Imane Rmili : “Le Guide Gault&Millau apporte au Maroc une reconnaissance gastronomique”
L’arrivée de Gault&Millau au Maroc consacre la visibilité croissante de la scène gastronomique nationale. Pour Imane Rmili, présidente de la Fédération nationale des restaurateurs touristiques, cette reconnaissance internationale doit permettre de mieux structurer la profession et de faire de la cuisine marocaine un véritable levier touristique. Mais la montée en gamme soulève aussi un défi, celui de préserver la richesse du patrimoine culinaire tout en le rendant plus lisible, transmissible et exportable.
L’arrivée du guide gastronomique Gault&Millau au Maroc marque, selon Imane Rmili, présidente de la Fédération nationale des restaurateurs touristiques (FNRT), une étape importante dans la reconnaissance internationale de la cuisine marocaine.
Le premier Guide Gault & Millau Maroc 2026 paraîtra le 27 juin, avec 135 établissements sélectionnés et l'élection du "Cuisinier de l'année".
Au-delà du symbole, cette première édition pourrait accélérer la montée en gamme du secteur, renforcer la visibilité des tables marocaines et faire de la gastronomie un levier plus affirmé d’attractivité touristique.
Dans cet entretien avec Médias24, elle revient sur les enjeux de cette reconnaissance, les opportunités qu’elle ouvre pour les restaurateurs, et les défis qui restent à relever pour structurer durablement la profession.
Médias24 : Comment évolue aujourd’hui l’offre gastronomique au Maroc ?
Imane Rmili : Elle se structure, se diversifie et monte en gamme. Le fait que 220 établissements aient pu être évalués à travers tout le Royaume en dit long sur la vitalité de notre scène gastronomique.
On voit en effet émerger une nouvelle génération de restaurateurs formés, exigeants, qui assument une identité culinaire marocaine forte tout en maîtrisant les codes du service international.
- Y a-t-il davantage d’investissements dans la gastronomie marocaine en prévision de l'échéance 2030 ?
- Le Maroc travaille de plus en plus sur des programmes de valorisation de la cuisine marocaine, car elle constitue un élément essentiel de notre identité culturelle. Le dernier programme en date est celui de la SMIT, qui subventionne la création d’établissements proposant une cuisine marocaine authentique. C’est une initiative que nous saluons et encourageons vivement.
Sachant que la gastronomie s’inscrit pleinement dans la dynamique de la Vision 2030 et des préparatifs de la Coupe du monde, avec une accélération des investissements dans les infrastructures, la formation et les nouveaux concepts, nous espérons que d’autres dispositifs similaires verront le jour.
- L’arrivée de Gault & Millau au Maroc constitue-t-elle une reconnaissance internationale de la gastronomie nationale ?
- Absolument, car c’est la confirmation que notre offre gastronomique est à la hauteur des standards internationaux. Et ce n’est qu’un premier pas : je suis convaincue que d’autres guides suivront.
Notre cuisine est exceptionnelle, unique, et a toute sa place parmi les grandes gastronomies mondiales.
- Combien de restaurants marocains sont concernés par cette première édition ?
- Pour cette première édition, les inspecteurs du guide 2026 ont évalué anonymement plus de 220 établissements à travers le Royaume. Au final, 135 tables ont été retenues, dont une sélection des 20 meilleures tables du Maroc. C’est une base solide qui s’enrichira au fil des éditions.
- Y aura-t-il des établissements étoilés comme dans le guide Michelin ?
- Gault & Millau fonctionne différemment, car ce guide attribue des notes sur 20 et décerne des toques plutôt que des étoiles. L’évaluation repose sur plusieurs critères : la qualité des produits, la maîtrise technique, la créativité, la régularité et l’expérience client.
Dans ce système, une note de 10/20 constitue déjà une véritable reconnaissance. Cette approche valorise autant la personnalité d’une cuisine que sa technicité, ce qui correspond parfaitement à la richesse de la gastronomie marocaine.
- Quels bénéfices concrets les restaurateurs marocains peuvent-ils espérer ?
- Ils bénéficieront d’une visibilité immédiate auprès d’une clientèle internationale exigeante, d’une crédibilité renforcée et d’une fréquentation plus qualitative.
Car en réalité, être référencé dans le guide Gault&Millau, c’est entrer dans le radar des voyageurs à fort pouvoir d’achat qui choisissent leurs destinations en fonction de leur expérience gastronomique.
- Les restaurateurs marocains sont-ils prêts à se soumettre à ce niveau d’exigence ?
- Les meilleurs le sont déjà, et ceux qui ne le sont pas encore y voient désormais une motivation concrète. L’exigence n’est pas une contrainte, mais une opportunité de se structurer et de se distinguer.
La présence dans le guide encouragera les établissements sélectionnés à progresser davantage, tandis que ceux qui n’y figurent pas encore feront tout pour y entrer. C’est précisément la dynamique dont notre secteur a besoin.
- Ce guide peut-il devenir un levier pour élever les standards et structurer davantage la profession ?
- Du fait qu’un guide de cette envergure crée une émulation positive et pousse l’ensemble de la profession vers le haut, c’est précisément son rôle.
C’est aussi dans cette logique que la FNRT a lancé un projet de standardisation de la cuisine marocaine, inspiré de l’esprit Escoffier, afin qu’elle soit codifiée, transmissible et pleinement exportable.
- En quoi consiste ce projet de standardisation de la cuisine marocaine, inspiré de l’esprit Escoffier ?
- Il consiste à créer un référentiel de la cuisine marocaine afin de préserver notre patrimoine culinaire, ses bases, ses recettes et ses savoir-faire.
L’objectif n’est pas de figer notre cuisine, mais de la codifier pour mieux la transmettre aux générations futures et faciliter son rayonnement à l’international. Inspirée de l’esprit Escoffier, cette démarche se fera avec des chefs, des chercheurs et des professionnels du secteur. Nous sommes au tout début de ce travail de fond qui nécessitera du temps et une réflexion collective.
Dans cette continuité, nous avons également créé un mouvement appelé "Cuisine of Morocco", qui a pour objectif d’ouvrir le dialogue autour des grands enjeux de la cuisine marocaine, dont la première édition était justement consacrée à la codification et à l’exportation de notre gastronomie.
La deuxième édition a porté sur son évolution vers un modèle plus durable, en valorisant les producteurs locaux, les circuits responsables et le recyclage. Ces rencontres permettent de créer des échanges très enrichissants entre producteurs, chefs, entrepreneurs, acteurs du recyclage, experts et grand public.
- Certains restaurants marocains commencent-ils à s’exporter à l’étranger ?
- Le phénomène reste encore timide, mais il est bien réel. C’est justement pour accélérer ce mouvement que la FNRT travaille sur un projet de standardisation de la cuisine marocaine.
L’objectif est de rendre nos recettes reproductibles, exportables et reconnues à l’international, avec le même niveau d’exigence que les grandes cuisines mondiales.
- Le guide accordera-t-il une place suffisante au patrimoine culinaire marocain ?
- C’est la question centrale, car notre cuisine doit être au cœur du guide, et non à sa périphérie. Cette première édition constitue un point de départ qui évoluera avec le temps, et nous serons particulièrement vigilants sur cet aspect.
Il y aura forcément des débats sur certains choix de sélection, et c’est sain. Notre patrimoine culinaire est d’une richesse exceptionnelle et mérite d’être le fil conducteur de chaque édition.
- Que pensez de la multiplication des grandes enseignes culinaires internationales au Maroc ?
- C’est une excellente nouvelle qui témoigne de l’attractivité du marché marocain, mais il faut veiller à ce que cette présence demeure complémentaire et ne se transforme pas en concurrence déséquilibrée pour les restaurateurs locaux.
Mais notre priorité reste la valorisation et la structuration de la cuisine marocaine, qui doit demeurer le socle de l’identité gastronomique du pays.
- Ce guide peut-il faire de la gastronomie un véritable produit d’appel touristique, au même titre que l’hôtellerie de luxe ?
- C’est l’objectif, et nous en sommes très proches. Le Maroc dispose déjà d’une offre hôtelière de prestige reconnue. S'il lui manquait une reconnaissance gastronomique de même niveau, Gault&Millau pose désormais les premières pierres de ce positionnement.
La table marocaine peut et doit devenir par conséquent une destination à part entière.
- À quel horizon peut-on espérer un impact significatif sur l’attractivité touristique du Maroc ?
- La gastronomie marocaine est déjà un motif de voyage pour de nombreux visiteurs, et elle le deviendra encore davantage.
Si les effets sur la profession devraient se faire sentir dès le lancement de ce guide prestigieux, je dirais qu’il faudra compter entre trois et cinq ans pour mesurer pleinement l’impact sur les flux touristiques.
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