Où va notre monde ?
Nous traversons incontestablement une période d’incertitudes et d’instabilité, marquée par des tensions géopolitiques croissantes, des conflits armés et des crises économiques et environnementales. Ces bouleversements qui redessinent les équilibres mondiaux nous mettent face à une interrogation existentielle : vers quel avenir nous dirigeons-nous ?
Nous vivons dans un monde qui perd ses références. Notre communauté internationale est en totale fragmentation, mais se dirige vers une multipolarité encore balbutiante et difficile à mettre en œuvre. La domination occidentale qui dure depuis cinq siècles s’affaiblit et s’amenuise face à la montée d’autres puissances comme la Chine, l’Inde, la Russie ou le Brésil. Les conflits armés au Moyen-Orient, en Ukraine et dans bien d’autres régions s'aggravent au moment où le multilatéralisme perd beaucoup de sa crédibilité.
Dans ce monde fracturé à un niveau inédit, caractérisé par des conflits qui perdurent, la confrontation reste tristement la seule option sur la table, alors que la paix est en retrait. Derrière des conflits qui endeuillent l’humanité, l’Occident reste souvent l’acteur essentiel de la problématique. Il use de l’argument sécuritaire et de la puissance pour imposer ses vues, souvent au détriment des autres nations. L’arrivée de Trump à la tête des États-Unis n’a pas changé la donne, mais l’a aggravée par l’abandon de ses propres alliés européens au profit de la Russie et dans la perspective de contenir ce que la Chine pose comme défis.
Ce retour à la puissance et au prisme sécuritaire que nous constatons de nos jours ne peut à lui tout seul garantir la paix et l’équité pour tous. Quand les règles du droit international sont tout simplement bafouées au gré des intérêts nationaux, le monde ne peut, inéluctablement, que se diriger vers une société internationale encore plus clivée qui favorise les puissants, au détriment de tous les autres. Car l’usage de la puissance et de la coercition façonne le monde plus à travers le prisme économique et les intérêts, et moins par les valeurs communes de justice et d’équité.
Derrière chaque guerre et chaque crise se cachent toujours des enjeux géostratégiques et économiques liés à la puissance. Les industries d’armement engrangent des bénéfices grâce aux conflits prolongés, et les ressources naturelles des pays en guerre sont des enjeux capitaux majeurs. Lors de l’invasion américaine en Irak, les puits pétroliers ont été miraculeusement épargnés pour financer la guerre et se faire rembourser les dépenses induites par ce conflit. Le pétrole, le gaz, les minerais rares, et même l’eau, sont des objectifs économiques stratégiques dans chaque confrontation armée.
Pourtant, ce sont les peuples et les civils qui pâtissent les premiers des guerres et des conflits. Ils sont les otages de ces luttes d’influence, où la morale et l’éthique sont reléguées au second plan. Dans ce jeu cynique de confrontation entre nations, les avantages matériels et les intérêts immédiats priment et dictent les conduites. Ils relèguent les idéaux de paix et de justice à de simples slogans politiques creux et sans effets. Quand les fondations des relations internationales ne sont plus basées sur le droit, la justice et l’équité entre nations, la paix ne devient plus une option.
Alors pourquoi le désordre, la violence et le chaos sont-ils devenus les nouvelles règles, alors qu’hier c’étaient la paix, la prospérité et les règles de droit qui réglementaient les rapports internationaux ? Où sont passées nos valeurs de solidarité, d’ouverture et de fraternité devenues vides de sens et de portée ? Un bref retour sur notre récent passé permettrait de mieux comprendre comment nous sommes arrivés à l’état où nous sommes aujourd’hui.
Comment est-on arrivés là ?
Au début des années quatre-vingt-dix du siècle dernier et après l’effondrement du bloc de l’Est, l’Occident célébrait le triomphe du libéralisme contre le socialisme. C’était la fin de l’histoire selon Fukuyama, et le début du choc des civilisations selon Huntington. L’écroulement des idéaux socialistes rendait les États-Unis enivrés par le succès. Toute l’Europe de l’Est devient, parfois dans le calme et souvent dans la douleur, des démocraties libérales avec des économies de marché plus ou moins abouties. Dans la précipitation, elle bascule d’une économie socialiste planifiée à un capitalisme prédateur et corrupteur. Un système qui bénéficia à une minorité et laissa la grande majorité sur le banc.
La guerre et la dislocation de la Yougoslavie de 1991 à 2001 fut la première alerte pour les Russes qui, désarmés, contemplaient ce spectacle sans réagir. Européens comme Américains, aidés par l’ONU et l’OTAN, imposaient leur paix à cette région où Moscou est devenu un simple spectateur passif. Ce fut une défaite douloureuse ressentie comme telle par la Russie qui en gardera beaucoup d’amertume. Les crimes de guerre en Bosnie étaient essentiellement imputés aux Serbes considérés comme proches de la Russie.
Les dirigeants russes encaissent le coup de voir leur influence réduite comme une peau de chagrin. Et les Occidentaux, qui n’ont pas jugé utile de dissoudre l’OTAN après la fin du bloc de l’Est, lui cherchent de nouveaux rôles pour continuer d’exister. Ainsi, ils lui assignent l’objectif de s’étendre davantage vers les pays limitrophes à la Russie en intégrant quelques-uns sur plusieurs vagues. Les Américains l’embarquent même dans leurs aventures guerrières en Afghanistan et en Irak suite aux attentats de New York de septembre 2001 et se servent de ses expertises en Indopacifique pour contrer l’expansion chinoise.
L’OTAN est depuis critiquée par ses propres membres pour sa lourdeur, ses coûts et pour la mainmise des Américains sur l’organisation. C’est ce qui poussera le président français Emmanuel Macron en 2019 à la déclarer en mort clinique, parce qu’elle ne remplit plus, selon lui, les tâches pour lesquelles elle fut instaurée. Depuis l’élection du président Donald Trump, les critiques sont cette fois-ci encore plus vives par la partie américaine contre l’OTAN. Washington exige désormais des Européens d’assurer leur propre sécurité en prenant en charge une part importante du financement de l’organisation.
La Russie, pour sa part, scrutait les agissements des Occidentaux sur ce qu’elle considère comme son espace vital et préparait, dans la discrétion, sa réponse pour réduire l’influence occidentale à ses frontières. Ses interventions se sont concentrées sur la Géorgie en 2008, puis sur l’Ukraine par la suite. Quand, en 2014, il conquit la Crimée, Poutine déclara que les Occidentaux nous ont mentis à plusieurs reprises, ont pris des décisions dans notre dos et nous ont mis devant le fait accompli. Puis de continuer : cela s’est produit avec l’expansion de l’OTAN vers l’Est, et avec le déploiement d’infrastructures militaires à nos frontières. Huit ans après, l’armée russe était lancée pour annexer une partie de l’Ukraine.
Et Trump est arrivé
Ce sont ces foyers de guerres ininterrompues, impliquant les grandes puissances, qui déstabilisent l’ordre international par leur ampleur et les risques qu’elles engendrent sur la paix mondiale. Certaines puissances censées garantir la paix sont devenues dangereuses pour l’équilibre mondial. Et le retour de Trump au pouvoir n’arrange pas les choses, parce qu’il pose plus de problèmes qu’il n'en résout. Le président américain a démontré qu’il n’a que faire des valeurs démocratiques que pourtant son propre pays a toujours défendues. Pour lui, les affaires et le profit l’emportent largement sur les règles de droit et sur les valeurs d’équité et de justice.
Quand la première puissance mondiale est dirigée par un populiste imprévisible, souvent conflictuel, et qui gère de surcroît les affaires mondiales comme il gère une entreprise, il y a de quoi s’inquiéter. L’approche de Trump sur les questions internationales est dédaigneuse, brutale, rarement juste ou nuancée. Elle s’ajoute à sa politique domestique qui, elle aussi, exacerbe les questions raciales, la santé et l'éducation. Cette politique est également accompagnée d’une montée de tensions commerciales, avec ses propres alliés comme avec ses adversaires, qui, à leur tour, déclenchent des ripostes systématiques.
Toutes ces problématiques lancinantes s’ajoutent à bien d’autres défis auxquels l’humanité doit faire face. Il s’agit du changement climatique et de ses conséquences, des risques liés au terrorisme, à la drogue et à l’immigration incontrôlée, sans compter les effets qu’engendrent les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle sur l’économie mondiale et le devenir de l’humanité. L’ordre international qui prédomine depuis la fin du second conflit mondial est caduc. L’ONU, censée gérer ces problématiques, est de moins en moins performante et aura besoin d’être refondue pour accompagner ces changements.
La question posée au départ, où allons-nous, était moins pour connaitre le chemin qu’on va emprunter que pour se poser des questions sur comment pourrions-nous favoriser la paix et l’entente à l’échelle planétaire. Le monde de demain sera certainement façonné par les choix que les nations adopteront aujourd’hui. Soit nous irons vers un monde de coopération, basé sur des institutions internationales solides qui favorisent des solutions collectives, ou alors un monde de rivalités et de conflits meurtriers permanents. L’histoire a toujours démontré que l’humanité a toujours su renaître de ses crises par la volonté de ceux qui refusent la fatalité et exigent de vivre dans un monde juste et équitable pour tous.
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