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Gaz marocain : pourquoi Sound Energy quitte Tendrara au moment où le projet démarre enfin

Endettée et incapable de financer la phase II, la compagnie britannique cède ses dernières parts à Mana Energy alors que la production commerciale est attendue au T3-2026. Pour le Maroc, ce retrait pourrait accélérer le développement d’un projet stratégique pour la production locale de gaz et l’alimentation électrique via le gazoduc Maghreb-Europe.

Gaz marocain : pourquoi Sound Energy quitte Tendrara au moment où le projet démarre enfin
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Le 1 juin 2026 à 18h36 | Modifié 1 juin 2026 à 19h13

L’essentiel :

  • À l’approche du début de la production commerciale de Tendrara, la compagnie britannique Sound Energy a, contre toute attente, renoncé à ses derniers actifs gaziers structurants au Maroc.
  • Fortement endettée, la compagnie britannique ne pouvait ni développer de nouveaux projets ni participer au développement de la phase II du projet de Tendrara.
  • Pour le Maroc, ce retrait peut contribuer à débloquer la phase II du projet, ouvrant la voie à une accélération de la production locale de gaz pour couvrir, à terme, plus d'un tiers des besoins en électricité du pays via le gazoduc Maghreb-Europe.
  • Sound Energy choisit de rester au Maroc à travers les énergies renouvelables via sa coentreprise Tayra Energy. Elle ambitionne de devenir le premier producteur d'énergie solaire photovoltaïque du pays, avec un objectif de plus de 300 MW.

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Les détails :

La compagnie britannique Sound Energy a récemment cédé sa participation résiduelle de 20% dans la concession gazière de Tendrara à un moment qui interroge, à l'approche du démarrage de la production, prévue au T3-2026, et du début de la monétisation de l'actif.

Lors d’une réunion avec les investisseurs, tenue le 27 mai 2026, la compagnie a expliqué les raisons de cet accord avec Mana Energy, d’un montant pouvant atteindre 57 millions de dollars, en vue de l’acquisition des parts restantes de Sound Energy dans la concession gazière de Tendrara (20%) et dans le permis d’exploration de Tendrara (27,5%).

Cession de Tendrara : un accord de la dernière chance pour Sound Energy

Certes, ce sont les difficultés financières qui ont forcé ce deal, mais d'autres raisons en ont favorisé la conclusion. L'opération constitue une double opportunité pour Sound Energy: elle lui permet à la fois de se désendetter et de se libérer de son engagement dans la phase II du développement de Tendrara, qu'elle n'est plus en mesure de financer dans les conditions actuelles.

Pour le Maroc, cette cession ouvre la voie à un passage rapide à la phase II du projet de Tendrara, qui vise la production locale de plus d’un tiers du gaz destiné à la production d’électricité, grâce au raccordement au gazoduc Maghreb-Europe (GME) et à la mise en production de nouveaux puits. Le premier deal avec Managem prévoyait un début de production en 2025.

Or, un retard de plus de deux ans a été accumulé, ce qui n'a pas permis à la société de rembourser ses dettes ni de financer de nouveaux investissements. Cette situation a poussé Sound Energy à accepter cet accord comme la seule solution susceptible d’assurer sa survie financière. Les fonds issus de la cession initiale à Managem n'ont pas suffi à couvrir les besoins jusqu'à la première production de gaz, ni à atteindre la décision finale d'investissement pour la phase II.

Pour Sound Energy, malgré le retard, la phase I de Tendrara permettra une monétisation d'environ 20 millions de mètres cubes par an. Or, l’EBITDA généré devrait avoisiner les 5 millions de dollars par an, un montant largement insuffisant pour financer sa participation à la phase II.

Autre élément à considérer, l'investissement nécessaire à la phase II devra composer avec la hausse généralisée des coûts dans le secteur, qui affecte aussi bien les dépenses d'investissement (CAPEX) que les dépenses d'exploitation (OPEX). À défaut d'une décision finale d'investissement rapide, cette tendance devrait alourdir le coût total de cette phase.

Sound Energy tourne la page de l'exploration gazière au Maroc

Après cette cession, Sound Energy ne conserve que le permis d'exploration de Sidi Moktar, situé au sud d'Essaouira, à proximité du gisement de Meskala, actuellement exploité par l'ONHYM. Faute d’investissements suffisants, la priorité ayant été donnée à Tendrara, le développement de cet actif est resté limité, malgré sa proximité avec un actif stratégique et une zone d’exploration prometteuse. Le permis est arrivé par ailleurs à échéance en avril 2026.

Lors de sa dernière présentation, Majid Shafiq, CEO de Sound Energy, a annoncé que la société était toujours en pourparlers avec l'ONHYM en vue d'une extension de l'accord pétrolier.

Auparavant, la compagnie britannique recherchait une opportunité de farm-out afin de financer l'acquisition de données sismiques à plus haute résolution, susceptibles de réévaluer les cibles les plus prometteuses.

Dans son dernier bilan, Sound Energy a indiqué que, dans le cadre des discussions en cours avec l'ONHYM portant sur le renouvellement, l'extension ou la modification du programme de travaux, elle avait constaté un indice de dépréciation portant sur environ 12,5 millions de livres sterling au 31 décembre 2025. De son côté, l'ONHYM a réclamé 1,5 million de dollars au titre d'une garantie qu'elle avait consentie.

Dans ces conditions, dans le secteur de l'exploration d'hydrocarbures, Sound Energy s'apprête à abandonner l'ensemble de ses activités au Maroc. La société vise désormais à acquérir un actif en dehors du Royaume. Ce choix s’explique par le fait que l’entreprise ne recherche plus des actifs de développement, mais des actifs générateurs de trésorerie, à l'image de Predator, qui produit du pétrole à Trinité-et-Tobago.

Du gaz au solaire, un virage contraint pour Sound Energy

Au Maroc, Sound Energy devrait davantage se concentrer sur la production d'énergie renouvelable à travers sa coentreprise Tayra Energy, constituée avec l'entreprise marocaine Gaia Energy.

Le portefeuille de la coentreprise compte six sites présélectionnés parmi dix-sept. Elle a déjà déposé quatre demandes de permis, dont l'une a récemment été accordée par les autorités marocaines.

Dans ce secteur, la société indique avoir été encouragée par les autorités à étudier des projets de haute tension. Elle dispose d'un emplacement pouvant alimenter jusqu’à deux centrales électriques haute tension de 200 mégawatts.

Le financement de ces projets est, pour l'essentiel, déjà en place. Environ 80% proviennent de banques marocaines, via un financement par la dette d'ores et déjà disponible. L’apport en fonds propres attendu de Sound Energy resterait limité, ce qui doit permettre une mise en service rapide des actifs de la coentreprise.

La compagnie estime que, si elle parvient à mettre en service plus de 300 mégawatts de photovoltaïque, elle deviendra le premier producteur d'énergie solaire photovoltaïque au Maroc, hors technologie CSP de la centrale Noor Ouarzazate, qui demeure la première source d'énergie solaire du pays.

Anchois, le chaînon manquant du gaz marocain

Il faut rappeler que la découverte de Tendrara remonte à 2016, soit une dizaine d'années. Une production aurait donc pu intervenir bien avant le troisième trimestre de cette année, d'autant que les premiers indices de gaz à Tendrara datent du début des années 2000.

Le principal handicap d'une junior d'exploration tient à sa capacité de financement, ce qui explique le retard de ce projet, remis sur les rails peu après l'entrée de Managem fin 2024.

Cette entrée constitue une première pour le secteur de l’exploration des hydrocarbures, longtemps considéré comme l'apanage des seules sociétés étrangères, jugées capables de supporter le risque d'investissement. Elle s'accompagne également du passage de l'ONHYM vers le statut de SA, dont l'organisation antérieure, centrée sur la promotion, ne permettait pas une véritable logique d'investissement.

Désormais, l'enjeu pour Mana Energy est d’abord de lancer la production commerciale de la phase I de Tendrara, avec une capacité visée de 100 millions de mètres cubes. Par la suite, le passage à la phase II nécessite du travail et de l'investissement, notamment par le forage d'un puits stratégique (SBK-1) et la finalisation de l'étude de faisabilité de la phase II avant de lancer la construction.

Si la production commerciale de Tendrara est aujourd'hui sur de bons rails, une autre opportunité gazière demeure en suspens, faute de financement : celle du champ d'Anchois. Son développement reste suspendu au redimensionnement par la compagnie Chariot et à l'arrivée d'un nouvel investisseur, dont la conclusion d'un accord tarde encore.

Potentiellement, la production simultanée de Tendrara, dont les ressources sont estimées à environ 10 milliards de mètres cubes, et d'Anchois, avec environ 18 milliards de mètres cubes, pourrait couvrir une large part de la demande gazière nationale destinée à la production d'électricité. Mais au-delà du financement, la viabilité économique d'un tel projet offshore exige également du temps pour son développement.

À titre de comparaison, le champ de Banda en Mauritanie illustre ces délais. Il faut compter au moins trois ans après la décision finale d'investissement avant d'atteindre la production, soit un horizon au-delà de 2030.

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