Aux Etats-Unis, trois cafés Starbucks au coeur d’une âpre lutte sur la syndicalisation

(AFP)

Le 19 novembre 2021

« Sans nous, il n’y aurait pas de Starbucks. On veut juste avoir notre mot à dire »: comme quelques dizaines d’employés du groupe américain, Casey Moore veut créer un syndicat. Au grand dam de leur direction qui s’évertue à les en empêcher.

La bataille a commencé fin août, quand 49 employés de trois établissements de Buffalo, près des chutes du Niagara dans le nord du pays, ont officiellement déposé une demande sous le nom de « Starbucks Workers United ».

Les dirigeants de la chaîne de cafés n’ont pas tardé à riposter, envoyant en mission dans la localité un bataillon de cadres, dont l’emblématique ancien patron Howard Schultz.

Cette lutte semble faire écho à la tentative de syndicalisation, infructueuse, des salariés d’un entrepôt d’Amazon dans l’Alabama en avril dernier.

Richard Bensinger, un syndicaliste chevronné qui apporte son aide à « Starbucks Workers United », assure n’avoir jamais vu dans sa carrière débarquer autant de responsables pour faire pression sur les employés.

« Pourquoi sont-il aussi effrayés de voir des baristas créer un syndicat? », s’interroge-t-il en évoquant les nombreuses réunions organisées par la direction pour les inciter à voter contre. « C’est indigne » de la part d’une entreprise plutôt progressiste, estime-t-il.

Starbucks n’a pas souhaité répondre aux sollicitations de l’AFP.

Dans un message posté sur le site du groupe début novembre, Howard Schultz l’assure: « aucun employé n’a jamais eu besoin d’avoir un représentant pour demander des avantages déjà accordés par Starbucks ».

Quelques jours plus tôt, sans mention des événements à Buffalo, l’entreprise a annoncé une augmentation de son salaire minimum dans tout le pays à au moins 15 dollars de l’heure à l’été 2022 et, pour la première fois en cinquante ans d’existence, une prime d’ancienneté.

– Mobilisation générale des travailleurs –

Starbucks a déposé deux recours auprès de l’agence chargée du droit du travail (NLRB), d’abord en septembre pour demander à ce que les 20 établissements de la zone votent ensemble, puis deux jours avant l’envoi des bulletins de vote pour suspendre le scrutin le temps que l’agence reconsidère sa première décision. En vain.

Les bulletins ont été envoyés le 10 novembre. Les employés ont jusqu’au 8 décembre pour répondre, le décompte aura lieu le 9.

Pour Cedric de Leon, spécialiste des mouvements de travailleurs à l’université Massachusetts Amherst, l’initiative s’inscrit dans une tendance plus large d’un regain de mobilisation aux Etats-Unis, depuis de premières grèves d’enseignants en 2018 jusqu’au récent débrayage de 10.000 employés du fabricant de tracteurs John Deere.

Si un seul café parvient à se syndiquer, « cela pourrait créer une vague au sein de l’entreprise », avance-t-il. D’autant que les employés sont conscients d’être en position de force puisque les entreprises peinent actuellement à recruter.

Des employés de trois autres établissements à Buffalo ont déjà déposé un dossier mi-novembre.

Casey Moore, 25 ans, l’assure: elle aime travailler à Starbucks, qui offre une assurance maladie et un emploi du temps flexible lui permettant de préparer un retour aux études. Mais, dit-elle, « on nous a appelé des travailleurs essentiels pendant la pandémie, et on gagne à peine plus que le salaire minimum », de 15 dollars de l’heure dans l’Etat de New York.

La résistance de l’entreprise l’étonne. « C’est insensé le nombre de gens qu’ils ont envoyés dans nos cafés, probablement plus de 100 cadres et managers de tout le pays », dit-elle.

A contrario, « Starbucks Workers United » a aussi reçu beaucoup de soutien, d’autres employés de la chaîne ou de personnalités comme la star de l’aile gauche démocrate, Alexandria Ocasio-Cortez, et la procureure de l’Etat de New York, Letitia James.

Pour Richard Bensinger, le mouvement est porté par les plus jeunes qui se demandent « pourquoi ils vivraient à peine de leur salaire, tout en travaillant pour une des entreprises les plus riches au monde ».

Sans vouloir prédire l’issue du vote, il se dit « confiant ».

Pour Ruth Milkman, sociologue du travail à l’Université de la ville de New York (CUNY), il est encore trop tôt pour déterminer si un succès pourrait enclencher une vague de syndicalisation dans la mesure où la loi américaine « donne toutes les cartes aux employeurs ».

Des salariés de Walmart tentent en vain depuis des années de se syndiquer, rappelle-t-elle. Le taux de syndicalisation dans le secteur privé n’est que de 6,3%.

Joe Biden a bien soutenu des mesures censées réduire les obstacles à la syndicalisation, mais ces dernières restent pour l’instant bloquées au Sénat.

Le 19 novembre 2021

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