L'essentiel
- Casablanca Finance City a mené un roadshow en Chine pour attirer les entreprises et investisseurs souhaitant utiliser le Maroc comme plateforme d'expansion vers l'Afrique.
- CFC cible principalement les institutions financières, les holdings, les prestataires de services et les sièges régionaux d'entreprises, plutôt que les unités industrielles.
- Le centre financier met en avant son statut, son écosystème de près de 300 membres et ses facilités opérationnelles pour accompagner les groupes chinois dans le pilotage de leurs activités africaines.
- Au-delà du commerce et des infrastructures, CFC observe un intérêt croissant des investisseurs chinois pour les services financiers, les paiements transfrontaliers, les plateformes logistiques, la transition énergétique et la finance durable.
- CFC entend s'appuyer sur les Nouvelles routes de la soie et sur ses partenariats avec plusieurs places financières chinoises pour renforcer son rôle de passerelle entre la Chine, le Maroc et l'Afrique.
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Les détails
Après avoir mené un roadshow dans plusieurs villes chinoises, Casablanca Finance City (CFC) entend renforcer son positionnement auprès des entreprises et investisseurs chinois souhaitant développer leurs activités en Afrique.
Cette initiative s'inscrit dans un contexte de renforcement des relations économiques entre la Chine, le Maroc et l'Afrique, marqué par la montée en puissance des investissements chinois dans le Royaume. Dans un récent entretien accordé à Médias24, l'ambassadrice de Chine au Maroc, Yu Jinsong, indiquait que les investissements directs chinois au Maroc avaient dépassé les 10 milliards de dollars, témoignant d'un changement d'échelle dans les relations économiques entre les deux pays.
L'objectif de CFC est de se positionner comme une plateforme de référence pour les groupes chinois à la recherche d'une base régionale leur permettant de structurer et de piloter leurs opérations africaines.
Dans ce contexte, Aziz El Khyari, directeur du développement des affaires et des partenariats institutionnels de Casablanca Finance City, revient, dans un entretien accordé à Médias24, sur les profils ciblés, les secteurs les plus prometteurs ainsi que les ambitions du centre financier pour renforcer les flux d’investissement entre la Chine et l’Afrique.
CFC cible les acteurs de la nouvelle vague d'expansion chinoise en Afrique
CFC cible d’abord les acteurs chinois déjà engagés, ou susceptibles de l’être, dans une stratégie africaine. "Nous savons qu’il y a un intérêt croissant des entreprises et investisseurs chinois pour le Maroc et plus largement pour l’Afrique. Plusieurs entreprises chinoises d’envergure sont déjà membres de la communauté CFC, à l’image de Bank of China, Huawei, Lenovo ou UnionPay", explique Aziz El Khyari.
"Lors de ce dernier roadshow, nous avons couvert en particulier Pékin et Qingdao, ville située dans la province du Shandong, avec l’objectif d’aller à la rencontre d’un écosystème local de premier plan : institutions financières, groupes industriels majeurs, entreprises technologiques, investisseurs et partenaires stratégiques".
"L’enjeu est de renforcer le dialogue avec les acteurs clés de la nouvelle vague d’expansion chinoise vers l’Afrique, en leur proposant un cadre idoine pour structurer la gouvernance de leurs activités sur le continent".
Si CFC cherche à attirer des entreprises chinoises engagées sur le continent africain, le centre financier rappelle que son positionnement reste celui d'une plateforme de services et de pilotage régional.
L'objectif n'est donc pas d'accueillir des unités de production, mais les structures de gouvernance et de gestion qui les accompagnent
"Nous sommes avant tout un hub de services. CFC accueille ainsi dans sa communauté à la fois des institutions financières, des holdings, des prestataires de services, mais également des sièges régionaux d’entreprises".
"En revanche, nous n’accueillons pas d’unités industrielles à proprement parler. Les groupes industriels souhaitant bénéficier du statut CFC peuvent établir chez nous leur siège régional pour piloter leurs filiales industrielles sur le continent".
Le statut CFC comme levier pour piloter les activités africaines depuis Casablanca
Pour attirer davantage d'entreprises chinoises, CFC met en avant un ensemble d'avantages destinés à faciliter leur implantation et la gestion de leurs activités à l'échelle du continent.
"Notre proposition de valeur repose sur un triptyque clair : la facilitation des affaires, un cadre opérationnel compétitif et un accès privilégié aux opportunités des marchés africains".
Aziz El Khyari explique que cette offre vise à fournir aux investisseurs un environnement adapté au pilotage de leurs opérations africaines, avec des mécanismes conçus pour simplifier leur installation et leurs flux d'activité.
"CFC agit comme une plateforme de confiance, conçue pour simplifier l’implantation des entreprises et leur permettre de piloter leurs activités africaines dans un environnement sécurisé, prévisible et agile. Pour les opérateurs chinois, cet accompagnement se traduit concrètement par une structure de coût attractive, des procédures administratives simplifiées, ainsi que des facilités de change adaptées à la gestion de leurs capitaux. Autant d’atouts qui leur permettent de structurer et de développer leurs opérations à l’échelle continentale depuis Casablanca".
Au-delà du cadre réglementaire et opérationnel, CFC met également en avant la densité de son réseau d'entreprises membres, présenté comme un facteur de réduction des risques lors d'une expansion vers de nouveaux marchés africains.
"Par ailleurs, en rejoignant notre communauté, ils bénéficient d’un écosystème d’affaires florissant comprenant près de 300 entreprises membres, dont des cabinets de conseil de premier plan, des banques et des prestataires de services professionnels. Cela réduit considérablement le risque d’exécution lors de leur pénétration des marchés africains tout en maximisant les opportunités de synergie", souligne Aziz El Khyari.
Finance, paiements et transition énergétique : les nouveaux relais de croissance
"Les flux historiques entre la Chine, le Maroc et l’Afrique demeurent fortement portés par le commerce, l’industrie manufacturière, les infrastructures et, plus récemment, les écosystèmes liés à l’automobile, aux batteries et aux énergies renouvelables. La principale évolution réside aujourd’hui moins dans la nature des investissements que dans leur montée en gamme et leur régionalisation à l’échelle du continent africain".
Cette transformation se traduit notamment par un intérêt croissant pour les services qui accompagnent le développement des activités régionales.
"Nous observons ainsi un intérêt croissant des groupes chinois pour les services financiers, les paiements transfrontaliers, les plateformes logistiques régionales ainsi que les infrastructures technologiques et numériques qui accompagnent leur développement en Afrique".
Face à cette évolution, CFC entend se positionner comme un point d'entrée permettant aux entreprises de structurer et de piloter leurs opérations à l'échelle du continent.
"Dans ce contexte, CFC se positionne comme une plateforme de référence pour accompagner cette nouvelle génération d’investissements. Notre ambition est d’offrir aux entreprises chinoises un point d’entrée unique leur permettant de structurer, financer et piloter leurs opérations africaines, tout en bénéficiant d’un environnement favorable aux flux de capitaux, au financement du commerce et à la gestion de leurs activités régionales".
Les discussions menées récemment en Chine ont également fait ressortir un intérêt grandissant pour les thématiques liées à la transition énergétique et à la finance durable.
"Les échanges auxquels nous avons récemment participé à Pékin, notamment dans le cadre des travaux de l’Institute of International Finance (IIF) et de l’Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB), ont également mis en évidence l’intérêt croissant des investisseurs chinois pour les opportunités liées à la transition énergétique, à la finance durable et aux mécanismes de financement climatique. Ces thématiques constituent des relais de croissance prometteurs, venant compléter les dynamiques déjà très fortes dans l’industrie, les infrastructures, la logistique et la technologie".
Des retombées attendues sur l'investissement, l'emploi et les flux de capitaux
Pour CFC, les retombées de cette initiative doivent avant tout être appréciées dans une perspective de long terme. L'ambition affichée est de renforcer l'attractivité de Casablanca auprès des entreprises chinoises qui souhaitent développer leurs activités sur le continent africain.
"Notre ambition s’inscrit dans le temps long. L’objectif premier est de positionner clairement CFC comme la plateforme privilégiée pour les entreprises chinoises ayant un appétit pour l’Afrique".
L’objectif premier est de positionner clairement CFC comme la plateforme privilégiée pour les entreprises chinoises ayant un appétit pour l’Afrique"Bien entendu, toute implantation se traduit par la création d’emplois à forte valeur ajoutée, le transfert de compétences, l’investissement direct étranger, mais également la mobilisation de capitaux au profit des secteurs prioritaires : infrastructures, transition énergétique, finance durable, transformation digitale, etc".
CFC mise sur les Nouvelles routes de la soie pour renforcer son rôle de passerelle vers l'Afrique
Aziz El Khyari inscrit également l'action de CFC dans le cadre du rapprochement économique engagé entre le Maroc et la Chine.
"Le partenariat entre le Maroc et la Chine dans le cadre des 'Nouvelles Routes de la Soie', formalisé en 2022, a ouvert une nouvelle séquence de coopération économique entre les deux pays. Il vise notamment à faciliter l’accès aux financements chinois pour la réalisation de grands projets au Maroc, à renforcer les échanges commerciaux, à encourager la création de joint-ventures dans les secteurs industriels et énergétiques, ainsi qu’à développer la coopération technologique et scientifique".
"Cet accord prévoit également une dimension tripartite avec l’Afrique, en particulier dans les domaines du développement durable et des projets transformateurs. L’action de Casablanca Finance City s’inscrit pleinement dans cette dynamique. En tant que première place financière du continent selon le Global Financial Centres Index (GFCI), CFC constitue aujourd’hui l’une des plateformes les plus concrètes pour accompagner les flux d’investissement, les partenariats d’affaires et les projets de coopération entre la Chine, le Maroc et l’Afrique".
Pour soutenir cette ambition, CFC a progressivement développé des partenariats avec plusieurs places financières chinoises.
"Cette ambition se traduit notamment par la structuration d’un réseau de partenariats stratégiques avec les principales places financières chinoises, afin de renforcer les passerelles entre les écosystèmes financiers et économiques des deux régions".
Aziz El Khyari cite notamment les accords conclus avec Pékin, Shanghai et Hong Kong afin de favoriser les échanges d'affaires, l'investissement et la coopération financière.
"Dès 2018, Casablanca Finance City Authority a ainsi signé un protocole d’accord avec le centre de promotion du district financier de Xicheng à Pékin. Ce partenariat vise à favoriser l’implantation d’entreprises et d’institutions financières chinoises tournées vers l’Afrique, tout en développant les échanges d’expertise dans des domaines tels que la FinTech. Cette coopération a été renforcée et élargie en octobre 2025 à l’occasion du Beijing Financial Street Forum".
"La même année, CFC a conclu un partenariat avec la Lujiazui Financial City Authority de Shanghai, l’un des principaux centres financiers d’Asie. Cette collaboration est notamment axée sur la finance durable, le développement d’instruments financiers verts et le partage de bonnes pratiques en matière de transition écologique et de financement bas carbone".
"Enfin, en 2021, un troisième partenariat stratégique a été noué avec le Hong Kong Financial Services Development Council (FSDC). Cette coopération s’inscrit directement dans l’esprit de la Belt and Road Initiative et vise à développer des synergies trilatérales entre l’Asie, le Maroc et l’Afrique à travers des initiatives conjointes en matière de développement des marchés de capitaux, de formation, d’éducation financière et de promotion des opportunités d’investissement".
"Au-delà de ces partenariats institutionnels, CFC est appelé à jouer un rôle clé pour les entreprises chinoises à vocation africaine, à la fois comme point d'ancrage pour les acteurs chinois souhaitant se développer en Afrique, et comme catalyseur de la coopération économique trilatérale entre la Chine, le Maroc et le reste du continent africain".