La hausse du taux directeur impactera surtout les ménages et les TPME

| Le 5/10/2022 à 9:21
La hausse du taux directeur de BAM à 2% renchérira les taux d’intérêt. Les particuliers et les TPME seront les plus exposés. Ceux remboursant actuellement un prêt à taux fixe ne seront pas impactés directement. En revanche, les futurs contractants et ceux détenant un prêt à taux variable verront leur crédit coûter plus cher. 

Lors de sa troisième réunion de politique monétaire de l’année, Bank Al-Maghrib (BAM) a augmenté de 50 points de base son taux directeur. Il est désormais de 2%. Cette décision intervient afin d’atténuer un fort contexte inflationniste au Maroc. À fin août, le taux d’inflation national mesuré par l'indice des prix à la consommation, atteignait 8%. La Banque centrale a d’ailleurs revu ses prévisions d’inflation en 2022 à la hausse, passant de 5,3% à 6,3%.

“Cette décision atteste d’un changement de perception de BAM quant au caractère ‘transitoire’ de l’inflation au Maroc. Désormais, l’institution a comme priorité l’atténuation de la poussée inflationniste qui semble de plus en plus durable”, indique la société de recherche Attijari Global Research (AGR) dans une note diffusée en fin de semaine dernière. Cette décision s’inscrit également dans le sillage de ce qui a été décidé par la Réserve fédérale des États-Unis (FED) et la Banque centrale européenne (BCE), qui ont tour à tour augmenté leurs taux directeurs pour tenter du juguler la hausse des prix.

Cependant, une telle décision aura-t-elle un impact sur les enjeux de la relance économique du pays ? “En adoptant un tel revirement de sa politique monétaire, Bank Al-Maghrib opte pour un resserrement à la fois fort et rapide. L’objectif étant de faire face aux risques inflationnistes qui pourraient peser sur les perspectives de croissance à long terme. Néanmoins, cette première hausse ne semble pas en mesure de rétablir les taux réels en territoire positif. Par conséquent, les pressions sur la rémunération de l’épargne devraient se poursuivre à court terme”, souligne AGR.

Mécaniquement, ce relèvement du taux directeur aura, à terme, un impact haussier sur les taux d’intérêts appliqués par les banques concernant les crédits accordés aux entreprises et aux ménages. Pour rappel, durant la conférence en marge de la réunion de politique monétaire de BAM, le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, avait déclaré : “Je vais me réunir avec les présidents des banques pour veiller à la bonne transmission de la décision du Conseil. De toutes les façons, 95% des contrats de crédit sont à taux fixe. La révision des conditions se fera à la date d’échéance des contrats.”

Les particuliers et les TPME seront les plus exposés à la hausse des taux d’intérêts

Cette hausse des taux d’intérêts impactera les ménages et les entreprises, mais pas de manière égale : certains acteurs économiques seront plus exposés que d’autres, notamment les particuliers et les très petites entreprises.

Comme le rappelle Ghali Chraibi, directeur général de Cafpi Maroc, société de courtage en prêts immobiliers : “Sur le financement de l’économie, notamment le financement aux PME et aux ménages, cela pourrait générer des situations compliquées. Comme l’a dit le wali de Bank Al-Maghrib, les grandes entreprises savent très bien se défendre. Dans ce sujet de crédit et de taux, le rapport de force est un élément important.”

Pour les personnes ou entreprises détenant des crédits à taux fixe actuellement, “aucun impact ne sera ressenti vis-à-vis de leur crédit en cours ; la mensualité ainsi que le coût de leur crédit resteront inchangés. Ces conditions ont été fixées lors de la mise en place du crédit et ne connaîtront donc aucune révision de taux pendant toute la durée du prêt”, précise de son côté Bachir Benslimane Bellemlih, fondateur et PDG d’Afdal, premier simulateur et comparateur de crédits au Maroc.

Concernant les personnes ou entreprises détenant des crédits à taux variables, cela sera différent. Ce type de crédit est relativement limité sur le marché et utilisé principalement pour gérer les risques, notamment liés à l’immobilier. “Le sujet important portera sur la manière dont les banques vont répercuter ces hausses de taux à la date d’anniversaire du crédit pour le changement du taux variable. Les taux vont-ils continuer à grimper ? Ou, au contraire, la hausse s’arrêtera-t-elle là ? En fonction de ça, il faut savoir si c’est opportun de conserver un taux variable ou négocier avec sa banque un passage au taux fixe. Et si oui, quel taux fixe”, explique Ghali Chraibi.

In fine, ces personnes ou entreprises connaîtront un renchérissement de leurs mensualités. “Il ne faut pas oublier que contractuellement, ce taux peut être fixé une fois pendant la durée du crédit, ce qui peut permettre de maîtriser le risque lié à une variation importante du taux directeur”, souligne Bachir Benslimane Bellemlih.

Des hausses de taux attendues sur les nouveaux crédits émis

La question de la hausse des taux d’intérêts concerne les personnes ou entreprises qui ambitionnent d’avoir recours au crédit (immobilier, trésorerie ou consommation, ndlr) dans les mois à venir.

Cette répercussion se fera naturellement, mais pour Ghali Chraibi, “tout dépendra de l’agressivité commerciale de chacune pour la production de l’année 2022-2023 et de leur situation en interne. Les comités se tiennent et les échanges sont en cours entre BAM et le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) pour savoir quelle sera la position du secteur bancaire. Il est donc important de suivre cela pour connaître la répercussion réelle sur le terrain”.

Si aucune date n’a été communiquée pour le moment, certains experts l’anticipent dès ce mois d’octobre. Selon Bachir Benslimane Bellemlih, “la répercussion de la hausse du taux directeur de BAM sur les taux d’intérêts des banques se ressentira dès la fin du mois d’octobre. De nouvelles offres entreront en vigueur ; les nouvelles demandes de crédit, quel que soit le type, coûteront donc plus cher dès la fin du mois”. S’il est encore trop tôt pour estimer les répercussions chiffrées de la hausse du taux directeur sur les taux d’intérêt, il note qu’étant donné la hausse de 50 points de base du taux directeur, “la hausse à prévoir sera de 0,1 jusqu’à 0,3 point au maximum, en fonction du risque lié à la durée du crédit. Pour les crédits à faible durée, la hausse ne se ressentira pas de manière significative contrairement aux crédits à longue durée qui, eux, connaîtront une hausse plus importante”.

Un ralentissement de l’octroi des crédits pourrait en résulter. Ce qui, par ailleurs, limitera la masse monétaire en circulation et donc l’inflation. Mais si cet effet est trop prononcé, certains secteurs économiques pourraient encourir un risque.

Une liquidité à conserver pour les marchés sensibles au financement bancaire

Cette hausse des taux aura plus d’impact selon les secteurs économiques. Certains sont plus consommateurs que d’autres en financement bancaire. C’est le cas par exemple de la promotion immobilière. A fin août 2022, l’encours des crédits aux promoteurs immobiliers atteignait 53,5 MMDH.

Le secteur est en difficulté depuis le début de l’année. Il subit la fonte du pouvoir d’achat des ménages du fait de l’inflation et la forte hausse du prix des intrants, rognant ses marges. Si les conditions de financement se resserrent également, le secteur pourrait être dans une difficulté grandissante.

“Il ne faut pas oublier que la promotion immobilière a un délai d’incubation plus long. Autrement dit, si les promoteurs commencent à rencontrer des difficultés face aux financements bancaires ou de renchérissement des coûts de financement bancaire, après la hausse subie des matériaux, d’ici une à deux années, le marché sera impacté. Il faut donc également savoir anticiper le financement des secteurs d’activité, qui ont besoin d’un temps assez important de mise en route”, estime Ghali Chraibi.

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