Gaz naturel : après le repli d’avril, les importations du Maroc repartent à la hausse
Les importations marocaines de gaz naturel via le gazoduc Maghreb-Europe (GME) retrouvent une dynamique haussière, après un creux en mars et avril qui avait alimenté les craintes d’une crise d’approvisionnement. En cause, non pas les tensions au Moyen-Orient, mais une demande électrique saisonnière plus faible, accentuée cette année par une production hydroélectrique exceptionnelle. Explications.
L’essentiel
- Depuis le début de 2026, le Maroc a importé 278 Mm³ de gaz naturel en provenance d'Espagne via le gazoduc Maghreb-Europe (GME).
- Sur les douze premiers jours de juin, les importations atteignent 26 Mm³, contre 24 Mm³ un an plus tôt.
- Le creux de mars-avril, survenu au même moment que le conflit au Moyen-Orient, n'a aucun lien avec celui-ci : aucune pénurie n'a été enregistrée en Espagne, selon une source autorisée.
- La production hydroélectrique a bondi de 513% grâce aux précipitations exceptionnelles.
- Sur les douze derniers mois, le Maroc absorbe 23,6% des exportations espagnoles de gaz (9.628 gigawattheures, GWh), deuxième client derrière la France.
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Les détails
Les importations marocaines de gaz naturel poursuivent leur progression, après des mois de mars et d'avril qui avaient enregistré les niveaux les plus faibles de l'année. Depuis le début de 2026, le Maroc a importé au total 278 millions de mètres cubes (Mm³) en provenance d'Espagne, via le gazoduc Maghreb-Europe (GME).
Au cours des douze premiers jours de juin 2026, le Royaume a importé 26 Mm³, contre 24 Mm³ durant la même période de l'année précédente. En mai 2026, les importations ont atteint 64 Mm³, contre 69 Mm³ un an auparavant.
Un creux d'avril sans rapport avec le conflit au Moyen-Orient
La baisse des importations observée en mars et avril, survenue parallèlement au déclenchement du conflit au Moyen-Orient, avait fait craindre une crise d'approvisionnement.
Jointe par nos soins, une source autorisée avait précédemment écarté tout lien entre les deux phénomènes, précisant qu'aucune pénurie de gaz n'avait été enregistrée en Espagne. Le Maroc avait par ailleurs importé des volumes supérieurs à la normale entre décembre et janvier, avec des hausses comprises entre 22% et 40%.
Il convient également de souligner que ces périodes de repli correspondent, en principe, à des phases où la demande d'électricité est plus faible. La reprise actuelle des importations s'explique ainsi par la hausse de la demande destinée à la production électrique, qui s'intensifie à partir du mois de mai, contrairement à la saison hivernale où les besoins sont moindres.
Le retour en force de la production hydroélectrique a également pesé sur la demande de gaz cette année, à la faveur de précipitations exceptionnelles qui ont permis de renflouer les barrages marocains.
Selon les données du professeur Amin Bennouna, expert en énergie, la production hydroélectrique a bondi de 513% par rapport à l'année dernière. Cumulée aux progressions simultanées du solaire et de l'éolien, cette performance des sources renouvelables a permis de compenser la diminution de la production thermique.
En termes de mix électrique, l'énergie hydroélectrique représente une capacité installée de 1.306 mégawatts (MW), contre environ 834 MW pour le gaz naturel. Le gaz, bien qu'il génère des émissions moindres que le fioul ou le charbon, nécessite des volumes considérables, comme l'illustre la centrale de Tahaddart, qui consomme en moyenne 520 millions de mètres cubes normaux (Nm³) par an.
Le Maroc, deuxième client du gaz espagnol
Sur la période janvier-mai 2026, l'Espagne s'est approvisionnée principalement auprès des États-Unis, de l'Algérie et de la Russie. Les États-Unis ont conservé leur position de premier fournisseur avec environ 52.663 GWh de gaz naturel liquéfié (GNL), devant l'Algérie, qui a exporté 49.657 GWh vers l'Espagne via le gazoduc Medgaz.
Sur le cumul janvier-mai 2026, les volumes traités par les terminaux de regazéification espagnols et réexpédiés vers le Maroc ont représenté 27,9% des cargaisons. Au mois de mai, cette part n'était toutefois que de 10%.
Sur les douze derniers mois, le Maroc pèse 23,6% des exportations espagnoles de gaz, avec 9.628 GWh, ce qui en fait le deuxième client de l'Espagne, derrière la France.
Tendrara, seule avancée à court terme
Au cours du second semestre 2026, le champ de Tendrara devrait atteindre une capacité de production de 100 Mm³ par an. Cette production ne sera toutefois pas destinée, dans un premier temps, à la génération électrique. D'une part, le champ doit préalablement être raccordé au gazoduc Maghreb-Europe (GME). D'autre part, ce volume initial demeure modeste et représente environ un dixième de la demande nationale en gaz naturel.
Une fois le champ mis en service, l'opérateur Mana Energy devrait s'atteler au lancement de la seconde phase du projet. Celle-ci permettra le raccordement au GME et l'ajout d'une production additionnelle d'environ 300 Mm³, de quoi couvrir une part significative, quoique partielle, de la demande nationale.
La comparaison avec l'Espagne, qui fournit aujourd'hui du gaz au Maroc, est instructive. Ce pays ne dispose pas de gisements gaziers importants au regard de sa consommation annuelle, mais il a historiquement investi dans des infrastructures portuaires de réception et dans un réseau de gazoducs long de 11.000 kilomètres, interconnecté avec l'ensemble de ses pays voisins.
Infrastructure gazière : trois mois après, la phase 1 reste gelée
En février dernier, le ministère de la Transition énergétique avait annoncé la suspension temporaire de l'appel d'offres relatif au développement de la première phase de l'infrastructure gazière intégrée, couvrant la réception, le stockage, la regazéification et le transport de gaz naturel, et incluant également une centrale électrique à gaz, avec pour premier point d'entrée le nouveau port de Nador West Med.
Ce projet, inscrit dans la feuille de route nationale du gaz naturel (2025-2030), prévoyait par ailleurs le développement d'un réseau de gazoducs devant relier le port de Nador West Med aux zones industrielles de Mohammédia et de Kénitra. Cette dernière s'approvisionnait auparavant en gaz naturel comprimé issu des champs du Gharb, exploités par la compagnie britannique SDX, avant que celle-ci ne cède ses concessions, sans qu'aucun repreneur ne se soit manifesté à ce jour. L'objectif affiché était de soutenir l'activité industrielle, en particulier à Kénitra, où est implantée l'industrie automobile.
La suspension s'explique par les fortes incertitudes entourant le projet. D'abord, celui-ci anticipait une hausse de la demande gazière qui reste à confirmer. Ensuite, une enquête de Médias24 a relevé une incertitude financière majeure. Les frais d'exploitation de l'infrastructure de transport, amortissement compris, étaient estimés à près d'un milliard de dirhams par an, sans qu'il soit clairement établi qui en assumerait la charge, dans le cadre d'un partenariat public-privé mal défini et en l'absence d'un acheteur engagé identifié.
Trois mois plus tard, et à l'approche de la fin du mandat gouvernemental, aucune décision n'a encore été prise, qu'il s'agisse de la relance du projet, laquelle nécessitera de toute évidence un long temps de réflexion, ou de l'engagement de nouvelles études en vue de son redimensionnement.
Dans l'attente de cette relance, la feuille de route gazière nationale ne compte donc, à court terme, que la mise en service du champ de Tendrara. Sur le plan des infrastructures, le blocage de la phase 1 gèle mécaniquement les phases 2 et 3 du projet, relatives respectivement au développement du réseau de gazoducs et à l'installation d'un second terminal de regazéification à Jorf Lasfar ou à Mohammédia.
Seul demeure véritablement sur les rails le projet de gazoduc Afrique-Atlantique, porté par l'Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), dont le lancement est désormais imminent.
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