Malgré la dette et la crise des retraites, le système financier marocain résiste

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Par | Le 28/7/2026 à 9:52
La première conférence de presse consacrée au Rapport sur la stabilité financière a mis en avant la résilience du système financier marocain en 2025. Soutenue par une croissance économique plus forte, la solidité des banques, la bonne tenue des assurances et le dynamisme des marchés de capitaux, cette résilience n'efface toutefois pas plusieurs facteurs de vigilance, notamment la hausse de l'endettement des ménages et des entreprises, les déséquilibres des régimes de retraite et un environnement international toujours marqué par de fortes incertitudes.

L'essentiel

  • Le système financier marocain est resté résilient en 2025, porté par une croissance économique de 4,9%, des banques solides, un secteur des assurances en progression et des marchés de capitaux dynamiques, malgré un contexte international toujours incertain.
  • Le rapport met toutefois en évidence plusieurs points de vigilance, notamment l’accélération de l’endettement des ménages et le niveau toujours élevé de celui des entreprises, ainsi que les déséquilibres structurels qui continuent de peser sur les principaux régimes de retraite.
  • Les autorités jugent les risques systémiques maîtrisés : les stress tests confirment la solidité des banques et des assureurs, et le coussin de fonds propres contracyclique (CCyB) reste maintenu à 0%, faute de risques cycliques justifiant son activation.

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Les détails

Pour la première fois depuis la publication du Rapport sur la stabilité financière en 2013, Bank Al-Maghrib, l'Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) et l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) ont organisé, ce 27 juillet, une conférence de presse dédiée à la présentation des principaux enseignements de ce document annuel.

La présentation a été assurée par Touria Dahani, directrice de la surveillance macroprudentielle à Bank Al-Maghrib, Amal Souifi, directrice de la régulation et de la normalisation des assurances à l'ACAPS, Mimoun Zbayer, directeur de la prévoyance sociale à l'ACAPS, et Ikhlas Mettioui, directrice de la gestion d'actifs et de la protection de l'épargne à l'AMMC. Le rapport, approuvé par le Comité de coordination et de surveillance des risques systémiques (CCSRS) le 7 juillet 2026, dresse un constat globalement positif sur la résilience du système financier marocain, tout en appelant à maintenir une vigilance accrue face aux risques émergents.

Le patrimoine des ménages progresse, mais leur endettement s'accélère

Il y a une amélioration de la situation financière des ménages, portée par la hausse de leur patrimoine financier, qui atteint 1.192 milliards de dirhams à fin 2025. Celui-ci est constitué principalement de 935 milliards de dirhams de dépôts bancaires et de 114 milliards de dirhams de placements en valeurs mobilières.

Cette évolution positive s'accompagne toutefois d'une accélération de l'endettement. La dette des ménages a progressé à 456 milliards de dirhams, soit 27% du PIB, enregistrant sa plus forte hausse depuis 2012 sous l'effet de l'accélération des crédits à l'habitat et à la consommation. Le taux de défaut demeure élevé à 10,3%, tandis que la part des ménages supportant une charge de remboursement supérieure à 40% de leurs revenus continue d'augmenter.

Des entreprises moins fragiles, mais un niveau d'endettement qui reste élevé

Les chiffres présentés font également état d'un renforcement progressif de la situation financière des entreprises non financières. L'encours de leurs crédits bancaires s'est établi à 657 milliards de dirhams, soit 39% du PIB, tandis que l'encours des émissions obligataires a atteint 124 milliards de dirhams. Malgré cette progression, la qualité du portefeuille de crédit demeure un point de vigilance, avec un taux de défaut de 11,2%.

L'analyse d'un échantillon de 116.406 entreprises montre par ailleurs une amélioration graduelle de leur structure financière. La part de la dette financière à moyen et long termes est revenue à 43% des capitaux permanents, contre 46% un an auparavant, tandis que la dette financière à court terme représente près de 11% du chiffre d'affaires, en légère baisse sur un an.

Les délais de paiement interentreprises poursuivent leur amélioration. Le délai moyen de règlement des créances clients est revenu à 98 jours de chiffre d'affaires en 2024, contre 123 jours un an auparavant, tandis que le délai moyen de paiement des fournisseurs est passé de 80 à 70 jours d'achats.

Les banques confortent leur solidité

Le secteur bancaire continue d'afficher des fondamentaux jugés solides. En 2025, les crédits à la clientèle ont progressé de 6,9%, tandis que les dépôts ont augmenté de 7,7%, montrant la poursuite du dynamisme de l'intermédiation bancaire.

La qualité des actifs s'est légèrement améliorée pour la deuxième année consécutive. Le taux de créances en souffrance est revenu à 8,3%, contre 8,4% en 2024, alors que le taux de couverture est demeuré stable autour de 68%.

Cette évolution s'est traduite par un net redressement de la rentabilité. Le résultat net sur base sociale des banques s'est élevé à 19,4 milliards de dirhams, en progression de 22,7%. Cette hausse est portée par un produit net bancaire de 74 milliards de dirhams et par une baisse de 25,1% du coût du risque. Le rendement des actifs (ROA) atteint 1%, tandis que le rendement des fonds propres (ROE) s'établit à 11,1%.

Sur le plan prudentiel, les indicateurs demeurent largement supérieurs aux exigences réglementaires. Le ratio moyen de solvabilité ressort à 16,1%, le ratio de fonds propres de catégorie 1 à 13,5% et le ratio de levier à 7,73%. Les exercices de macro-stress tests confirment, selon le rapport, la capacité des banques à absorber des chocs macroéconomiques sévères tout en respectant les exigences prudentielles.

Le rapport attire néanmoins l'attention sur la poursuite de la hausse des engagements envers les grands débiteurs, qui représentent désormais l'équivalent de trois fois les fonds propres prudentiels du secteur, contre 2,8 fois un an auparavant. Par ailleurs, les besoins de liquidité des banques ont continué d'augmenter sous l'effet notamment de la progression de la circulation fiduciaire. Dans ce contexte, les injections quotidiennes moyennes de Bank Al-Maghrib ont atteint 138 milliards de dirhams en 2025. Malgré cela, le ratio de liquidité à court terme des banques conventionnelles demeure confortable à 172%, largement au-dessus du seuil réglementaire.

Enfin, sur le plan macroprudentiel, les autorités estiment que les indicateurs de suivi ne justifient toujours pas l'activation du coussin de fonds propres contracyclique, dont le taux reste fixé à 0%. La liste des banques d'importance systémique nationale demeure, elle aussi, inchangée.

Le secteur des assurances poursuit sa croissance

Le rapport relève que le secteur des assurances a évolué dans un environnement économique favorable en 2025, ce qui lui a permis de poursuivre sa dynamique de croissance. Le chiffre d'affaires global s'est établi à 63,2 milliards de dirhams, en hausse de 7,5% par rapport à l'exercice précédent. Cette progression est portée à la fois par la branche Vie, dont l'activité a augmenté de 8,4% grâce notamment à une collecte de l'épargne en hausse de 8,9%, et par la branche Non-Vie, qui affiche une croissance de 6,6%.

Les performances financières du secteur se sont également améliorées. Le résultat net agrégé des compagnies d'assurances atteint 5,3 milliards de dirhams, soit une progression de 21,4% sur un an, soutenue principalement par la bonne tenue des produits financiers. Cette évolution porte le rendement des fonds propres (ROE) à 11,1%, son niveau le plus élevé des dix dernières années.

Le rapport met également en avant l'effet favorable de la hausse des marchés financiers sur les portefeuilles des assureurs. Les plus-values latentes ont atteint un niveau record de 62,5 milliards de dirhams, représentant 23,8% des placements. Cette évolution contribue directement au renforcement de la solvabilité du secteur. Le ratio réglementaire de marge de solvabilité progresse ainsi de 54,7 points pour atteindre 409,4% à fin 2025.

Les exercices de stress tests réalisés par l'ACAPS concluent, par ailleurs, à une résilience globale des entreprises d'assurances face à différents scénarios macroéconomiques et techniques défavorables.

Les régimes de retraite restent confrontés à des déséquilibres structurels

Les principaux régimes de retraite ont bénéficié en 2025 d'une amélioration temporaire de certains indicateurs financiers, liée aux augmentations salariales issues du dialogue social du 29 avril 2024. Cette évolution a renforcé les ressources des régimes du secteur public, mais elle ne modifie pas fondamentalement leur trajectoire de long terme.

Les quatre principaux régimes analysés – la CMR-RPC, la branche long terme de la CNSS, le RCAR et la CIMR – couvrent 5,1 millions d'actifs pour 1,5 million de pensionnés, soit un ratio démographique de 3,4 actifs pour un retraité. Les cotisations se sont élevées à 73 milliards de dirhams, tandis que les prestations ont atteint 75,3 milliards de dirhams. Les réserves cumulées représentent 340,8 milliards de dirhams, auxquelles s'ajoutent 14,7 milliards de dirhams de produits financiers.

Les cotisations ont progressé de 9,3% en 2025, un rythme supérieur à la moyenne des dix dernières années (7,6%), tandis que les prestations ont augmenté de 5,8%, contre une moyenne historique de 6,9%. Cette évolution a contribué à une amélioration des soldes techniques des différents régimes.

Cette amélioration demeure insuffisante pour modifier significativement l'horizon de viabilité de certains régimes. Les hausses salariales prolongent légèrement les perspectives du régime CMR-RPC, mais ne résolvent pas ses déséquilibres structurels. Elles conduisent même, pour le RCAR-RG, à une dégradation de certains indicateurs d'équilibre en raison d'une sous-tarification des droits servis. Quant à la branche long terme de la CNSS, son excédent actuel repose largement sur une démographie favorable, sans corriger les déséquilibres structurels de son financement. Le rapport réaffirme ainsi la nécessité d'une réforme systémique fondée sur la création de deux pôles, public et privé, afin d'assurer la soutenabilité financière du système de retraite sur le long terme.

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