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TECH & MEDIAS

Plagiaires, pirates et hackers : les nouveaux fossoyeurs de la presse numérique

Entre plagiats, contournement des paywalls et revente illégale d’articles protégés, les atteintes au droit d'auteur dans la presse numérique se multiplient au Maroc, selon plusieurs sources officielles. Une dérive qui menace autant les journalistes que l’avenir du modèle économique de l'information professionnelle.

Bureau Marocain des Droits d'Auteur et des Droits Voisins (BMDAV)
Bureau Marocain des Droits d'Auteur et des Droits Voisins (BMDAV)
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Le 11 juin 2026 à 16h56 | Modifié 11 juin 2026 à 18h06

Ce problème est désormais suffisamment répandu pour avoir touché à nouveau l'auteur de ces lignes. En l'espace d'une semaine seulement, deux de ses articles consacrés à l'actualité culturelle ont fait l'objet de reprises s'apparentant à du plagiat par un site internet dédié aux Marocains résidant à l'étranger (MRE), dont nous tairons le nom.

Qu’il s’agisse de l’article consacré à la disparition du saxophoniste Sonny Rollins ou de celui sur la venue de la pianiste Hiromi à Jazzablanca, les contenus publiés par le site en question, dans le premier cas comme dans le second, reprenaient l'ensemble de nos informations, notre angle rédactionnel ainsi que nos illustrations, sans la moindre citation de l'auteur ou mention de Médias24, qui a réalisé le travail journalistique initial.

Ces deux exemples ne sont toutefois qu’un symptôme parmi d’autres d’une pratique beaucoup plus large. Plusieurs journalistes voient régulièrement leurs articles repris, condensés, paraphrasés ou réinjectés ailleurs sous une autre signature, parfois quelques heures seulement après leur publication. Le phénomène touche en particulier les médias qui produisent eux-mêmes de l’information, mobilisent des sources, passent du temps à vérifier, hiérarchiser et contextualiser, avant de voir leur travail absorbé par des sites qui n’ont supporté aucun de ces coûts.

Si la libre circulation de l'information constitue l'un des fondements du journalisme, la reproduction substantielle d'un contenu sans attribution ni autorisation rend d’autant plus actuelle la question du respect du travail intellectuel, de la propriété éditoriale et du droit d'auteur des journalistes lésés, autant de sujets qui seront abordés dans les paragraphes suivants.

Une banalisation inquiétante du plagiat numérique

Avec le développement des médias en ligne, la circulation de l'information n'a jamais été aussi rapide. Mais, au-delà de notre expérience, la pratique de la copie frauduleuse, qui est devenue un vrai sport national au Maroc, devient de plus en plus fréquente dans l’univers numérique.

Il suffit en effet de quelques minutes pour reprendre un article, modifier certaines formulations, changer le titre et republier le tout sous une autre signature. Certains acteurs sans scrupules peuvent ainsi alimenter leur production éditoriale sans supporter les coûts liés à la recherche, aux enquêtes, aux reportages ou aux vérifications nécessaires à la fabrication d'une information de qualité. Les plagiaires les plus sophistiqués confient le texte ainsi récupéré à l’IA pour le paraphraser, mais la structure, l’angle et la persistance de certains marqueurs les trahissent.

Si ce phénomène s’amplifie dans la presse numérique, il faut cependant rappeler qu’il a d’abord touché les écrivains, les photographes, les artistes, les chercheurs et tous les créateurs dont les œuvres circulent dans un environnement numérique où la reproduction est devenue quasi instantanée.

Une réforme législative pour mieux protéger les créateurs

Face à cette montée des atteintes à la propriété intellectuelle, il est utile de rappeler que les pouvoirs publics ont récemment renforcé le cadre juridique de protection du droit d'auteur et des droits voisins.

"C’est une avancée majeure dans la lutte contre le plagiat et la piraterie numérique, qui nous permettra de mieux sanctionner les auteurs de copies illicites ainsi que les hackers qui commercialisent des revues de presse payantes élaborées à partir du travail de journalistes sans leur autorisation", résume une source autorisée du Bureau marocain du droit d'auteur et des droits voisins (BMDAV).

Pour notre interlocuteur, l'adoption de ce nouveau dispositif législatif de protection du droit d'auteur numérique marque une étape importante. Appelé à évoluer, il permettra de s'adapter aux nouvelles formes de pillage des contenus, aux techniques de contournement des systèmes de protection et aux multiples usages non autorisés qui apparaissent avec l'évolution des technologies.

Une vision en phase avec celle du ministre de la Communication, qui a rappelé l'importance du BMDAV pour protéger les journalistes de la presse numérique et faire valoir leurs droits d’auteur à travers les mécanismes prévus par la législation, dans un univers où la copie est devenue instantanée.

Des outils bientôt à la disposition des journalistes

Outre son côté répressif, cette réforme s'accompagnera, selon notre source du BMDAV, de nouveaux outils destinés à faciliter la protection des œuvres des journalistes de la presse papier, qui pourront s'inscrire dès la fin du mois de juin sur la plateforme de l'organisme, tandis que ceux de la presse numérique pourront bénéficier à leur tour d'un dispositif similaire à partir de fin juillet.

L'objectif est de leur permettre de constituer une traçabilité juridique de leurs créations, et surtout de disposer d'éléments de preuve solides en cas d'utilisation non autorisée avérée de leurs contenus pour les indemnisés.

Sur la date d’opérationnalisation de ce dispositif, notre interlocuteur estime qu’il ne devrait être pleinement efficace qu'à la fin de l'année, le temps de mettre en place l'ensemble des mécanismes techniques, administratifs et juridiques nécessaires à son bon fonctionnement.

Des hackers qui menacent l'avenir de la profession

Tout aussi condamnable que le plagiat classique, le détournement de contenus protégés par abonnement impacte de plus en plus la rentabilité des sites payants, qui retrouvent leurs contenus diffusés gratuitement ou intégrés à des revues de presse payantes revendues à des tiers.

Sachant que certains hackers parviennent à contourner les systèmes de paiement mis en place pour accéder à des articles réservés aux abonnés, le préjudice est considérable pour les sites, qui voient ainsi disparaître une partie des revenus qui financent leurs rédactions et leurs investissements.

Réalisant un bénéfice commercial direct à partir d'œuvres dont ils ne détiennent aucun droit, ces opérateurs sans foi ni loi créent de cette manière une véritable économie parallèle du contenu piraté, qui menace à terme la viabilité de l'information professionnelle, dont la production nécessite souvent des moyens importants.

Au final, dans un contexte où les outils numériques facilitent autant la création que la reproduction, il devient urgent de respecter le travail de ceux qui produisent l'information.

Sans quoi, le risque est grand de voir prospérer une économie dans laquelle les créateurs financent malgré eux les copieurs, jusqu'au jour où il ne restera plus suffisamment de producteurs pour alimenter la machine informationnelle.

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Le 11 juin 2026 à 16h56

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