Après trois ans de hausse, la Bourse de Casablanca cherche son second souffle

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Par | Le 3/6/2026 à 17:20
Après avoir longtemps porté la cote, la dynamique de revalorisation de la Bourse de Casablanca s’est essoufflée au cours des premiers mois de 2026. Le marché est devenu plus sélectif, plus sensible aux risques extérieurs et plus attentif aux marges des entreprises. Mais les grands chantiers du Royaume, l’accélération du crédit et la visibilité offerte par les investissements liés à 2030 continuent de soutenir une partie importante des valeurs cotées. Décryptage.

L'essentiel

  • Après trois années de hausse, la Bourse de Casablanca a traversé une phase de respiration marquée par des prises de bénéfices, une liquidité moins abondante et un contexte international plus incertain.
  • Les investisseurs continuent toutefois de s'appuyer sur plusieurs facteurs favorables : grands projets d'infrastructures, investissements liés au Mondial 2030, amélioration de la campagne agricole, accélération du crédit, tourisme dynamique et visibilité économique accrue.
  • Les entreprises du BTP, des matériaux de construction, de l'immobilier, des infrastructures, de la santé privée et les banques figurent parmi les principaux bénéficiaires de cet environnement.
  • Les tensions au Moyen-Orient constituent le premier risque identifié. Elles peuvent affecter les chaînes d'approvisionnement, le fret maritime, les coûts logistiques et les marges des entreprises les plus dépendantes des matières premières.
  • La hausse du pétrole, l'évolution du dollar et un éventuel retour de pressions inflationnistes figurent également parmi les facteurs susceptibles de peser sur certains secteurs au cours des prochains mois.
  • Selon BKGR, les plus forts potentiels de hausse de la cote concernent actuellement BCP (+68,8%), TAQA Morocco (+65,4%) et Akdital (+58,9%).
  • Le broker reste également positif sur plusieurs banques, valeurs du BTP, de l'énergie, de la santé et de l'immobilier, tout en affichant davantage de prudence sur certaines minières après leur forte progression.

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Les détails

La Bourse de Casablanca (BVC) aborde désormais le sixième mois de l’année et s’approche progressivement du second semestre 2026, une période qui s’annonce déterminante pour le marché.

Les cinq premiers mois de l’année ont été marqués par un environnement moins porteur que celui observé en 2024 et 2025, deux exercices durant lesquels la cote avait bénéficié d’un puissant mouvement de revalorisation nourri par l’afflux de liquidités, le retour de la confiance des investisseurs et l’amélioration des perspectives économiques du pays. Après trois années consécutives de hausse, le marché est entré dans une phase de respiration, avec des prises de bénéfices sur plusieurs valeurs dont les niveaux de valorisation avaient atteint des sommets historiques.

Cette correction est intervenue dans un contexte international devenu plus complexe. Les tensions au Moyen-Orient ont ravivé les craintes d’un retour des pressions inflationnistes à travers la hausse des cours du pétrole, les perturbations potentielles des chaînes logistiques mondiales et les mouvements observés sur le dollar. Ces éléments ont alimenté la nervosité des investisseurs et accru la volatilité sur les marchés financiers.

Pour autant, les facteurs géopolitiques n’expliquent pas à eux seuls les mouvements observés à la BVC. Une partie de la correction trouve aussi son origine dans des facteurs propres au marché marocain. Les événements internationaux ont davantage joué le rôle de catalyseur d’un mouvement déjà amorcé que de déclencheur unique.

Aujourd’hui, alors que le premier semestre touche à sa fin, la question est de savoir quels seront les principaux moteurs capables de soutenir les résultats des sociétés cotées et l’évolution du marché durant les prochains mois, mais aussi quels risques pourraient venir freiner cette trajectoire.

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Source: medias24.com

Ce qui continuera de porter les sociétés cotées et la Bourse jusqu'à la fin de 2026

Au-delà des résultats des entreprises ou de l’évolution des taux d’intérêt, la confiance dans l’économie marocaine reste un facteur central. "Nous faisons confiance à l’économie marocaine et au potentiel du Royaume. Je pense que c’est un facteur déterminant", estime une source de marché au sein d’une société de bourse.

"On parle d'une succession d'annonces et de réalisations qui ont renforcé la visibilité de l'économie marocaine. L'amélioration de la notation souveraine du Royaume, l'accélération des grands projets d'infrastructures, les préparatifs de la Coupe du monde 2030, l'augmentation des investissements directs étrangers ou encore la montée en puissance de plusieurs stratégies industrielles ont contribué à installer un sentiment favorable auprès des investisseurs".

Cette lecture dépasse largement les seules échéances sportives. "Les grands projets actuellement engagés offrent surtout une visibilité qui s'étend au-delà de 2030. Les infrastructures énergétiques, les projets liés au gaz ou encore les nouvelles plateformes logistiques sont perçus comme des investissements capables de générer de l'activité pendant plusieurs années et d'attirer de nouveaux capitaux vers le pays".

"Cette visibilité est venue s'ajouter à une amélioration sensible de plusieurs indicateurs économiques. Après plusieurs années marquées par le stress hydrique, les importantes précipitations enregistrées cette année ont permis de réduire l'un des principaux facteurs d'inquiétude qui pesaient sur les anticipations économiques. Pour les marchés, l'enjeu dépasse le seul secteur agricole. Une meilleure campagne agricole soutient la croissance, la consommation et l'activité de nombreuses entreprises, tout en réduisant un risque qui occupait une place centrale dans les scénarios des investisseurs", ajoute notre interlocuteur.

"La capacité de l'économie marocaine à absorber les chocs successifs. Covid-19, poussée inflationniste mondiale, guerre en Ukraine, tensions énergétiques ou encore épisodes récents de volatilité géopolitique ont certes affecté l'activité économique, mais ils ont également mis en évidence une certaine résilience des équilibres macroéconomiques du pays. Cette capacité d'adaptation a progressivement renforcé la crédibilité du Maroc auprès des investisseurs locaux comme internationaux".

"Cette toile de fond continue aujourd'hui de profiter à plusieurs secteurs cotés. Les entreprises du BTP, des matériaux de construction, de l'ingénierie, des infrastructures, de l'immobilier ou encore certaines valeurs industrielles bénéficient directement ou indirectement des grands programmes d'investissement en cours".

"Les banques profitent quant à elles de l'accélération du crédit observée ces derniers trimestres, tandis que le tourisme, la santé privée et plusieurs segments de la consommation continuent d'évoluer dans un environnement favorable".

C'est précisément cette combinaison entre visibilité économique, grands projets, amélioration du contexte agricole et poursuite de l'investissement qui explique pourquoi de nombreux investisseurs continuent d'aborder les perspectives du marché avec optimisme malgré les épisodes de correction observés depuis le début de l'année.

Les risques qui pourraient freiner la trajectoire du marché

L’environnement reste porteur pour une partie importante de la cote. Le second semestre s’annonce toutefois plus exigeant, avec plusieurs points de vigilance capables de peser directement sur les marges, les résultats ou les flux.

Le premier risque reste géopolitique. "Les tensions au Moyen-Orient dépassent le simple sujet de sentiment de marché. Elles peuvent avoir des effets concrets sur les chaînes d’approvisionnement, le fret maritime, les délais d’importation et les coûts logistiques. Pour les sociétés industrielles cotées, l’enjeu se situe à la fois sur l’accès aux intrants et sur le coût de leur acheminement".

"Le vrai sujet, c’est la transmission de ces tensions vers les entreprises : les intrants, le fret, l’énergie, les délais et, in fine, les marges. Une société peut continuer à vendre, mais si ses coûts augmentent plus vite que ses prix, le résultat suit plus difficilement. Bien entendu, nous ne sommes pas dans une situation d’alerte. Les entreprises concernées connaissent ce type de pression et l’expliquent clairement au marché. On peut ainsi s’attendre à un léger resserrement des résultats des sociétés les plus dépendantes des matières premières et des chaînes d’approvisionnement, avant un éventuel rattrapage par la suite", explique notre source de marché.

Le pétrole constitue l’autre point sensible. "Une hausse durable du Brent a un impact direct sur les sociétés fortement consommatrices d’énergie fossile, ainsi que sur celles dont les charges logistiques pèsent lourd dans la structure de coûts. Dans ce cas, la pression toucherait la production, le transport, les approvisionnements et, progressivement, les prix de vente".

"Le risque inflationniste reste également un point de vigilance. Même si l’inflation demeure maîtrisée au Maroc, une hausse prolongée des prix de l’énergie, du fret ou des intrants industriels finirait par se répercuter sur les coûts de production. Les entreprises disposent aujourd’hui d’une certaine capacité d’adaptation, mais l’évolution de ces coûts influencera directement les marges et, dans certains cas, les politiques tarifaires adoptées sur le marché", ajoute notre source de marché.

"Une baisse du billet vert peut peser sur les revenus des valeurs exportatrices, tandis qu’une forte volatilité de la parité USD/MAD réduit la visibilité des entreprises exposées aux marchés internationaux".

"Pour les exportateurs, le change peut rapidement devenir un sujet de résultats. Quand le dollar bouge fortement, cela complique la lecture des revenus, des marges et parfois même des prévisions. L’impact peut apparaître progressivement dans la rentabilité", poursuit la même source.

Les financières ont aussi leurs propres points de vigilance. Les banques restent portées par la croissance du crédit et le cycle d’investissement, mais une partie de la progression récente des revenus de marché devrait progressivement se normaliser après plusieurs exercices favorables. Le moteur des activités de marché devrait ainsi contribuer avec une intensité plus modérée qu’en 2024 et 2025. À cela s’ajoutent les effets possibles de la fiscalité, des contrôles fiscaux et des nouvelles exigences réglementaires, notamment en matière de fonds propres.

Pour les assurances, le risque vient davantage du résultat financier et du cadre réglementaire. Un marché boursier plus volatil peut peser sur les produits financiers des compagnies, alors que le passage progressif vers un cadre prudentiel plus exigeant pourrait réduire certaines marges de manœuvre, même si les niveaux de solvabilité restent globalement confortables.

BKGR reste positive sur une large partie de la cote

Malgré un marché devenu plus sélectif après plusieurs mois de volatilité, BMCE Capital Global Research conserve une opinion favorable sur une grande partie des valeurs cotées. Sur les 35 sociétés couvertes dans son Stock Guide de juin 2026, la majorité bénéficie d'une recommandation d'achat ou d'accumulation, avec parfois des potentiels de hausse particulièrement élevés.

BKGR mise d'abord sur les banques, l'énergie et la santé

Les trois plus fortes convictions du broker concernent aujourd'hui la Banque Centrale Populaire, TAQA Morocco et Akdital. La BCP affiche le plus fort potentiel de hausse du guide avec 68,8%, devant TAQA Morocco à 65,4% et Akdital à 58,9%.

Ce trio reflète trois grands thèmes qui continuent de structurer les anticipations du marché : l'accélération du crédit et des besoins de financement de l'économie, les investissements dans l'énergie et les infrastructures ainsi que la poursuite du développement du secteur privé de la santé.

Les banques restent parmi les secteurs favoris

Au-delà de la BCP, BKGR conserve une opinion favorable sur l'ensemble du secteur bancaire coté. BMCI affiche un potentiel de hausse de 41,9%, CIH de 40,4%, Crédit du Maroc de 39,9% et Attijariwafa bank de 30,2%.

La société de bourse estime que les banques devraient continuer de bénéficier de la progression du crédit, du maintien d'un environnement monétaire favorable ainsi que des besoins de financement liés aux grands projets d'investissement du Royaume.

Les valeurs des infrastructures et du BTP continuent de séduire

Les sociétés directement exposées au cycle d'investissement figurent également parmi les principales convictions du broker. Sonasid affiche un potentiel de 37,7%, TGCC de 33,7%, Jet Contractors de 33,3%, Holcim Maroc de 30,6% et Ciments du Maroc de 28,7%.

Ces recommandations traduisent l'anticipation d'une poursuite des grands chantiers et des investissements publics dans les années à venir, un contexte qui continue d'offrir de la visibilité à l'ensemble de la chaîne de valeur de la construction.

Immobilier : BKGR conserve sa confiance

Le broker reste également positif sur plusieurs valeurs immobilières. Alliances ressort avec un potentiel de hausse de 41,9%, Addoha de 28,2% et Aradei Capital de 22%.

L'amélioration progressive du marché immobilier, le programme d'aide directe au logement ainsi que les importants pipelines de projets expliquent en grande partie ce positionnement favorable.

Télécoms, assurance et consommation gardent des relais de croissance

Maroc Telecom conserve une recommandation d'achat avec un potentiel de 39,6%, tandis qu'AtlantaSanad affiche un upside de 34,6%.

Dans la consommation et les services, BKGR maintient également des recommandations positives sur plusieurs dossiers comme Afriquia Gaz (+21,7%), Cash Plus (+7,1%), Auto Hall (+29,6%), Colorado (+27,1%), Vicenne (+25,6%) ou encore HPS (+23,8%).

Les minières restent le principal point de prudence

À l'inverse, les recommandations les plus réservées concernent les minières. BKGR maintient une recommandation « Conserver » sur Managem avec un potentiel négatif de 26,9% et sur Minière de Touissit avec un potentiel négatif de 7,2%.

La société de bourse conserve également une opinion prudente sur Wafa Assurance (-6,8%) et demeure vendeuse sur Résidences Dar Saada (-10,7%), seule valeur du guide faisant l'objet d'une recommandation de vente.

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