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Europe - États-Unis, le basculement des alliances

On était témoins vendredi 28 février d’un événement rare et inédit sur nos télévisions. La réunion qui se tenait à la Maison Blanche entre le président D. Trump et son homologue ukrainien V. Zelensky a tourné à une confrontation verbale directe violente et sans filtre. Une scène sidérante, regardée par le monde entier, s’est déroulée devant nos yeux, où tous les coups étaient permis. Le moins qu’on puisse dire est que ces échanges furent violents, inédits, humiliants, tout sauf diplomatiques.

Le 7 mars 2025 à 12h58

Ce qui, d’habitude, est une courte séance de déclaration préliminaire devant les médias avant d’aller au vif du sujet, est vite devenu un ring d’attaques et de confrontation. Après une brève intervention de Zelensky critiquant l’agression russe et le comportement de son président, Trump commence, d’entrée de jeu, par expliquer qu’il n’avait pas l’intention de critiquer Poutine avec qui il compte faire la paix. Je ne suis pas aligné sur Poutine, se défend-il, je ne suis aligné sur personne. Je suis aligné sur les seuls intérêts des Etats-Unis, et pour le bien du monde, en martelant du regard le président ukrainien.

Puis, prenant en témoin les journalistes et à son équipe, il déclare : vous voyez la haine qu’il a pour Poutine, en désignant Zelensky. C’est très difficile pour moi de conclure un accord avec ce genre de haine. Et d’ajouter : il a une haine énorme, ce que je peux comprendre, mais je dois vous dire que, de l’autre côté, on ne le porte pas non plus dans son cœur. Zelensky le met instantanément en garde contre la duplicité de Poutine qui a occupé de grandes parties de l’Ukraine et que personne ne l’a arrêté, dira-t-il. J’ai signé un accord avec lui en 2019, mais il a rompu le cessez-le-feu et il a tué notre peuple, dixit Zelensky.

C’est en ce moment-là qu’on commence à sentir qu’un dérapage était proche et qu’avec la personnalité de Trump tout peut facilement prendre une mauvaise tournure. En venant en soutien à son président, J.D. Vance n’allait pas calmer le jeu mais, au contraire, mettre le feu dans le débat. Avec tout le respect que je vous dois, dira Vance à Zelensky, je pense qu’il est irrespectueux de votre part de venir dans le Bureau ovale pour essayer de porter ce litige devant les médias américains. Pensez-vous qu'il est respectueux de venir ici et d’attaquer l’administration qui tente d’empêcher la destruction de votre pays ? 

Zelensky lui rétorque tout de go que l’Amérique est loin du champ de bataille et qu’il y a un océan qui la sépare de l’Europe. Vous ne ressentez pas la menace russe maintenant, mais il viendra un jour où vous allez la ressentir pour de bon. C’est en ce moment-là que Trump intervint d’une manière intempestive en demandant à Zelensky de ne pas évoquer comment l’Amérique se comportera face à la menace russe en lui soulignant, à dessein, la précarité de la position du président ukrainien. Vous n’avez pas de carte en main, vous jouez avec le sort de millions de personnes, et vous jouez même avec une troisième guerre mondiale. Puis il reprend l’argumentaire de Vance pour l’accuser à son tour d’être très irrespectueux envers les États-Unis.

Vous me demandez, réplique Trump, ce qui se passera si la Russie rompt le cessez-le-feu, mais je n’en sais rien, répond Trump, excédé, à Zelensky. Puis de continuer : les Russes ont rompu avec Biden parce qu’ils ne le respectent pas, moi si, ils me respectent, souligne le président américain, sûr de lui. Votre peuple est très courageux, lui lance-t-il à la fin de la rencontre, avant de le mettre devant un dilemme : soit accepter un accord avec les Russes, soit l’Amérique se retire du conflit, et ceci ne va pas être joli, ajoute Trump, pour le décourager d’opter pour un refus de la médiation américaine.

Par ses répliques, le président américain a administré à son hôte ukrainien une violente humiliation en direct, dans un moment protocolaire qui a vite viré à un désastre pour l’Ukraine et ses soutiens européens. Était-ce un guet-apens planifié par l’administration américaine pour affaiblir Zelensky en public et le tourner en dérision afin de lui imposer un plan de paix ? Ou alors la discussion a-t-elle dérapé involontairement, et dans ce cas qui en est responsable ? Difficile à dire, mais pour parer à toute rupture définitive, une quinzaine de chefs d’État européens, qui ont peu apprécié cette séquence, se sont réunis le dimanche d’après, à Londres, pour réaffirmer leur solidarité avec l’Ukraine.

C’est autour du Premier-ministre Keir Starmer qu’une quinzaine de chefs d’État Européens se sont réunis, deux jours après l’incident de Washington, avec un seul mot d’ordre : réarmer l’Europe face au danger russe et au retrait américain. Pour le Premier-ministre britannique, l’Europe devrait prendre en charge sa sécurité, tout en conservant le soutien de l’Amérique. Il faut absolument éviter de laisser la Russie dicter les termes de garanties de sécurité à l’Europe, a-t-il affirmé, tout en annonçant un nouvel accord avec l’Ukraine pour lui fournir des missiles pour une somme de 1,6 milliard de livres sterling.

Mais cette rencontre de Londres, organisée dans la précipitation, avait également pour objet de préparer le sommet du 6 mars à Bruxelles entre pays membres de l’Union européenne, dont le Royaume-Uni ne fait plus partie depuis 2020. Sommet exceptionnel s’il en est, où les pays membres ont donné leur feu vert au plan présenté par la Commission pour réarmer le continent en mobilisant un budget immédiat de 800 milliards d’euros. La Commission a également incité les pays membres à accroître, dans leurs budgets nationaux, leurs dépenses pour renforcer leurs capacités militaires. Cependant, tous les pays ne sont pas d’accord sur l’approche de contrer la Russie, comme le Hongrois Victor Orban proche de Trump, qui a mis en garde contre toute décision qui risque de fâcher les Américains.

Tous les responsables européens ont tenu à informer leurs populations des changements en cours et des risques qui se posent avec plus ou moins de gravité. Pour sa part, le président français a tenu, à la veille de la réunion de Bruxelles, à préparer les esprits de ses citoyens sur les défis qu’il faudrait relever face à l’agressivité de la Russie. Les décisions politiques, les équipements militaires, les budgets sont une chose, mais ils ne remplaceront jamais la force de l’âme d’une nation, leur a-t-il annoncé dans un discours solennel. Puis de continuer : notre génération ne touchera plus les dividendes de la paix, et il ne tient qu’à nous que nos enfants récoltent, demain, les dividendes de nos engagements aujourd’hui.

Dans son allocution, Macron a prôné avec insistance l’indépendance européenne vis-à-vis des États-Unis, pays sur lequel on ne doit plus compter, dit-il. Sa visite à Washington quelques jours avant pour rencontrer Trump, puis le clash entre ce dernier et Zelensky, l’ont convaincu qu’il n’y a plus rien à attendre de l’administration américaine actuelle. Macron a regretté le changement de position de Trump sur l’Ukraine, et son rapprochement avec la Russie de Poutine. Je veux croire que les États-Unis resteront à nos côtés, espérait-il, mais il faut être prêt, si cela n’était plus le cas, à investir davantage dans la défense européenne.

Si le discours de Macron a provoqué des réactions houleuses en France, il a piqué au vif le Kremlin qui a vite réagi par la voix de son porte-parole Dimitri Peskov qui a dénoncé un discours conflictuel à l’égard de la Russie. De son côté, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov y a vu une menace pour son pays, en se référant au passage où Macron déclarait qu’il est nécessaire de se préparer à utiliser l’arme nucléaire contre la Russie, ce qui constitue, pour Lavrov, une menace évidente. Simplement, ce dernier omet qu’à plusieurs reprises par le passé, Poutine avait clairement évoqué l’usage de la bombe atomique contre les Européens qui apportent leurs appuis militaires à l’Ukraine.

Depuis cette altercation au Bureau ovale, le président ukrainien a fait évoluer sa position en cherchant à calmer le jeu. Mais avait-il d’autres choix que de se soumettre à ceux qui lui apportent aide et soutiens massifs face aux Russes ? Après avoir affirmé par orgueil, le jour même de l’incident, à la chaîne américaine Fox News ne pas devoir d’excuses à D. Trump, mais plutôt du respect au président et au peuple américain, la réponse n’a pas tardé. L’administration américaine a vite suspendu l’aide et la fourniture des renseignements militaires à l’Ukraine approuvées sous la présidence Biden, au grand regret des Européens.

Zelensky jugeant la situation dangereuse et défavorable à son pays, a depuis présenté ses excuses écrites à Trump qui les a jugées positives pour la continuation de sa médiation. Tout semble donc balisé pour signer les contrats sur les minerais ukrainiens au profit des entreprises américaines et pour trouver, parallèlement, un compromis qui puisse satisfaire tous les protagonistes. Dans quelques jours, une réunion se tiendra de nouveau en Arabie Saoudite entre Américains et Russes, avec la présence cette fois-ci des premiers concernés, à savoir les Ukrainiens. Son objectif ultime serait de trouver un cadre pour un cessez-le-feu permanent, afin de trouver un accord de paix à long terme.

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Le 7 mars 2025 à 12h58

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