Entre l’Afghanistan et le Pakistan, des routes ruineuses pour le commerce

(AFP)

Le 29 juillet 2021

Pour les transporteurs routiers passant par le poste-frontière de Chaman, dans le sud-ouest du Pakistan, les coûts se sont envolés depuis que les talibans ont pris le contrôle du côté afghan de la frontière à la mi-juillet.

Une double taxation est maintenant imposée par les officiels afghans et les talibans, et des bandits de grand chemin exigent des pots-de-vin pour laisser passer les marchandises.

Des milliers de véhicules traversent chaque jour la frontière entre Chaman et le district afghan de Spin Boldak, en direction de Kandahar, la deuxième plus grande ville d’Afghanistan (sud).

Sur le chemin du retour, ils ramènent le plus souvent des produits agricoles destinés aux marchés ou aux ports du Pakistan.

Les chauffeurs routiers interviewés cette semaine à Chaman par l’AFP ont raconté le chaos et la confusion régnant du côté afghan de la frontière.

« Nous avons chargé des raisins à Kandahar et sur la route, on nous a extorqués au moins trois fois », raconte à l’AFP, à Chaman, Hidayatullah Khan, un conducteur afghan de poids lourd.

« Parfois, ils nous font payer 3.000 roupies (15 euros), ailleurs 2.000, et encore ailleurs 1.000 », ajoute-t-il.

Tout ceci est sans compter sur les taxes officielles perçues par les fonctionnaires afghans des douanes, qui travaillent désormais depuis Kandahar, et par les talibans à Spin Boldak.

– Source vitale de revenus –

Les échanges se sont momentanément arrêtés à Chaman quand les talibans se sont emparés du district de Spin Boldak le 14 juillet, avant de reprendre cette semaine.

Le commerce bilatéral entre les deux pays est d’une valeur d’au moins plusieurs centaines de millions d’euros.

Les talibans se sont emparés de vastes pans de territoire, essentiellement ruraux, après avoir lancé une offensive majeure au début mai qui a coïncidé avec le retrait, presque achevé, des dernières forces internationales, présentes en Afghanistan depuis 20 ans.

Les forces afghanes ne contrôlent plus, outre Kaboul, que les principaux axes routiers et les capitales provinciales. Même si les talibans se sont récemment rapprochés de plusieurs grandes villes, dont Kandahar.

Les insurgés ont aussi mis la main sur plusieurs postes-frontières clés, avec l’Iran, le Tadjikistan, le Turkménistan et le Pakistan, qui sont une source vitale de revenus, tirés des droits de douane, pour ce pays enclavé.

Imran Kakar, vice-président de la Chambre de commerce pakistano-afghane, donne l’exemple d’un camion qui transportait du tissu de Karachi, la grande ville portuaire du sud pakistanais, à Kandahar.

Les talibans ont fait payer 150.000 roupies (780 euros) de frais de douane au chauffeur à Spin Boldak. Mais quand celui-ci a atteint Kandahar, les fonctionnaires des douanes l’attendaient.

Il a « dû payer de forts droits de douane, car ils ne tiennent pas compte des paiements effectués auprès des talibans », explique M. Kakar.

– Un voyage dangereux –

Ces histoires rappellent la situation de l’Afghanistan lors de la sanglante guerre civile qui avait suivi le retrait en 1989 de l’Union soviétique. De multiples milices contrôlaient chacune une portion des grandes voies commerciales et extorquaient à volonté les habitants et camionneurs.

Mercredi, des centaines de camions étaient alignés à Chaman, leurs chauffeurs attendant qu’on leur donne la permission de traverser.

Sur cette plaine poussiéreuse, des collines escarpées à l’horizon, les conducteurs et les apprentis mécaniciens les accompagnant préparaient leur véhicule au rude périple à venir.

Même si Kandahar n’est qu’à une centaine de kilomètres de la frontière, le voyage est parsemé de dangers.

Les véhicules et les routes sont mal entretenus en Afghanistan. Les postes de contrôle de la police et de l’armée sont fréquents, et les chauffeurs y sont souvent invités à laisser « l’argent du thé », voire parfois plus.

Les brigands sont aussi à l’affût, soit pour voler des biens, soit pour exiger de l’argent contre le droit de poursuivre son chemin. Et il y a toujours le risque de se retrouver piégé au milieu de combats entre les talibans et les forces gouvernementales.

Mais pour survivre, commerçants et routiers doivent continuer à prendre la route. « La guerre se poursuit, on le sait, mais nous n’avons pas d’autre choix », souligne Abdul Razzaq, qui transporte des poussins vers Kandahar.

« Transporter ces produits est le seul moyen pour nous de nourrir nos familles ».

Le 29 juillet 2021

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