Aïd Al-Adha 2026 : voici pourquoi le prix du mouton devrait rester raisonnable
Les tensions au Moyen-Orient pourraient renchérir le prix des moutons pour Aïd al-Adha. Les déclarations récentes d'un professionnel ont lancé le débat. Nous avons cherché à comprendre ce qui justifie une telle affirmation. Des acteurs du secteur estiment que les fondamentaux du marché devraient contribuer à maintenir les prix à des niveaux raisonnables cette année. Analyse.
Les déclarations récentes du président de l’Association nationale ovine et caprine (ANOC) à un confrère font état d’une possible hausse des prix des moutons destinés à l’abattage, en raison des impacts de la guerre au Moyen-Orient.
Nous avons essayé de contacter Abderrahmane Mejdoubi pour confirmer ses propos, mais ce dernier est resté injoignable.
Nous nous sommes donc entretenus avec d’autres sources professionnelles, dont les explications divergent. Certains estiment que les prix seront moins élevés que les deux dernières années, sans pour autant revenir au niveau d’avant-Covid. Le directeur de l’ANOC, Saïd Chatibi, estime pour sa part que les prix seront raisonnables, l’offre étant fort abondante.
Mais avant de dérouler leurs explications, deux principaux facteurs sont à prendre en considération et pourraient expliquer pourquoi les prix des moutons destinés à l’abattage devraient rester raisonnables :
- Le premier, et le principal, concerne les conditions climatiques. Sur ce plan, l’année a été particulièrement favorable au Maroc, avec des précipitations ayant eu un impact positif aussi bien sur le niveau des barrages que sur les pâturages. Cette situation offre une alternative importante aux éleveurs, notamment les petits exploitants qui représentent plus de 80% des éleveurs dans le Royaume, allégeant ainsi leurs charges liées à l’alimentation du bétail. La Direction générale de la météorologie estime d'ailleurs que l'hiver 2025-2026 est parmi les plus pluvieux au Maroc depuis 1981.
- Le deuxième facteur a trait à l’offre en ovins. Les statistiques du recensement, dévoilées fin août 2025, avaient fait état de 30,6 millions de têtes d’ovins et de caprins, deux types de bétail qui représentent 98% de l’offre durant l’Aïd.
L’offre est donc abondante. Et le prix suit la loi de l’offre et de la demande. Logiquement, les prix devraient être plus faibles que les années passées.
Un impact possible de la guerre au Moyen-Orient ?
Contacté par nos soins, Saïd Chatibi explique "qu’il est difficile de se prononcer actuellement sur l’impact éventuel de la guerre au Moyen-Orient sur le prix du bétail au Maroc".
"Aïd al-Adha est dans un peu plus de deux mois et demi. Et on ne sait pas si cette guerre va se prolonger jusqu’à l’Aïd ou si elle s’arrêtera dans les jours ou semaines à venir comme nous le souhaitons, car nous ne voulons pas que cela ait un impact sur cette fête".
Toutefois, "si la guerre venait à se prolonger, un impact indirect pourrait se faire sentir, notamment via les prix des hydrocarbures".
"Les prix commencent déjà à augmenter au niveau international. Il n’y a pas encore d’impact sensible au Maroc, mais si la tendance se confirme, cela pourrait impacter le coût du transport des animaux à l’approche de Aïd al-Adha", indique notre interlocuteur.
"À l’approche de la fête, la circulation des animaux est dense, ce qui pourrait légèrement renchérir les coûts de transport". "Toutefois, cet impact resterait limité par rapport aux prix du bétail", estime-t-il.
Notons par ailleurs que le nombre de moutons importés reste très faible par rapport à la production locale. Entre 2023 et 2024, seules 875.000 têtes ont été importées par le Maroc (386.000 têtes en 2023 et 489.000 en 2024).
Quid des matières premières entrant dans la fabrication des aliments ?
En revanche, ce qui pourrait davantage être affecté, ce sont les coûts de transport des matières premières entrant dans la fabrication des aliments. Près de 90% de ces intrants sont importés par le Maroc, principalement des États-Unis et des pays d’Amérique latine, selon le rapport 2024 du Conseil de la concurrence sur l’état de la concurrence sur le marché des aliments composés au Maroc, ce qui traduit une forte dépendance aux marchés internationaux.
"Les achats se font librement sur les marchés mondiaux, ce qui rend les producteurs marocains dépendants en matière d’approvisionnement et particulièrement exposés à la volatilité des cours des matières premières", avait indiqué le Conseil.
L’institution avait également souligné que la hausse des prix se répercute non seulement sur la production d’aliments composés, mais également sur toutes les filières aval, notamment les viandes, ainsi que sur les consommateurs finaux.
Toutefois, selon d'autres professionnels du secteur, joints par Médias24, ce risque reste gérable, d’autant que les conditions agricoles sont particulièrement favorables au cours du présent exercice. "Les ressources fourragères sont abondantes cette année", nous confirment-ils.
"Il y a des champs en abondance pour l’alimentation du bétail", ajoutent nos interlocuteurs, soulignant que "certaines parcelles céréalières, qui ont été sinistrées, ont vu des herbes sauvages pousser davantage que les céréales, ce qui permettra de les valoriser en fourrage", une ressource utilisée pour nourrir et engraisser les animaux, contribuant ainsi à réduire les charges d’alimentation pour les éleveurs.
En effet, les précipitations enregistrées cette année ont contribué à réduire les charges d’alimentation pour les éleveurs, d'autant qu'une "partie du troupeau peut désormais s’alimenter directement dans les parcours, notamment les brebis et les jeunes animaux", nous explique le directeur de l'ANOC.
"En revanche, les animaux destinés à l’Aïd ne pâturent généralement pas à l’approche de la fête, car cela comporte des risques de diarrhée, d’intoxication, de perte de poids ou de maladies. Ils doivent être engraissés, afin d’obtenir un bon rapport entre la viande et la graisse, conformément aux préférences des consommateurs marocains".
Une offre record pour Aïd al-Adha
Par ailleurs, selon Saïd Chatibi, l’élément le plus important cette année reste l’importance de l’offre.
En effet, le recensement a fait état de 30,6 millions de têtes d’ovins et de caprins. Ces petits ruminants représentant 98% de l’offre pour l’Aïd. "C’est un chiffre que nous n’avons jamais atteint dans l’histoire du Maroc, même avant la Covid", rappelle notre interlocuteur. "Même lors des années pluvieuses, on atteignait environ 26 millions de têtes", précise-t-il. "Cela constitue donc un facteur favorable".
"Et puisque les prix suivent la loi de l’offre et de la demande, nous prévoyons que les prix seront moyens par rapport aux années précédentes", précise-t-il.
"Ils ne seront pas au même niveau que les années d’avant-Covid, mais ils devraient être inférieurs à ceux des deux dernières années".
Qu'est-ce qui explique la différence de prix par rapport à la période précédant la Covid ?
"Les animaux qui arriveront à l’Aïd auront une année ou un peu plus d’une année. Ils n’ont donc pas réellement profité des précipitations récentes", souligne notre interlocuteur.
"À l’âge de neuf mois, ils se nourrissaient principalement d’aliments composés, car les éleveurs n’avaient pas d’autre choix, faute d’alimentation disponible dans les parcours en raison de la sécheresse. Or, les aliments étaient très chers ces dernières années, ce qui a généré un coût de production élevé qui accompagne déjà ces moutons bien avant l’arrivée des précipitations".
Par ailleurs, "les fortes pluies ont parfois empêché les éleveurs de sortir leurs animaux dans les champs. Ce n’est que récemment que les sorties ont repris".
Si l’on fait le calcul, un mouton âgé d’environ un an au moment de l’Aïd [prévu fin mai 2026] devrait être né autour de mai 2025.
C’est précisément à cette période que le ministère de l’Agriculture avait annoncé un programme de soutien aux éleveurs dans le cadre de la reconstitution du cheptel. Le dispositif n’avait toutefois été détaillé qu’en octobre 2025 par le ministère, avant d’être effectivement lancé en novembre de la même année.
Au total, 325.000 éleveurs ont bénéficié, entre le 5 et le 10 novembre 2025, d’un soutien financier dédié à l’alimentation du bétail, ainsi que d’une avance pour les femelles reproductrices. Une deuxième tranche, prévue en avril 2026, portera sur le versement du solde des primes de préservation.
Ces moutons ont donc été alimentés par des aliments composés durant six mois ou plus. Toutefois, même durant cette période, un système de subvention de l’alimentation existait, bien qu’il n’ait pas toujours été apprécié par les éleveurs.
Toujours selon la même source, "l’opération d’identification des animaux destinés à l’abattage, visant à déterminer le nombre exact de têtes destinées à cette fête, devrait démarrer incessamment".
"Certains tentent de compenser les pertes enregistrées l’année dernière"
Par ailleurs, d’autres sources professionnelles estiment pour leur part que les prix pourraient rester élevés, notamment en raison de l’activité des intermédiaires sur le marché, de la poursuite des importations et du manque de structuration du marché.
Selon eux, "les intermédiaires ou spéculateurs (chennaqa) dans le secteur ont déjà commencé à acheter des agneaux pour les engraisser en vue de l’Aïd. Or, l’engraissement représente un coût important que ces opérateurs cherchent naturellement à répercuter sur le prix de vente final, d’autant plus que certains tentent également de compenser les pertes enregistrées l’année dernière".
"Aujourd’hui, un agneau qui se vendait auparavant entre 1.300 et 1.700 DH peut être acheté autour de 3.500 DH", expliquent-ils. "Pour que l’opération reste rentable, compte tenu notamment d’un coût d’engraissement estimé à environ 5 DH par jour, l’animal devra être revendu autour de 5.000 DH à l’approche de l’Aïd".
Logiquement, si l'on prend en compte l'ensemble de ces facteurs (une offre importante, un climat favorable et une baisse des charges d’alimentation) et au regard de la loi de l’offre et de la demande, les prix du cheptel devraient rester raisonnables cette année.
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