Loi de Finances 2014: le patronat fait la leçon au gouvernement
Mohamed Boussaïd le tout nouveau ministre de l'Economie et des Finances, ne s'y attendait certainement pas. Le patronat est extrêmement déçu et mécontent du projet de loi de Finances. Il l'exprime et va jusqu'à faire la leçon à l'Exécutif. Copie à refaire.
"Ça a bardé", résume un participant.
Le Conseil d'administration de la CGEM recevait ce samedi 26 octobre en milieu de journée, le ministre de l'Economie et des Finances Mohamed Boussaïd. Au menu, le projet de loi de Finances 2014.
Le patronat avait bien accueilli la formation du nouveau gouvernement, ainsi que sa composition. Mais cela faisait longtemps qu'il espérait un changement de cap en matière de politique économique, en d'autres termes une politique de vraie relance et non pas des mesures éparses ou épisodiques qui, selon un patron, ressemblent à des averses, lorsque les agriculteurs espèrent une véritable pluie.
Mohamed Boussaïd n'est pas en cause. Ni les ministres qui viennent de débarquer au sein de l'Exécutif.
Mais au cours de l'échange, et de fil en aiguille, les patrons n'ont pas retenu leur déception. Boussaïd était là en tant que représentant de l'Exécutif et donc, c'est un orage qui a éclaté au dessus de sa tête. Un flot ininterrompu de romontades et critiques.
La présidente de la CGEM, Mme Miriem Bensalah Chaqroun, les membres du Conseil d’administration et les présidents des fédérations sectorielles, n'ont pas mâché leurs mots devant leurs hôtes Mohamed Boussaïd, ainsi que le directeur général des impôts Abdellatif Zaghnoune et Zouheir Chorfi, directeur général de l’Administration des Douanes. A tel point que l'organisation patronale a jugé utile de publier un communiqué en milieu d'après-midi.
La CGEM estime que le projet de loi de Finances, "basé sur une logique de ressources, ne contient pas de mesures susceptibles de favoriser la croissance, de renforcer la compétitivité des entreprises marocaines, et ne comporte aucun outil de relance de l’économie", explique le communiqué.
"La CGEM exprime sa préoccupation à propos de la réforme de la TVA, qui a pourtant été retenue comme principale recommandation lors des assises de la fiscalité et qui s’est traduite dans les faits par des simples hausses de taux, aggravant les problèmes de butoir et l’ampleur des crédits de remboursement de TVA. Des remboursements que l’Etat s’est engagé à accélérer sans apporter de solution concrète". En d'autres termes, les mesures concernant la TVA, présentées comme une réponse aux légitimes préoccupations patronales par le gouvernement, sont frontalement critiquées, dans le fond et dans la forme.
La CGEM s’alarme de la "prolifération des taxes parafiscales qui viennent alourdir le coût des intrants et créent une iniquité fiscale favorisant les importations au détriment du tissu productif national", ajoute le communiqué.
Enfin, "la CGEM appelle à la mise en place d’une Loi-Cadre fixant les orientations de l’Etat en matière de fiscalité et reposant sur une stratégie économique cohérente en vue de donner de la visibilité aux entreprises. La CGEM estime aujourd’hui que la ré-industrialisation de l’économie nationale et le renforcement de la compétitivité des entreprises devraient être au cœur de toutes les stratégies et réaffirme sa disposition, à travers la plateforme de travail CGEM-Gouvernement, à œuvrer pour des solutions concertées. La présidente de la CGEM a rappelé à nouveau l'urgence de définir une vision claire et volontariste pour l'économie marocaine pour arbitrer un choix tranché en faveur de l'incitation à la production industrielle nationale". Bref, c'est une profonde divergence au sujet de la politique économique qui est ainsi exprimée au grand jour.
Après avoir rappelé l'importance d'œuvrer dans la confiance et de s’inscrire dans l’anticipation de la relance et la sortie de crise, le Ministre a rappelé qu'une des grandes causes de la situation économique actuelle est la lenteur prise dans les réformes.
En gros, pour le patronat, il s'agit d'une loi de Finances étriquée, qui ne correspond ni au contexte que vit le pays, ni aux besoins de l'économie. Une copie à refaire.
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