Biodiversité: l’écolo chinois qui met le feu au lac

Le 16 novembre 2021 à 6h19

Modifié 16 novembre 2021 à 6h19

Il est presque aveugle, n’a pas fait d’études et vit sans un sou en poche. Mais avec sa voix de stentor, le militant vert Zhang Zhengxiang protège l’un des lacs les plus pollués de Chine, exaspérant industriels et institutions.

De loin, le lac Dian semble séduisant dans son écrin de montagnes du sud-ouest de la Chine. Mais vu de près, d’étranges taches vertes flottent à la surface du lac vaste comme la moitié du Léman: les algues produites par des décennies de pollution.

Le lac est le champ de bataille de Zhang Zhengxiang, né sur ses rives il y a 74 ans. Plusieurs fois par semaine, il en fait le tour à la recherche des fauteurs de pollution, qu’il photographie avec ce qui lui reste d’oeil gauche.

« Le lac est un être vivant mais il n’a pas voix au chapître. C’est mon devoir de le défendre », résume l’homme, au teint mat des Chinois du Sud.

Le lac Dian arrose la ville de Kunming, où la Chine réunit, cette année et la prochaine, une conférence de l’ONU consacrée à la biodiversité, la COP15.

Mais de biodiversité, il n’y en a plus guère dans l’étendue d’eau, victime de décennies de rejets agricoles, industriels, miniers, humains…

A en croire la presse chinoise, Pékin a investi plus de 50 milliards de yuans (6,7 milliards d’euros) pour protéger le lac, construisant une trentaine de stations d’épuration et détournant une rivière pour l’alimenter en eau pure.

Mais la surface de l’eau est toujours aussi trouble, dénonce M. Zhang, planté sur un ponton en surplomb du lac. « Quand j’étais enfant, on voyait le fond. Quand j’avais soif, je buvais l’eau du lac, on s’en servait pour faire la cuisine ».

A la fin des années 1950, pendant la Grande famine qui devait tuer des dizaines de millions de Chinois, Zhang Zhengxiang, orphelin, survit en se nourrissant de poissons et des fruits qu’il cueille en forêt.

« Le lac Dian, c’est ma deuxième mère », résume-t-il.

– « Tigre d’acier » –

C’était sans compter avec le développement phénoménal de la Chine depuis le début des années 1980. Les industriels se ruent sur la région au riche sous-sol minier et déversent leurs déchets dans le plan d’eau.

« L’eau est devenue du poison. On ne peut ni la boire ni s’en servir, ni même la toucher », assure le militant vert.

Zhang Zhengxiang a juré de défendre la région. Sa méthode: dénoncer aux autorités l’exploitation illégale des ressources, les décharges clandestines, les constructions sans permis… Ses lettres se comptent par dizaines de milliers.

Parmi ses victimes: son ami Zhou Guangwen. Il y a des années, M. Zhang a dénoncé une mine illégale aux autorités… sans savoir qu’elle lui appartenait.

« Je l’ai détesté quand il m’a dénoncé. J’avais investi beaucoup d’argent et j’ai tout perdu », raconte M. Zhou.

« Et puis j’ai commencé à comprendre et à le soutenir. Il protège le lac Dian avec sa vie. Si quelqu’un constate une pollution ou une destruction, il sait qu’il peut contacter Zhang qui viendra vérifier », explique-t-il.

Au besoin, l’écologiste alerte la presse locale. Dans sa masure, défendue par un chien furieux, il montre les dizaines d’articles consacrés à ses multiples combats.

Mais il a fort affaire face à de puissants intérêts économiques alliés aux dirigeants locaux.

« Les cadres locaux, les propriétaires de mines et de carrières qu’il a dénoncés… beaucoup de gens le détestent », témoigne son ami Zhou.

Le militant est heurté en 2002 par un camion sans plaque d’immatriculation, alors qu’il s’apprête à photographier une carrière. Il perd la vue de l’oeil droit et se casse un bras.

« Je n’ai pas peur », assure-t-il. « Ce sont des tigres de papier et moi je suis un tigre d’acier ».

– « Source d’inspiration » –

Il faut attendre les années 2000 pour que le souci de l’environnement commence à s’imposer en Chine. L’homme du lac revendique à son tableau de chasse la fermeture de plus de 200 mines et usines.

En 2009, c’est la consécration: il est récompensé par la télévision nationale du titre de « source d’inspiration pour la Chine ». La chaîne salue en lui « un véritable ambassadeur de l’environnement ».

Zhang Zhenxiang reconnaît qu’après des années d’efforts, « l’environnement de tout le bassin du lac Dian s’améliore ». Mais le combat est loin d’être fini.

En mai, un site immobilier géant sur la rive orientale est déclaré illégal, une nouvelle victoire pour M. Zhang qui avait adressé plus de 2.000 lettres à la mairie contre ce projet d’un millier de logements.

En juillet, un rapport du ministère de l’Environnement épingle la mairie de Kunming en expliquant que, malgré les stations d’épuration, 140 millions de m3 d’eau d’égout mélangée à de la pluie se déverse chaque année dans le lac.

Un ancien maire adjoint, chargé pendant des années de la lutte contre la pollution aquatique, vient d’être placé sous enquête fin octobre. Auparavant, l’homme avait été également à la tête d’une entreprise ayant le monopole de la gestion des eaux de la ville…

Zhang Zhengxiang n’en continue pas moins de pester contre l’état dans lequel le développement a mis sa région.

Comme quand il emmène l’AFP sur un terrain pierreux récemment planté d’arbres, à moins d’un kilomètre de la rive ouest.

« C’est une ancienne carrière avec une cimenterie », explique-t-il. « Elle a été fermée au début des années 2000, et puis comblée pendant des années avec des déchets récupérés au fond du lac. Dès qu’il pleut, la pollution retourne dans le lac… »

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