Cotées, mais rarement échangées : le grand écart de la Bourse de Casablanca

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Par | Le 23/7/2026 à 15:44
Certaines actions cotées à Casablanca ne s’échangent que très rarement. Pourtant, rester en bourse conserve plusieurs avantages pour les entreprises, même lorsque leur titre manque de liquidité. Visibilité, crédibilité, accès au financement ou coût d’un éventuel retrait... voici pourquoi elles conservent leur place à la cote.

L'essentiel

  • La faible liquidité d’une action ne reflète pas nécessairement les performances de l’entreprise. Elle peut résulter d’un flottant limité ou de la conservation durable des titres par les actionnaires.
  • Le maintien en bourse continue d’apporter à l’entreprise de la visibilité, de la crédibilité et un accès potentiel au financement.
  • L’amélioration de la liquidité passe notamment par l’élargissement du flottant, une meilleure communication financière et une animation accrue du titre.

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Les détails

Les valeurs connaissant des séances sans échange représentent, en nombre, une proportion importante du marché boursier marocain. Au premier semestre 2026, la Bourse de Casablanca a compté 120 séances. Sur les 77 valeurs effectivement négociables retenues dans notre analyse, seules 42 ont enregistré des échanges durant l’ensemble de ces séances. Les 35 autres ont connu au moins une journée sans aucune transaction, tandis que neuf titres ont été échangés pendant moins de la moitié du semestre.

Pour certaines sociétés, l’activité est particulièrement réduite. Auto Nejma n’a été traitée que durant neuf séances, avec seulement 14 actions échangées sur six mois. Dari Couspate n’a enregistré des échanges que durant 15 séances et 500 titres échangés. Unimer, Maroc Leasing, Agma, Balima ou encore Oulmès affichent également une présence très limitée sur le marché, avec parfois seulement quelques centaines d’actions ayant changé de main durant tout le semestre.

La fréquence ne suffit d’ailleurs pas, à elle seule, à mesurer la liquidité. Certaines valeurs sont traitées presque quotidiennement, mais pour des montants très faibles. À l’autre extrémité, une dizaine de grandes valeurs concentre l’essentiel des échanges. La cote casablancaise apparaît ainsi partagée entre un noyau de titres très actifs et une large population d’actions dont les échanges restent rares ou peu importants.

Dès lors, une question se pose : quel intérêt une entreprise a-t-elle à rester cotée lorsque son action ne s’échange presque jamais ?

La liquidité dépend aussi du profil de l’investisseur

"La liquidité d’une action n’est pas perçue de la même manière par tous les investisseurs. Tout dépend de leur horizon de placement, de leurs objectifs et de la rapidité avec laquelle ils souhaitent pouvoir récupérer leur argent", explique un directeur dans une société de bourse.

"Un investisseur de court terme privilégiera généralement les actions dont les échanges sont suffisamment fréquents et importants pour lui permettre d’acheter ou de vendre rapidement, sans provoquer de variation excessive du cours ni devoir consentir une forte décote", ajoute notre source.

À l’inverse, un investisseur de long terme peut accepter de se positionner sur une action peu échangée, s’il estime que l’entreprise dispose d’un potentiel de développement important. Il ne cherche pas nécessairement une hausse immédiate du cours et peut conserver ses titres pendant plusieurs années.

"La faible liquidité d’une action ne signifie donc pas automatiquement que l’entreprise est peu performante. Elle peut simplement traduire le fait que ses actionnaires préfèrent conserver leurs titres plutôt que les remettre sur le marché", explique-t-il.

"Le rendement du dividende peut également pousser les investisseurs à conserver une valeur peu liquide. Certains institutionnels recherchent avant tout des revenus réguliers et peuvent accepter que le titre soit difficile à revendre, dès lors que la société distribue des dividendes suffisamment attractifs".

"Un investisseur de long terme peut parfaitement acheter une action peu liquide s'il en attend un rendement régulier. Il ne cherche pas forcément à réaliser rapidement une plus-value", ajoute notre interlocuteur.

"Les investisseurs spéculatifs, en revanche, évitent généralement ce type de titres. Une action peu échangée peut être difficile à vendre au moment souhaité, faute d’acheteurs en face. À l’inverse, les investisseurs qui misent sur la croissance future ou sur les dividendes peuvent accepter cette contrainte et garder leurs actions malgré la faiblesse des échanges".

"Certains investisseurs se détournent aussi des actions dont le cours évolue très rapidement. Ils peuvent préférer des valeurs moins animées, qu’ils considèrent comme plus stables. Cette stabilité doit toutefois être relativisée : un cours peut rester inchangé simplement parce qu’aucune transaction n’a été réalisée. Cela ne signifie pas nécessairement que le risque est plus faible".

Quel intérêt à rester coté ?

"La faiblesse des échanges ne signifie pas que la cotation ne présente plus aucun intérêt pour l’entreprise. Être présent en bourse lui apporte d’abord une visibilité auprès de ses partenaires, de ses clients, de ses fournisseurs et des établissements financiers", continue notre source.

Le statut de société cotée impose également des obligations de publication, de transparence et de gouvernance. Ces contraintes peuvent renforcer sa crédibilité et faciliter ses relations avec les banques ou de futurs investisseurs.

"La cotation conserve une valeur en elle-même. Même si l’action s’échange peu, l’entreprise bénéficie toujours de la notoriété et de la crédibilité associées à sa présence en bourse", souligne notre source.

"La société conserve également la possibilité de revenir vers le marché pour lever de nouveaux fonds. Elle peut procéder à une augmentation de capital, émettre de nouveaux titres ou utiliser son action dans le cadre d’une opération de rapprochement. Sortir de la cote lui ferait perdre cette option".

"Le retrait de la cote représente par ailleurs une opération coûteuse. Les actionnaires majoritaires doivent obligatoirement déposer une offre publique de retrait afin de permettre aux minoritaires de céder leurs titres. Ils doivent donc disposer des ressources nécessaires pour racheter les actions qu’ils ne détiennent pas encore".

"Le maintien de la cotation peut ainsi résulter d’un véritable choix stratégique, mais aussi d’une simple contrainte financière. Tant que rester coté procure des avantages et que le retrait coûte cher, les actionnaires n’ont pas forcément intérêt à engager une radiation".

"La Bourse de Casablanca a déployé beaucoup d’efforts pour encourager les entreprises à s’introduire et élargir la cote. L’enjeu aujourd’hui est de poursuivre cette dynamique en travaillant davantage sur la liquidité des sociétés déjà cotées, notamment à travers l’élargissement du flottant, une meilleure animation des titres et un intérêt accru des investisseurs".

Flottant, capitalisation et nombre de titres

La liquidité dépend également de la structure du capital. En principe, plus le flottant est important, plus le nombre d’actions susceptibles d’être achetées ou vendues est élevé. À l’inverse, lorsqu’un actionnaire de contrôle détient la quasi-totalité du capital, très peu de titres restent disponibles sur le marché.

Mais le taux de flottant doit être rapproché du nombre total d’actions. Un flottant de 5% n’a pas la même signification pour une société dont le capital est divisé en 100.000 actions que pour une entreprise dont le capital est divisé en plusieurs millions d’actions.

"Deux entreprises peuvent afficher le même taux de flottant sans offrir la même quantité de titres au marché. Il faut donc regarder à la fois le pourcentage, le nombre d’actions et la capitalisation", précise la même source.

Lorsque le flottant est réduit et que ses détenteurs conservent leurs titres, les transactions diminuent mécaniquement. L’illiquidité ne vient alors pas nécessairement d’un manque de confiance envers l’entreprise, mais simplement d’une quantité insuffisante de titres disponibles à l’achat et à la vente.

Quand l’entreprise disparaît des radars

La structure du capital n’explique pas tout. La communication financière joue également un rôle dans l’intérêt porté à une action. Une société qui communique peu, présente rarement sa stratégie et donne peu de visibilité sur ses perspectives aura plus de difficulté à attirer de nouveaux investisseurs.

"Certaines sociétés deviennent presque invisibles sur le marché. Elles publient le minimum réglementaire, mais donnent peu d’informations sur leurs projets ou leurs ambitions. Les investisseurs finissent alors par ne plus s’intéresser au titre", relève notre interlocuteur.

La faible couverture par les analystes peut renforcer cette situation. Lorsqu’aucune société de bourse ne suit régulièrement une entreprise, les investisseurs disposent de moins d’éléments pour évaluer son potentiel. L’absence d’actualité, d’opérations financières ou de nouveaux projets réduit également les raisons de s’intéresser à l’action.

Enfin, l’illiquidité peut être temporaire. Une rumeur défavorable ou une incertitude entourant l’entreprise peut conduire les investisseurs à suspendre leurs décisions, en attendant une clarification.

"Quand une information non confirmée circule et que l’entreprise ne réagit pas rapidement, les acheteurs comme les vendeurs peuvent rester en retrait. Les échanges ralentissent jusqu’à ce que la situation soit clarifiée", conclut notre interlocuteur.

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