la politique, à la société sont différents. Elle a grandi directement dans un monde numérique, sans transition.
Dans le contexte du Maroc, des réformes importantes sont engagées, mais des disparités territoriales persistent, ainsi que des défis significatifs dans les secteurs de la santé et de l'éducation, et un marché de l'emploi défaillant.
Profil de la GenZ marocaine
Alors à quoi ressemble réellement le fait d’être jeune au Maroc aujourd’hui ? Pour répondre à cette question, Médias24 a compilé les données les plus récentes issues de sources officielles afin de dresser le portrait d’un jeune Marocain ordinaire.
Les données mobilisées proviennent de différentes sources (HCP 2021 et 2024). Si certaines couvrent plus largement les jeunes de 15 à 29 ans, elles correspondent dans leur grande majorité à la génération Z, née après 1996.
>> Une jeunesse exposée au chômage
À fin 2024, selon les dernières données annuelles disponibles sur le marché du travail, les 15-24 ans représentent une population de 5,9 millions de personnes en âge d'activité, composée de :
- 850.000 actifs occupés (ensemble du Maroc, rural et urbain);
- 492.000 chômeurs, soit un taux de chômage de 36,7% ;
- 4,6 millions d'inactifs.
En milieu urbain, le taux de chômage grimpe à 48,4% pour un effectif de 368.000.
Dans les villes, un jeune actif sur deux est sans emploi.
La jeunesse demeure ainsi la catégorie la plus exposée au chômage.
Le chômage des jeunes est un problème structurel qui s’installe et face auquel les politiques peinent à trouver des solutions efficaces.
Et même lorsqu’un jeune parvient à décrocher un poste, il ne s’agit pas toujours d’un emploi stable.À fin 2021, 73,2% des jeunes salariés ne disposaient d’aucun contrat écrit formalisant leur relation avec l’employeur
>> Des emplois précaires
Selon le haut-commissariat au Plan (HCP), à fin 2021, plus de quatre jeunes actifs occupés sur dix (41,9%) travaillent sans rémunération, souvent dans l’agriculture familiale ou les microactivités domestiques. Ce taux s’élève à 58,8% pour les jeunes ruraux.
Les mêmes statistiques indiquent une autre réalité. Un peu plus de sept jeunes salariés sur dix (73,2%) n’ont aucun contrat écrit formalisant leur relation avec l’employeur. Seuls 13,2% disposent d’un contrat à durée déterminée (CDD), 6,5% d’un contrat à durée indéterminée (CDI) et 7,1% d’une entente verbale.
Cela traduit une précarité de l’emploi et une qualité dégradée ; ce qui revient à dire que, pour les jeunes, le travail ne parvient pas à offrir une stabilité minimale ni l’opportunité de construire un avenir stable.
On parle souvent de l'auto-emploi comme d’un horizon pour la jeunesse. Dans ses statistiques, le HCP dresse un tableau différent. Seuls 9,6% des jeunes actifs occupés sont dans cette catégorie. Et le plus souvent, il ne s'agit pas de l’entrepreneuriat créatif célébré dans les discours officiels, mais d'un auto-emploi de survie économique.
De même, 37,3% des jeunes actifs occupés travaillent comme aides familiales, sans autonomie réelle ni revenus. En milieu rural, cette proportion atteint un niveau extrême chez les jeunes femmes, soit 82,6%. À elle seule, cette statistique illustre combien les discours sur l’autonomisation des femmes, en l'occurrence ici des jeunes femmes, restent éloignés du quotidien vécu.
>> La situation ne change pas vraiment pour les diplômés
Selon les chiffres du HCP sur le chômage, l’économie marocaine non seulement peine à créer suffisamment d’emplois, mais elle peine surtout à offrir des emplois qualifiés aux diplômés.
Il convient de préciser que ces statistiques ne sont pas ventilées par âge et ne permettent donc pas de mesurer directement la situation des jeunes diplômés. Mais elles permettent de faire un constat : le diplôme n’est pas un rempart contre le chômage.
En 2024, le taux de chômage des détenteurs d’un diplôme supérieur atteint 25,7%, soit plus du double de la moyenne nationale (13,3%). Même les titulaires d’un diplôme de niveau moyen connaissent des difficultés, avec un taux de chômage de 15,7%.
En revanche, les personnes sans diplôme affichent paradoxalement le taux le plus faible, 5,2%, car elles sont absorbées par d'autres activités informelles ou peu qualifiées.
À la lecture de ces chiffres, on conclut que pour un jeune sorti de l’université ou d’un institut supérieur, la probabilité de rester sans emploi est aujourd’hui bien plus élevée que pour quelqu’un sans qualification.
Les NEET, des millions de jeunes
Il y a ensuite une autre catégorie presque invisible, des jeunes qui ne sont ni au travail, ni à l’école, ni engagés dans une quelconque formation. Il s'agit des NEET (Not in Employment, Education or Training).
Le HCP en a dressé un portrait précis dans une étude publiée en mai 2024, fondée sur les données de l’enquête nationale sur l’emploi de 2022. Cette analyse montre que les NEET représentent 25,2% des jeunes âgés entre 15 et 24 ans, soit environ 1,5 million de jeunes.
Parmi eux, plus de 72,4% sont inactifs, sans emploi et sans même en chercher un. C'est le signe d’un décrochage qui ne relève pas seulement du marché du travail, mais d’un processus plus profond d’exclusion sociale.
Il est à noter que, selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), si l’on élargit la tranche d’âge des NEET jusqu’à 35 ans, leur nombre s’élève à 4,3 millions de jeunes.
Par ailleurs, une étude publiée en août 2024 par des chercheurs de l’université Ibn Tofaïl de Kénitra a évalué le coût économique et social des jeunes NEET. Sur la base des données de 2019, elle estime que leur inactivité a représenté plus de 115 MMDH pour le Maroc.
Ce montant correspond avant tout à un manque à gagner en productivité, évalué à 54 MMDH, auquel s’ajoutent environ 60,6 MMDH de pertes fiscales nettes, ainsi que près de 137 MDH de dépenses de santé publique liées aux conséquences de cette inactivité.
La jeunesse marocaine face à l’exclusion politique
À ces réalités économiques et sociales s’ajoute le silence politique. Le HCP, dans une étude sur les primo-votants, indique que seuls 33,6% des 18-24 ans étaient inscrits aux élections de 2021, contre plus de 94% chez les 60 ans et plus.
Même si le taux national de participation a atteint 50,2%, les jeunes étaient largement sous-représentés, leur absence se faisant sentir de manière disproportionnée dans un scrutin censé refléter la diversité de la société.
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