Taux directeur, Inflation, croissance, sortie du Trésor… Les principaux messages de Jouahri
Le gouverneur de la Banque centrale a défendu sa décision d’augmenter le taux directeur de 50 points de base lors du point de presse tenu après le Conseil de ce mardi 27 septembre. Voici les messages les plus saillants tirés des échanges entre Jouahri et les médias.
>La hausse du taux directeur aura un impact minime sur la croissance
S’il a résisté aux sirènes de la hausse des taux en juin, le Conseil de Bank Al-Maghrib a finalement concédé une hausse de 50 points de base du taux directeur, qui passe désormais à 2%. Une décision qui s’imposait, a souligné Jouahri, dans sa conférence de presse au vu de l’accélération de l’inflation et sa généralisation aux produits intérieurs.
"Il vaut mieux payer un prix léger en agissant rapidement sur l’inflation à travers le relèvement du taux directeur, plutôt que d’attendre de la voir se généraliser et durer dans le temps. Car on serait alors obligés de prendre des mesures draconiennes qui auraient des impacts plus forts aussi bien sur les citoyens que sur les entreprises", a indiqué Jouahri.
Selon lui, malgré cette hausse de 50 points, le relèvement du taux directeur et la hausse du coût de financement qui va s’ensuivre vont faiblement impacter l’économie. L’impact sur la croissance du PIB sera limité entre 0,1 et 0,2% au maximum, confie Jouahri.
>Le Conseil a exclu une hausse de 75 points de base…
Abdellatif Jouahri a confié par ailleurs que le Conseil de la Banque centrale aurait pu prendre une décision plus vigoureuse. Le scénario d’une hausse de 75 points de base a été discuté et débattu au sein du Conseil mais a été exclu.
"Nous n’avons pas été dans la démesure. Car si nous voulions revenir à une inflation de 2% en 2023, il aurait fallu augmenter le taux directeur de 75 points de base. Mais nous n’avons pas retenu cette option, car nous estimons qu’il y a encore beaucoup d’incertitudes internes et externes", a déclaré le wali de BAM.
>La mission de BAM est de juguler l’inflation, pas de soutenir la croissance
Cela étant, le wali a tenu à préciser que malgré les précautions prises pour ne pas trop impacter la machine économique, le rôle de Bank Al-Maghrib n’est pas de soutenir le pouvoir d’achat des ménages ou la croissance, mais de juguler l’inflation.
"Le soutien du pouvoir d’achat et à la croissance, c’est le travail du gouvernement et non de la Banque centrale. La mission de Bank Al-Maghrib est de juguler l’inflation. D’ailleurs, nous avons estimé que le gouvernement a pris un ensemble de mesures qui vont dans le sens du soutien au pouvoir d’achat. Ce qui nous a aidé à prendre cette décision de hausse du taux directeur", souligne Jouahri.
Il cite entre autre le relèvement du budget de la compensation à 32 milliards de dirhams, le plan anti-sécheresse de 10 milliards, le soutien aux transporteurs (2,75 milliards actuellement, montant qui passera, selon Jouahri, à 5 milliards fin 2022), la hausse du SMIG et du SMAG, le remboursement des arriérés de la TVA (13 milliards à date d’aujourd’hui, selon Jouahri)…
"Il y a eu un effort assez consistant du gouvernement pour soutenir le pouvoir d’achat et l'activité économique. Chacun fait son travail. Je ne me fais pas l’avocat du gouvernement, mais je vous montre qu’il y a une convergence des missions de la Banque centrale et celle du gouvernement en cette période d’inflation haute."
Transmission de la hausse des taux : "Les patrons des banques nous suivent en direct et savent que je fais ce que je dis"
>Une prochaine réunion avec les patrons de banques pour la transmission de la hausse des taux
Concernant la transmission de la décision de Bank Al-Maghrib, là où le bât blesse souvent, Abdellatif Jouahri a tenu à être très direct :
"Je vais me réunir avec les présidents des banques pour veiller à la bonne transmission de la décision du Conseil. De toutes les façons, 95% des contrats de crédit sont à taux fixe. La révision des conditions se fera à la date d’échéance des contrats. Nous allons donc suivre ça de près pour voir si les banques appliquent de manière correcte la hausse telle qu'elle a été décidée par Bank Al-Maghrib, ou si elles exagèrent. Les patrons des banques nous suivent en direct et savent que je fais ce que je dis", a lancé le wali.
>Les conditions pour une sortie du Trésor à l’international ne sont pas réunies
Abdellatif Jouahri a déclaré par ailleurs que le Trésor était toujours en phase d’étude de sa sortie prévue sur le marché international de la dette. Mais il estime, à titre personnel, que cette sortie n’est peut-être pas opportune dans le contexte actuel.
"Il me semble que les conditions sont de plus en plus difficiles. Les bonnes fenêtres se referment, ou ne sont pas là", a signalé Jouahri.
Le Trésor a, selon lui, d’autres pistes pour mobiliser des ressources à l’international, comme les mécanismes de financements bilatéraux, les aides ou les dons, ou encore le recours à la LPL ou les DTS du FMI.
"Le Trésor a de quoi financer ses besoins. Rien ne s’oppose à ce qu’il utilise la LPL ou les DTS auprès de nous. Ce n’est pas contraire aux statuts de BAM ni aux statuts du FMI avec qui nous avons négocié ces deux mécanismes."
>Blanchiment d’argent : la sortie de la liste grise espérée pour le 19 octobre
Se prononçant sur de nouvelles négociations avec le FMI à l’occasion des prochaines réunions du fonds en novembre à Washington, Jouahri a annoncé qu’il faudrait d’abord que certaines conditions soient réunies, dont essentiellement la sortie de la liste grise du GAFI.
"Il y a eu une réunion en septembre en Tanzanie avec le GAFI, le Maroc a fait des progrès. Le 19 octobre, il y aura une décision qui sera prise à Paris. On verra alors si on sortira de la liste grise ou pas. Nous avons bon espoir que cela se fasse. Mais rien n’est sûr. Mais quand ce sera fait, on pourra alors discuter avec le FMI de nouvelles lignes modulables", a indiqué le wali de BAM.
>La hausse des flux de l’import derrière la dépréciation du dirham
Alors qu’il s’approchait de la bande inférieure de fluctuation jusqu’en août, le dirham a fait un saut surprise ces dernières semaines, s’approchant de la bande supérieure. Une dépréciation que Abdellatif Jouahri estime à 3,5% par rapport au cours central de la bande.
Le wali a déclaré qu’il s’était réuni avec les responsables des salles de marché des banques pour comprendre les raisons de cette dépréciation, au moment où les recettes de voyages et des MRE explosent et qu’il n’y a pas de tensions sur les liquidités.
"Ils nous ont dit qu’il y avait d'importants mouvements à l’import, notamment sur les produits énergétiques et céréaliers. Donc, malgré l’apport des MRE et la reprise touristique, le dirham a été poussé à la dépréciation."
Si le dirham touche la bande supérieure, la Banque centrale interviendra via les adjudications de devises pour maintenir la monnaie nationale dans la bande de fluctuation, rassure le wali de BAM.
D’ailleurs, cette dépréciation du dirham est une variable qui a été intégrée dans la décision de la hausse du taux directeur. "Si on n’avait pas augmenté notre taux de 50 pbs, la dépréciation serait encore plus importante. C’est un point que nous avons pris en compte...", confie Jouahri, qui réitère que le moment n’est pas venu pour s'avancer dans la libéralisation du dirham au vu des incertitudes actuelles, tant internes qu’externes.
Les prévisions et estimations de Bank Al-Maghrib pour 2022 et 2023
Le taux directeur augmente à 2% (Conseil de Bank Al-Maghrib)
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