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Jazouli : les premiers résultats de la charte de l’investissement seront perceptibles dès cette année

ENTRETIEN. Au lendemain de sa participation à la 31e Assemblée générale de la BERD à Marrakech où il a annoncé que la Charte de l’investissement était attendue d'ici l’été, le ministre délégué chargé de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques revient pour Médias24 sur son contenu et ses effets à terme.

Jazouli : les premiers résultats de la charte de l’investissement seront perceptibles dès cette année

Le 15 mai 2022 à 17h18

Modifié 15 mai 2022 à 17h18

ENTRETIEN. Au lendemain de sa participation à la 31e Assemblée générale de la BERD à Marrakech où il a annoncé que la Charte de l’investissement était attendue d'ici l’été, le ministre délégué chargé de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques revient pour Médias24 sur son contenu et ses effets à terme.

Médias24 : Quelle est la place de l’investissement dans l’action et la stratégie du gouvernement, sachant qu’une grande priorité est accordée aux chantiers sociaux ?

Mohcine Jazouli : Notre gouvernement suit d’abord les orientations de Sa Majesté et s’inscrit dans le cadre du Nouveau Modèle de développement avec un programme gouvernemental pour les cinq prochaines années, qui est basé sur deux grands piliers.

D’abord l’action sociale avec le développement de la protection sociale, de l’assurance maladie, de l’emploi et de la retraite comme souhaité par Sa Majesté, mais pour financer tous ces chantiers, il faut beaucoup d’argent.

C’est la raison pour laquelle nous devons générer de la croissance avec des investissements, et c’est donc tout naturellement que les investissements sont au cœur de ce programme gouvernemental.

– Comment faire pour que l’investissement privé atteigne les deux tiers de l’investissement global à partir de 2035 comme annoncé ?

– C’est le Nouveau Modèle de développement qui a fixé l’horizon 2035 et qui a fait le constat que l’investissement au Maroc a un niveau très élevé de 30% du PIB (contre 25% en moyenne dans les pays de l’OCDE), mais essentiellement porté aux deux tiers par l’investissement public.

Cette stratégie volontariste et éclairée de Sa Majesté a permis, sur les vingt dernières années, de construire Tanger Med, la LGV, de nouvelles autoroutes, le plan solaire énergétique, des nouveaux ports… Tout cela était opportun mais aujourd’hui le secteur privé doit prendre le relais.

Nous avons besoin d’un investissement générateur d’emplois et qui réalise une montée en gamme du tissu industriel et entrepreneurial national, or l’investissement public en génère moins que le secteur privé.

2 piliers pour la charte de l’investissement: les incitations et l’amélioration de l’environnement des affaires

– De quelle manière seront encouragés les investisseurs privés ?

– Grâce à une charte d’investissement ambitieuse qui repose sur deux grands piliers : (i) la mise en place de plusieurs dispositifs incitatifs et (ii) l’amélioration de l’environnement des affaires.

Des primes qui pourront atteindre 30% du montant total de l’investissement

En premier lieu, les opérateurs économiques bénéficieront, quels que soient leur taille d’entreprise ou les montants de leurs projets d’investissement, de primes qui pourront atteindre, pour certains, jusqu’à 30% du montant total de l’investissement.

Les dispositifs mis en place favoriseront notamment les projets générateurs d’emplois, celui des femmes à travers une prime au genre, les projets durables, les métiers d’avenir et les substitutions aux importations..

Le dispositif principal de la nouvelle charte de l’investissement intègrera aussi une prime territoriale qui encouragera le développement des projets dans les provinces hors de l’axe El Jadida-Tanger.

Par ailleurs, une prime sera accordée aux secteurs prioritaires pour notre pays comme l’industrie, le tourisme, le numérique, l’outsourcing ou les énergies renouvelables.

Un package pour faciliter l’acte d’entreprendre: simplification, digitalisation des procédures, déconcentration,  foncier, énergie durable

D’autres dispositifs sont également prévus, notamment pour encourager le développement des très petites, petites et moyennes entreprises, les projets à caractère stratégique et le développement des entreprises marocaines à l’étranger.

En deuxième lieu, nous allons mettre en place un package qui va faciliter l’acte d’investir et, plus généralement, l’acte d’entreprendre grâce à la simplification et la digitalisation des procédures administratives, la déconcentration, l’accès au foncier et à une énergie durable à des prix compétitifs.

Tout cela va constituer un effet de levier important pour booster l’investissement privé et encourager les investisseurs et les entrepreneurs à être plus audacieux

– Sachant que ces encouragements auront un coût, quelle sera l’enveloppe allouée ?

– Il est trop tôt pour vous donner un chiffre. Nous prenons cependant le pari que cela va rapporter beaucoup plus que cela ne va coûter à l’Etat.

– Vous êtes un peu le VRP du Royaume dans le domaine de l’investissement, en quoi consiste vraiment votre travail ?

– En réalité, je suis chargé de faire de la convergence, d’évaluer les politiques publiques et de m’occuper d’investissements.

Sachant que l’investissement est la première des politiques publiques à faire converger, je suis plutôt un facilitateur qui travaille la main dans la main avec tous les départements pour, d’une part, attirer plus d’investisseurs étrangers ou marocains en les orientant vers des projets créateurs d’emplois et de valeur ajoutée et, d’autre part, aider nos territoires à promouvoir l’investissement pour un développement plus équitable des régions.

Tout le monde regarde le Maroc avec des yeux qui brillent

– Quelles craintes et quelle image ont les investisseurs étrangers du Maroc ?

– A chaque roadshow à l’étranger, je me rends compte que l’image de notre pays est très bien perçue au niveau international. Sans exagération aucune, tout le monde regarde le Maroc avec des yeux qui brillent.

Nous avons des retours très positifs et parfois nos interlocuteurs parlent beaucoup mieux de notre pays que nous-mêmes, à l’instar de la présidente de la BERD qui a déclaré hier à Marrakech, devant une nombreuse assistance publique, que le Maroc était le meilleur pays de la région où il convenait d’investir.

– Sachant que la Charte de l’investissement comprend les investisseurs étrangers, peut-on imaginer que des fonds de pension américains, dont les pratiques sociales n’ont pas toujours bonne presse notamment en Europe, investissent demain dans le secteur de la santé ou de l’enseignement ?

– Que ce soient des fonds de pension américains ou pas, nous sommes pour les partenariats public-privé, mais uniquement si ces investisseurs correspondent à nos valeurs et accompagnent le développement avec des financements alternatifs qui soulagent le budget de l’Etat.

– Pas aux dépens des classes défavorisées, avec une santé et un enseignement hors de prix ?

– Bien au contraire, notre démarche va dans le sens des attentes sociales de nos concitoyens.

– Pourquoi la crise en Ukraine peut-elle être une opportunité pour l’économie nationale ?

– En fait, sachant que depuis une quinzaine d’années, nous avons assisté à un choc financier en 2008, à la crise sanitaire du Covid en 2020 et aujourd’hui à des tensions géopolitiques, tout le monde a pu constater que ces événements avaient reconfiguré les chaînes logistiques et que le Maroc a bien géré ces crises successives.

Ainsi, face à la reconfiguration de l’approvisionnement énergétique mondial, le Maroc a un vrai rôle à jouer demain par rapport aux énergies renouvelables en général et à l’hydrogène vert en particulier.

Hydrogène vert: nous n’avons pas l’expérience des autres, mais nous sommes bien mieux préparés

– On parle beaucoup d’hydrogène vert, que peut offrir le Maroc qui n’a pas vraiment d’expérience en la matière…

– Si nous n’avons pas moins d’expérience que les autres acteurs de la planète, je pense qu’en réalité, nous sommes bien mieux préparés grâce à tout ce qui a été réalisé au niveau des stations du plan solaire du Maroc.

Grâce à Sa Majesté qui s’est montré visionnaire il y a déjà vingt ans, le Maroc a une avance indéniable au niveau de l’énergie solaire et éolienne qui séduit de nombreux investisseurs internationaux, car c’est à partir de ces deux énergies propres que l’on pourra produire le fameux hydrogène vert.

– Quels sont les atouts énergétiques du Maroc par rapport au reste de la planète ?

– Entre notre excellent positionnement sur la carte des vents et du soleil, notre capacité à boucler des projets d’énergie verte de grande échelle à des prix compétitifs, et notre proximité géographique avec les bassins de consommation, le Maroc est bien placé pour devenir un acteur énergétique essentiel.

– Pour fournir de l’énergie renouvelable à l’Europe ?

– Notamment mais pas uniquement, notre idée est d’aller plus loin dans la chaîne de valeur. En effet, quand on fait de l’hydrogène, on peut fabriquer de l’ammoniaque derrière, des fertilisants et aussi développer notre industrie en produisant de l’acier, du verre, de l’aluminium…

Là où cela devient intéressant, c’est que l’on n’est pas seulement exportateur de produits énergétiques comme certains pays producteurs de pétrole, mais plutôt d’une véritable valeur ajoutée.

– En exportant des produits finis décarbonés, dans l’air du temps ?

– Absolument, car ces derniers vont devenir une nécessité dans les prochaines années en Europe et ailleurs.

– Selon vous, la Charte de l’investissement sera adoptée avant l’été ; combien de temps faudra-t-il patienter avant d’observer des résultats concrets ?

– Nous allons monitorer toutes les échéances même un mois après son adoption, les premiers résultats se feront ressentir dès la fin de cette année, et de manière de plus en plus consistante au fur et à mesure des nouveaux investissements que cette nouvelle charte va nécessairement générer.

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