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ECONOMIE

Fact-checking. Pouvoir d’achat, emploi, dette : les déclarations d’Akhannouch passées au crible

À un an des élections, Aziz Akhannouch s’est livré à l’exercice du bilan télévisé. Les sujets évoqués étaient nombreux, parmi lesquels économie. Inflation, emploi, dette, croissance... Le chef du gouvernement a défendu ses résultats et réaffirmé ses promesses. Voici la lecture de Médias24.

À un an des élections, Aziz Akhannouch s’est livré à l’exercice du bilan télévisé.
Le chef du gouvernement Aziz Akhannouch (capture d’écran).
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Le 12 septembre 2025 à 13h03 | Modifié 12 septembre 2025 à 19h45

Le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a accordé une interview le 10 septembre 2025 aux chaînes publiques Al Aoula et 2M.

Ce rendez-vous a été l’occasion d'entendre le chef de l'exécutif sur le bilan de quatre années d’action gouvernementale. Il a également présenté les priorités de la dernière année du mandat.

Il a naturellement été questionné sur le bilan économique et nombreux sont les aspects abordés.

Fidèle à sa démarche de fact-checking des discours politiques, en particulier à l’approche des élections, Médias24 a confronté les déclarations économiques du chef du gouvernement à notre analyse et aux données officielles.

La vérification concernera uniquement les données chiffrées. Ni les idées, ni les idéologies ni les lectures partisanes ne sont concernées.

Voici ce qu’il en ressort.

Inflation et pouvoir d’achat

Il s’agit d’un sujet qui touche directement la vie quotidienne des ménages marocains, tout en étant au cœur du débat politique à l’approche des élections.

Selon Akhannouch, l’inflation a été déclenchée par des chocs externes, et le gouvernement a mis en place plusieurs mesures pour lutter contre la hausse des prix.

"Après le Covid, nous avons connu un choc d’offre qui a provoqué une hausse des prix. La première réaction du gouvernement a été de soutenir les prix du marché pour que l’activité économique ne s’interrompe pas. Nous sommes intervenus sur l’électricité. Alors que le prix avait doublé en Europe, il est resté inchangé au Maroc, ce qui a coûté à l’État 2 MMDH par an. Nous avons également subventionné les professionnels du transport pour stabiliser les tarifs, et nous avons fait de même pour le blé dont les cours avaient flambé, mobilisant une enveloppe de 10 MMDH pour que la baguette reste vendue à 1,2 DH", explique Akhannouch.

"Dans l’agriculture, nous avons aussi pris en charge une partie du coût des intrants afin d’alléger les charges des agriculteurs et de contenir le prix des légumes. L’inflation a atteint 6,6% en 2022, puis 6,1% en 2023 avant de redescendre à 0,9% en 2024. Elle devrait se situer autour de 1% à 1,2% d’ici la fin de 2025. C’est le taux d’inflation le plus modeste parmi tous les pays de la Méditerranée", poursuit-il.

Notre commentaire : ce que dit le chef du gouvernement est en majeure partie vrai. Les chiffres de l'inflation énoncée sont exacts et sans les mesures engagées, la situation aurait été plus douloureuse pour les ménages modestes et vulnérables.

Mais, il faut rappeler que l’inflation est cumulative. Revenir à 0,9% en 2024 reflète seulement une inflation en glissement annuel (décembre 2024 par rapport à décembre 2023), tandis que les hausses de 2022 et 2023 restent bien présentes dans l'IPC (indice des prix à la consommation).

En d'autres termes, les prix n'augmentent plus, mais ils restent élevés. La hausse de 2022-2023 est toujours présente et maintient la pression sur le pouvoir d'achat des ménages.

Les données officielles confirment que le niveau général des prix a augmenté et que le pouvoir d’achat s’est affaibli.

Le HCP, qui a publié l’évolution du pouvoir d’achat sur la période 2000-2023, met en évidence un recul sur la période récente correspondant au mandat du gouvernement actuel, de 2022 à 2023.

Fact-checking. Pouvoir d’achat, emploi, dette : les déclarations d’Akhannouch passées au crible

Ci-dessus : l'évolution du revenu brut disponible par habitant RDBH.

En 2022, le pouvoir d’achat a diminué de 2,5% sous l’effet d’une inflation de 6,6%, malgré une progression du revenu disponible brut par habitant (RDBH). En 2023, la situation s’est légèrement redressée avec une amélioration modeste de 1,5%, grâce à une hausse du RDBH de 7,6%, absorbée en grande partie par une inflation de 6,1%.

Pour 2024, les chiffres officiels du RDBH ne sont pas encore publiés. Ils paraissent chaque année dans les comptes nationaux des secteurs institutionnels.

Mais avec une croissance de 3,8% et une inflation limitée à 0,9%, tout porte à croire que le pouvoir d’achat pourrait enregistrer une amélioration non négligeable.

Où en est la promesse d’un million d’emplois ?

En réponse à une question sur l’emploi et sur la promesse de créer un million de postes, Akhannouch affirme que le gouvernement a déjà pu en générer 600.000.

"Jusqu’à aujourd’hui, nous avons pu créer 600.000 emplois. Si l’on ajoute ce qu’a créé l’administration et ce qui sera créé d’ici la fin du mandat, nous atteindrons l’objectif", promet le chef du gouvernement.

Il ajoute : "Le problème n’est pas la création d’emplois, mais la destruction dans le secteur agricole à cause des conditions climatiques défavorables. Cette année, la campagne agricole sera exceptionnelle. La saison des olives sera record, nous allons doubler la production. La récolte de dattes progressera de 50%, celle des légumes de 20% et celle des agrumes de 25%. Cette campagne créera près de 200.000 emplois, ce qui fera baisser le taux de chômage", explique Akhannouch.

Notre commentaire : Certes, il y a une forte destruction d'emplois dans le monde rural, qui se situe de 1 à 1,2 million d'emplois depuis 2018.

Le chef du gouvernement cite, sans préciser si c'est du net ou du brut, la création de 600.000 emplois. On s'interroge aussi si ce chiffre inclut le secteur agricole ou pas. Sans ces précisions, il est difficile de se prononcer avec justesse. On peut supposer que pour atteindre ce chiffre de 600.000 emplois créés, le calcul a été fait hors agriculture qui concentre l'essentiel des destructions d'emplois.

Notons cependant qu'en 2021, lors de la présentation des principaux engagements du gouvernement sur la période 2021-2026 au Parlement, le chef de l'exécutif a clairement mentionné la création "d'au moins un million d'emplois nets au cours des 5 années".

Si l'on prend la période choisie par le chef du gouvernement, soit entre le T4-2021 et le T2-2025, on peut considérer que les créations nettes (créations moins destructions) sont de 239.000 emplois, correspondant à la différence entre le stock d’emplois de 10.624.000, à fin 2021, et celui de fin juin 2025 qui s’élève à 10.863.000.

Mais, en réalité, on ne peut pas comparer un T2 (deuxième trimestre) à un T4 (4e trimestre) car l'échantillon de l'enquête (90.000 familles) change d'un trimestre à l'autre. La seule comparaison possible est celle du même trimestre (T2 vs T2, T4 vs T4...).

Si on prend donc une période comparable, soit le T4-2021 au T4-2024, on constate une création nette de 152.000 emplois sur trois ans. Il faudra attendre la publication des chiffres du quatrième trimestre 2025 pour actualiser la situation des créations nettes sur la période 2021-2025.

À mentionner qu'entre T4-2021 et T4-2024, l’agriculture a perdu 363.000 emplois.

Cette lecture rappelle une évidence. Certes, le gouvernement ne contrôle pas les conditions climatiques, mais en économie, l’emploi se mesure toujours en création nette et sur l’ensemble des secteurs. L’agriculture ne peut être isolée puisqu’elle mobilise investissements et politiques publiques.

La finalité de la création d’emplois est de réduire le chômage, or celui-ci n’a pas reculé depuis l’arrivée du gouvernement.

Déficit budgétaire et dette du Trésor

Au sujet de la dette, Akhannouch a affirmé que la situation des finances publiques s’est nettement améliorée depuis l’arrivée de l'actuel gouvernement.

Il met en avant une forte progression des recettes ordinaires, passées selon lui de 220 MMDH en 2020 à 420 MMDH en 2024, ainsi qu’une réduction du déficit budgétaire et du ratio d’endettement.

"Les recettes ordinaires sont passées entre 2020 et 2024 de 220 à 420 MMDH. Les recettes fiscales, elles aussi, sont passées de 199 à 363 MMDH sur la même période. Concernant la dette et le déficit, au moment où nous avons commencé notre travail, le déficit budgétaire était de 7,1%. Nous terminerons l’année 2026 à 3%, et cette année à 3,5%. Pour la dette, ce qui compte n’est pas son niveau en valeur absolue, mais son poids rapporté au PIB. Lorsque notre gouvernement a pris les commandes, ce ratio était de 72,2% en 2020, et il sera ramené à 65,8% à fin 2026", souligne Akhannouch.

Notre commentaire : là il faut préciser que le mandat de l’exécutif actuel a commencé en novembre 2021.

En réalité, les recettes ordinaires sont passées de 255,7 MMDH en 2021 à 372,6 MMDH en 2024, et devraient atteindre 395,3 MMDH en 2025 (selon les prévisions du PLF 2025), soit une hausse de plus de 54,6% sur quatre ans.

Les recettes fiscales, elles, ont progressé de 214,4 MMDH fin 2021 à 300,1 MMDH fin 2024, soit une progression de 39,8%.  Ces évolutions reflètent un effort de consolidation budgétaire porté par des réformes de l’IS, de la TVA et de l’IR ainsi que l'instauration de la retenue à la source.

Mais, une partie de ces recettes provient des "financements innovants", qui constituent pour certains analystes une dette cachée. Ils sont compatbilisés dans les recettes non fiscales.

En 2022 et 2023, ces financements ont représenté près de 8% des recettes ordinaires, et en 2024 ils ont atteint 35,3 MMDH, soit 9,5% des recettes ordinaires et 2,2% du PIB.

Il y a un débat sur le recours à ce mécanisme et sa soutenabilité à long terme, car il repose sur des cessions d’actifs que l’État ne peut pas reproduire indéfiniment. Une fois cette marge épuisée, le risque est d’aboutir à un dérapage budgétaire, avec des conséquences directes sur le déficit et la dette.

Notons cependant que le FMI a admis de ne pas inclure ces financements dits innovants dans la dette du Trésor.

Croissance : une moyenne gonflée par le rebond de 2021

Au sujet de la croissance, Akhannouch déclare que "les projections officielles tablaient sur 4,4%, mais selon nos prévisions liées aux productions agricoles, il est possible que la croissance de 2025 atteigne 4,6%. Cela porterait la croissance annuelle moyenne sur la période 2021-2026 à 4,4%".

Notre commentaire : lorsqu'on parle de croissance sous ce gouvernement, il faut en réalité partir de 2022, puisque 2021 relève encore du mandat précédent. D'autant que l’année 2021 est un cas particulier marqué par un simple rebond mécanique, avec une hausse de 8,2% qui gonfle artificiellement la moyenne.

Fact-checking. Pouvoir d’achat, emploi, dette : les déclarations d’Akhannouch passées au crible
Source : HCP.

En calculant correctement la croissance moyenne sur 2022-2026, et en tenant compte des projections officielles du ministère des Finances (4,4% en 2025 et 4,2% en 2026), on obtient une moyenne de 3,6%.

Même si l’on retient l’hypothèse optimiste d’Akhannouch avec 4,6% en 2025, la moyenne ne changerait presque pas, passant seulement de 3,58% à 3,62%.

Notons aussi que la croissance est tirée d'abord par les investissements publics massifs et par la distribution des aides sociales qui a amélioré la demande.

Enfin, ajoutons une problématique fondamentale qui passe inaperçue : la part des investissements privés reste pour le moment en dessous de la moitié et, selon nos estimations, elle est inférieure à 40% du total.

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Le 12 septembre 2025 à 13h03

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