Les guerres tarifaires : quand Trump fait du Trump
Les taxes douanières imposées par Trump, ses déclarations à tout-va, ne sont en réalité qu’une petite bataille qui cache le but ultime, celui de gagner la vraie guerre, celle qui consiste à dominer le commerce, dominer les mers et dominer le monde. Une chronique d'Ahmed Faouzi.
Le président américain Donald Trump a signé dès son arrivée plusieurs décrets, pêle-mêle et à la va-vite, décrétant le retrait de son pays de l’Accord de Paris sur le climat, imposant des taxes douanières sur des pays voisins, et se retirant en même temps de plusieurs instances des Nations unies, dont le Conseil des droits de l’homme.
Il a instruit également son gouvernement pour prolonger la suspension de financement de l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens UNRWA et ordonné un réexamen de la participation de son pays à l’UNESCO. Trump fait du Trump, c’est-à-dire ce qu’il a su toujours faire : mettre la pagaille là où il ne faut pas pour attirer toute la lumière sur sa propre personne.
On connaissait Trump l’impulsif et l’homme cru du premier mandat qui s’est vite séparé de ses proches les plus critiques à son égard. Il nous revient dans ce second mandat en pire, encore plus vengeur et agressif que par le passé, épaulé de surcroît par des personnalités affairistes à l’extrême et déconnectées des réalités du monde, comme Elon Musk et bien d’autres. Les droits de douane et les mesures tarifaires qu’il vient d’instaurer contre ses proches voisins et alliés, comme le Canada, le Mexique et l’Union européenne, ou ses adversaires, comme la Chine, sont la preuve que son second mandat démarre mal pour l’économie mondiale.
Dans l’esprit de Trump, toutes ces décisions d’augmentation des droits de douane sont en réalité des sanctions économiques qui répondent à ses promesses électorales. N’a-t-il pas promis de protéger l’économie du pays, même au détriment de ses proches alliés, de taxer les importations pour protéger les industries américaines, et de créer des emplois et de la croissance chez lui avec ces relocalisations ? Ce protectionnisme, qui frôle le braquage et qui ne dit pas son nom, est contraire aux règles internationales de libre-échange et risque de plonger l’économie mondiale dans une récession sans fin.
Au lieu de charger les responsables des départements concernés d'annoncer ces directives et de se donner ainsi le rôle d’un président respectable, au-dessus de la mêlée, Trump aime se mettre en vedette pour annoncer ces initiatives chocs. C’est souvent face caméra, ou dans le bureau ovale, qu’on le voit avec cette mise en scène, signant des parapheurs ou annonçant des augmentations des tarifs commerciaux. Il procède ainsi, sans expliciter les raisons qui le poussent à prendre de telles actions dont il ne mesure pas les graves conséquences sur les autres nations et parfois sur ses propres concitoyens.
C’est de cette manière qu’on a appris que Trump a décidé d’infliger des augmentations de 10 % sur des produits en provenance de Chine et de 25 % contre certains autres du Canada et du Mexique. Ils concernent principalement les importations de boissons, de cosmétiques et de produits en papier. Trump annonçait au même moment qu’une deuxième liste relative à d’autres secteurs, comme les voitures, l’acier et l’aluminium, allait suivre. L’a-t-il fait pour dissuader les pays concernés de le défier et d’éviter des représailles ? Sa réponse fut de proférer encore plus de menaces, en affirmant, orgueilleusement, qu’il augmentera davantage les droits de douane en cas de rétorsions.
Ces partenaires commerciaux n’ont pas tardé à réagir face à ces assauts continus que leurs populations ont vus comme humiliants pour leurs fiertés nationales. La Chine, le Canada et le Mexique ont tous annoncé leurs intentions d’imposer des droits de douane contre certaines importations américaines ciblées, en guise de rétorsion contre les initiatives américaines. Ils n’ont pas tenu compte des proférations de Trump à leur égard. Ils se sont montrés, vis-à-vis de leurs opinions publiques d’abord, à la hauteur de ce qu’on attend d’eux. À savoir défendre leurs intérêts nationaux, face à l’unilatéralisme de Washington qu’ils voient comme une arrogance déplacée.
Dans l’esprit de Trump, qui continue, me semble-t-il, de fonctionner comme s’il est toujours en campagne électorale permanente, les dynamismes économiques des autres nations se résument chez lui en des pratiques commerciales injustes contre son pays, l’Amérique, et qu’il faudrait par conséquent combattre inlassablement. Les mesures tarifaires qu’il impose à tout vent, même contre ses proches alliés, ne sont sans doute qu’une manière de faciliter la renégociation des accords commerciaux à son avantage, afin de combler les déséquilibres commerciaux abyssaux qui s’aggravent chez lui.
Cette politique, qu’on avait constatée déjà lors de son premier mandat, ne devrait pas étonner outre mesure. On l’a remarquée durant sa présidence de 2017 à 2020 et le peu de résultats obtenus alors, face aux autres puissances, notamment celles qui se trouvent dans le bloc des BRICs, comme la Chine, l’Inde, la Russie ou le Brésil. Ce qui motive Trump dans cette guerre commerciale, c'est de modifier les termes des échanges et ce qu’il considère comme des pratiques commerciales déloyales, comme si les États-Unis ne subventionnaient pas leurs propres productions et exportations vers l’étranger.
Trump aime toujours dans ses déclarations publiques pointer du doigt les mauvaises pratiques de ses partenaires qui sont vus plutôt comme des concurrents malintentionnés. Il leur reproche en vrac les vols de propriétés intellectuelles, le dumping et les subventions accordées à leurs industries et bien d’autres maux. Les produits qui envahissent son pays ont des points en commun avec les flux d’immigration qui déferlent, selon lui, sur son pays et qu’il faudrait également réduire. C’est de cette manière qu’il met la pression sur ses partenaires commerciaux pour obtenir de meilleurs deals, comme il l'évoque souvent, c’est-à-dire des accords plus avantageux pour les entreprises américaines.
Pourtant, le Canada, le Mexique et la Chine représentent à eux trois 40 % des importations des États-Unis et sont aussi des marchés importants pour écouler les produits américains. Les USA y trouvent des marchés importants pour y écouler leurs surplus et assurer une croissance soutenue pour des milliers d’entreprises. Malgré cela, Trump accuse la Chine d’exporter vers le Mexique des principes actifs permettant la fabrication de la drogue fentanyl vendue par les cartels mexicains aux États-Unis. La Maison-Blanche a affirmé, sans apporter de preuves valables, que ces cartels ont fait alliance avec le gouvernement mexicain, ce que la présidente mexicaine a qualifié de déclaration calomnieuse.
Mais d’autres ripostes sont également venues des Européens, les plus proches alliés des Américains, qui ont montré leur opposition aux décisions de Trump. Bruxelles a fait savoir qu’elle a déjà sévi face à la Chine en taxant ses exportations de voitures électriques. Et qu’elle est prête également pour agir de même contre Washington, si ses intérêts sont menacés. Des élus européens de gauche ont été encore plus virulents, en exigeant de repenser la totalité des relations commerciales avec les États-Unis. Mais les vingt-sept pays membres de l’Union sont loin d’être unanimes sur cette question. Certains d’entre eux ne cachent pas leur sympathie pour Trump et n’hésitent pas à marquer leurs adhésions à sa politique. Les Européens qui ont besoin de l’assistance des Américains pour assurer leur sécurité face aux Russes adoptent souvent des profils bas.
Trump croit fermement que les droits de douane imposés à ses partenaires enrichiraient inéluctablement l’économie américaine. Il avait promis de créer un nouveau département spécialisé dans la collecte des recettes générées par ces taxes. Ceci s’ajouterait à celles qu’Elon Musk compte réaliser en procédant à des coupes drastiques dans les finances de l’État, en dégraissant certaines administrations d’une partie de son personnel. Seulement avec ces nouvelles taxes, chaque entreprise américaine importatrice sera confrontée à un dilemme. Soit répercuter cette augmentation des prix sur le consommateur final, ou alors accepter de réduire ses marges de bénéfices, et inéluctablement sa croissance.
On se rappelle que juste après son investiture, et en compagnie des géants des nouvelles technologies comme Open AI, Soft Bank et Oracle, Trump avait annoncé à l’avance, et en grande pompe, un investissement colossal de 500 milliards de dollars pour bâtir des centres de données et booster l’économie et les secteurs de pointe américains. Tous ces fonds devaient provenir de ces taxes récoltées et des coupes budgétaires annoncées. Mais cet enthousiasme affiché fut de courte durée après l’annonce du lancement par la Chine de l’intelligence artificielle DeepSeek.
Cette irruption de DeepSeek a conduit le géant américain de la fabrication des puces Nvidia à perdre 600 milliards de dollars de sa valeur en bourse. Face à ce choc, Trump déclara qu’il s’agit là d’une sonnette d’alarme pour les entreprises américaines qui doivent, selon lui, se concentrer sur la concurrence chinoise si elles veulent gagner la bataille. Son homologue chinois Xi Jinping déclarait de chez lui que l’intelligence artificielle est une priorité absolue pour la grandeur de la Chine. L’imposition de taxes douanières de la part des Américains n’est en réalité qu’une petite bataille qui cache le but ultime, celui de gagner la vraie guerre, celle qui consiste à dominer le commerce, dominer les mers pour dominer le monde.
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