χ

Ian, une "catastrophe" pour le secteur des cigares cubains

(AFP)

AFP

Le 30 septembre 2022

"C'est une catastrophe", se désole Maritza Carpio devant les débris de son séchoir à tabac. Dans l'ouest de Cuba, où se cultive les meilleures feuilles pour confectionner les célèbres cigares, le passage de l'ouragan Ian a été dévastateur pour ce secteur vital de l'économie locale.

Dans la région de Vuelta Abajo, dans la province de Pinar del Rio (ouest), la plus durement touchée mardi par le passage de l'ouragan, rares sont les séchoirs qui ont résisté aux rafales à plus de 200 km/h.

"Nous n'avions jamais vécu une catastrophe de cette envergure", explique à l'AFP Mme Carpio dans sa ferme de San Luis, à 175 km à l'ouest de La Havane.

Dans le contexte de profonde crise économique que traverse le pays, la "situation est extrêmement difficile pour tous les agriculteurs (... ) nous ne savons pas comment nous allons affronter cela", soupire-t-elle.

Outre les vents qui ont emportés les séchoirs à tabac (des constructions en bois et aux toits de palmes qui permettent aux feuilles d'obtenir la bonne dose de soleil et d'humidité), les pluies torrentielles ont raviné les champs que les paysans étaient en train de préparer pour les semis d'octobre.

"C'est un coup sur la tête, ça va freiner la campagne de semence", renchérit Sergio Luis Martinez, 59 ans, qui a également perdu son séchoir à Pinar del Rio.

Vuelta Abajo est la seule région du pays où poussent trois types de feuilles qui permettent l'élaboration des fameux havanes, source de revenus vitale pour l'île. A San Luis, "226 tonnes" de tabac de la récolte d'août ont été abîmées, selon la télévision locale.

En 2021, Cuba a exporté pour 568 millions de dollars de cigares, soit une hausse de 15% par rapport à l'année précédente, selon Habanos S.A qui commercialise toutes les marques cubaines.

L'entreprise publique Tabacuba, qui achète aux producteurs privés 95% de leur récolte, n'a pas été épargnée : centre de tri, hangars et bureaux ont été endommagés.

- "Vega fina " -

L'ouragan de catégorie 3 qui a frappé la province de Pinar del Rio pendant six heures a causé la mort de deux personnes et des dégâts considérables. Les autorités avaient évacué préventivement quelque 50.000 personnes.

Il a également fortement endommagé le réseau électrique, faisant basculer l'ensemble des 11,2 millions d'habitants de l'île dans le noir. Deux jours après, le courant n'était toujours pas rétabli dans l'ouest du pays.

En quelques heures, Ian a ruiné des décennies de travail. Dans la propriété de Maritza Carpio, beaucoup d'arbres ont été déracinés, une jeune plantation de bananiers dévastée.

Ici, "il y avait un air bucolique, on pouvait dire +que c'est beau+, maintenant tout est moche", se désole la propriétaire qui héberge sa voisine Caridad Alvarez, 59 ans, une ouvrière agricole dont la maison a été détruite.

Les conséquences ne sont pas seulement économiques, il y a aussi le coût sentimental. "C'était une ferme ancienne, construite en bois par mon grand-père, entretenue par mon père qui est mort en avril à l'âge de 93 ans", raconte Mme Carpio.

Le président cubain, Miguel Diaz-Canel, s'est rendu mardi après le passage de l'ouragan dans la province de Pinar del Rio qui produit 65% du tabac du pays. "Les dégâts sont importants, même si nous n'avons pas encore pu les évaluer" avec précision, a-t-il déclaré.

La propriété de Mme Carpio a le label "Vega fina", une certification nécessaire pour cultiver du tabac qui sert ensuite à confectionner les cigares. Cette année, la récolte a permis d'obtenir 4,8 tonnes de feuilles de cape, ces feuilles sélectionnées avec soin pour entourer les cigares.

L'exploitante sait qu'il va falloir remettre sur pied sa ferme en un temps record pour les semailles, mais estime que cela sera difficile sans un appui du gouvernement.

Le 30 septembre 2022

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

En direct du stade Al Thumama au Qatar : ambiance du public marocain