Donald Trump, back to the future
La victoire du républicain Donald Trump lors des récentes élections américaines n’est certes pas une simple alternance politique soft comme cela arrive souvent dans les démocraties. Elle marque un tournant majeur, d’abord pour les États-Unis, mais aussi pour l’évolution des rapports de force entre les puissances. De par le monde, ces élections auront un impact sur la paix comme sur les guerres en cours.
Un homme en particulier a joué un rôle déterminant dans cette élection. Il s’agit de l’homme d’affaires le plus riche de la planète Elon Musk, propriétaire de X-Twitter, SpaceX et de Tesla entre autres. Il a contribué généreusement à la campagne électorale par une somme de 120 millions de dollars, sans compter l’utilisation des réseaux sociaux pour promouvoir la candidature de Trump. En businessman avisé, son implication fût un bon placement qui lui a permis, dès l’annonce de la victoire de Trump, de voir ses actions s’envoler. Rien que pour Tesla, son patrimoine a bondi de 26 milliards de dollars.
Donald Trump n’est pas un inconnu puisqu’il a déjà exercé un premier mandat à la tête des Etats-Unis de 2017 à 2021. Pour appréhender ce personnage, il faudrait renoncer définitivement aux grilles de lecture traditionnelles auxquelles nous nous sommes habituées. Trump, lui-même, n’aime pas être classifié, il se pense inclassifiable. Le qualifier d’un isolationniste pour mieux le comprendre serait une erreur, le placez aussi comme un esprit internationaliste ouvert sur l’extérieur le serait également. C’est un être hybride qui n’est attiré que par le marchandage et les rapports de force.
Lui-même se définit comme quelqu’un qui aime marchander et faire des transactions pour ses propres affaires comme avec les autres États. Durant son premier mandat, il avait démontré cette capacité qu’il a à négocier toute action extérieure en fonction du seul critère qu’est le gain qu’il soit politique ou économique. On se rappelle qu’avec les européens il exigea d’élever leur participation dans le financement de l’OTAN à 2% de leur PIB, et aux pays du Golfe de payer également pour la sécurité que l’Amérique leur garantit.
C’est au niveau de telles transactions, politiques et économiques, que Trump révèle toute sa personnalité et sa stratégie. On sait qu’à chaque négociation, il aime établir un rapport de force, et dégainer dès qu’on ne répond pas à ses exigences. Durant son précédent mandat, et face à l’Union européenne comme aux pays du Golfe ou à la Chine, son arme première était de menacer d’imposer des droits de douane ou des taxes tarifaires, pour obtenir gain de cause et affaiblir ses adversaires. Selon lui, le plus beau mot en anglais est tariffs, ironisait-il un. C’est tout dire.
Heritage Foundation, think thank des republicans
C’est cette même politique, qui sera sans conteste poursuivie pendant son prochain mandat. Elle dépendra à l’évidence de l’équipe qui va l’accompagner dans l’exécution de son programme. Tout porte à croire qu’une partie de celle-ci sera puisée dans le think-tank Heritage Foundation et la panoplie d’experts qui alimentent ses réflexions. Cette institution, véritable vivier et pépinière de penseurs et d’idéologues républicains, est positionnée politiquement très à droite. Elle fournirait à Trump ce qu'il lui faut d’experts et d’hommes politiques, tout en lui assurant une communication continue et un bon service après-vente.
Heritage Foundation est un think tank conservateur fondé en 1973 basé à Washington, qui alimente Trump en réflexions et orientations politiques. Il est l’un des plus influents centres conservateurs aux États-Unis, produit des recherches et recommandations dans divers domaines comme l’économie, la sécurité nationale, l’éducation ou la politique sociale. Ses analyses favorisent le libre marché, les valeurs traditionnelles et une défense nationale forte. Il joue un rôle capital dans l’élaboration des politiques du Parti républicain.
Cette Fondation est aussi radicale dans ses propositions que Trump lui-même. Elle appelle à une refonte totale du personnel gouvernemental vu comme de gauche et penchant vers les démocrates. Un décret à cette fin a été préparé durant la fin du premier mandat de Trump, mais a été annulé de justesse dès l’arrivée de Biden au pouvoir. Le président de cette fondation, Kevin D. Roberts, est celui qui a rédigé les directives du rapport Project 2025, la bible des républicains. On le dit très proche de Trump.
Le Project 2025 est une feuille de route politique pour la prochaine administration républicaine. Il fournit au président Trump une vision et un plan détaillé à mettre en œuvre rapidement dès sa prise de fonctions. Ces propositions se distinguent par une approche structurée et globale, et proposent des recommandations pour chaque département fédéral. Il aborde également des sujets comme la réduction de la taille du gouvernement, le renforcement des politiques d’immigration, l’allègement des réglementations environnementales, ainsi que la réforme des programmes de santé et de sécurité sociale.
Ces recommandations incluent aussi un programme de recrutement, pour identifier et former des fonctionnaires conservateurs qui occuperont les postes clés au sein de l’administration républicaine. L’objectif qu’assigne le rapport au prochain gouvernement républicain est de permettre une transition rapide vers une gouvernance conservatrice, en minimisant les obstacles bureaucratiques, et en maximisant l'efficacité des politiques qui seront implémentées.
C’est dans cette perspective que le parti républicain a imposé à Trump un colistier en la personne de J.D. Vance, qui se considère déjà comme son héritier spirituel. Il est comme lui anti-immigration, favorable à des frontières hermétiques, à une politique étrangère isolationniste et à l’intervention de l’État dans l’économie, tout en encourageant le secteur privé à jouer le jeu. Pendant sa traversée de désert, Trump a débarrassé le parti de tous les opposants mondialistes et néoconservateurs qui pouvaient se mettre au travers de son chemin, et n’a laissé autour de lui que les plus fidèles.
Durant ces quatre années dans l’opposition, Trump s’est également intéressé plus particulièrement au centre du pays, évitant l’East-coast où résident une grande partie de l’intelligentsia et l’establishment américains. Il a préféré parler et dialoguer avec les populations de l’Amérique profonde, celle des classes pauvres et moyennes. Il a pu ainsi mobiliser aussi bien les classes aisées que le prolétariat blanc, pourfendant par là même les politiques menées par Biden, qui prône, selon lui, l’immigration, le multilatéralisme et le libre-échange.
Il a pu ainsi convaincre une large partie des américains que les intellectuels de gauche et les démocrates sont leurs ennemis et qu’ils doivent même être leurs cibles. Excessif comme à son habitude, Trump avait demandé ouvertement à les juger pour leurs méfaits et choix calamiteux qui ont conduit à saper les vraies valeurs traditionnelles américaines. Depuis maintenant une dizaine d’années, les Américains ont pris l’habitude des rhétoriques provocantes de Trump qui lui ont permis, en fin de compte, de reconquérir le pouvoir.
Trump a eu finalement gain de cause en raison de l’ampleur du vote en sa faveur qui a surpris tant d’observateurs. Ces élections lui ont certes mis entre les mains tous les pouvoirs pour régner sans conteste sur le pays pendant les prochaines quatre années puisqu’il dispose de la majorité au Sénat et à la Chambre des représentants. Trump doit cependant prendre conscience que son pays est dangereusement divisé en deux blocs distincts, qui se haïssent et ne se parlent plus. Il n’y a donc que lui qui peut les concilier en s’inventant un rôle d’un président fédérateur pour tous les Américains. Mais le voudra-t-il réellement ?
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