Mohamed Cheikh Biadillah : le Mouvement sahraoui pour la paix peut détrôner les dirigeants du polisario
Après l’organisation à Las Palmas de la Conférence internationale pour la paix et la sécurité, Mohamed Cheikh Biadillah parle d'une grande première de la part de ce jeune mouvement, le MSP ou Mouvement Sahraoui pour la Paix, capable de dynamiter de l’intérieur l’appareil du polisario avant de lui succéder.
“Tout le monde sait que la clé du conflit est entre les seules mains de l’Algérie, mais la réunion de Las Palmas est d’une importance capitale, car le Mouvement sahraoui pour la paix (MSP) est appelé à devenir le véritable représentant des Sahraouis expatriés ou des camps auprès de l’ONU”, déclare à Médias24 Mohamed Cheikh Biadillah. Bien qu'il n’ait pas été invité à la conférence, il affirme en connaître tous les participants.
Une conférence qui a vu naître une véritable opposition au front
“Ce sont des gens très sérieux, car ils font partie de la diaspora qui a dû s’expatrier après s’être opposée à la direction du polisario qui n’a jamais supporté la moindre opposition dans ses rangs.”
“Partant de ce constat, les participants de cette conférence sont les véritables représentants des populations séquestrées dans les camps de Tindouf ou qui vivent à l’étranger”, avance l’ancien ministre en évoquant la naissance d’une opposition jeune et crédible face à un appareil figé et dépassé.
Briser le monopole du polisario et sa thèse séparatiste
Cette réunion internationale est, selon Mohamed Cheikh Biadillah, une grande première qui va créer une dynamique inédite en cassant le monopole du polisario en tant que représentant autoproclamé.
La conférence a pu compter sur la participation de personnalités espagnoles comme José Bono, ancien ministre de la Défense, qui s’est d’ailleurs présenté comme un ancien sympathisant du front polisario. Ainsi, Biadillah se félicite de la gestation en cours d’une alternative aux séparatistes, qui est acquise à la proposition marocaine d’autonomie du Sahara et dont les travaux ont exclu toute idée de référendum d'autodétermination.
Un mouvement jeune bien parti pour détrôner le polisario
En effet, malgré sa création récente (2020), ce mouvement regroupe plusieurs personnalités jeunes et expérimentées qui ont occupé des fonctions importantes au polisario comme son premier secrétaire Hach Ahmed Bericalla. Ce dernier avait été tour à tour le premier représentant du front en Espagne, ambassadeur en Amérique du Sud et enfin "ministre", avant de jeter l’éponge en 2014, puis créer le MSP en avril 2020.
Selon notre interlocuteur, lui-même ancien ministre marocain de la Santé, dont le frère Brahim est le patron des renseignements et de la sécurité du polisario, il ne fait aucun doute que “cette composante fondamentale des populations sahraouies a suffisamment de légitimité populaire dans les camps de séquestrés pour pouvoir détrôner à terme le polisario qui n’a pas su renouveler ses rangs, à l’image du pouvoir gérontocratique algérien”.
Une fenêtre de tir qui reste étroite sans l’assentiment algérien
Pourquoi aura-t-il fallu attendre autant d’années pour voir éclore une véritable opposition au polisario ? D'après Biadillah, les membres du MSP sont pour la plupart d’anciens chioukhs, chargés de l’identification du corps électoral, “qui ont pris conscience des tentatives algériennes d’intégrer, dans le processus d'identification, des électeurs maliens, mauritaniens, algériens...”.
“Créée de l’intérieur, cette opposition a par conséquent toutes les chances de prendre la place des dirigeants actuels du polisario même si, en réalité, l’avenir est entre les mains des seuls Algériens.”
“Si l'on ne peut que se réjouir de cette fenêtre de tir, qui peut faire boule de neige auprès de nos concitoyens séquestrés dans les camps de Tindouf et désireux d’accéder aux conditions de vie présentes dans les provinces du Sud, il ne faut pas se faire d’illusion, car rien ne se fera sans Alger”, conclut Mohamed Cheikh Biadillah, qui fait preuve d'un optimisme mesuré.
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