La question du pouvoir d’achat continue de nourrir le débat. Selon le HCP, entre 2000 et 2023, le pouvoir d’achat a connu une progression réelle mais inégale. La période 2000-2009 demeure la plus prospère, tandis que les années suivantes ont été marquées par un net ralentissement.
Le pouvoir d’achat est sans doute l’un des indicateurs les plus sensibles de la vie économique. Il touche directement la vie quotidienne de millions de ménages marocains et, à chaque cycle électoral, il revient comme un argument central des débats politiques.
Beaucoup se demandaient quelle avait été la véritable évolution du pouvoir d’achat des ménages. Aujourd’hui, le HCP apporte la réponse dans sa note sur les inégalités sociales qui retrace, pour la première fois, l’évolution du pouvoir d’achat de l’ensemble des ménages marocains sur une longue période, depuis le début des années 2000. Une analyse émanant d'une institution constitutionnelle qui fait autorité.
Médias24 avait déjà réalisé un exercice similaire, avec les données publiques disponibles, en comparant l’évolution de l’inflation avec celle des salaires moyens dans le public et le privé. Une approche qui apportait une lecture partielle, à l'image des données disponibles.
Voyons ce que dit le HCP sur le pouvoir d'achat.
Du boom au ralentissement
Entre 2000 et 2014, le revenu disponible brut par habitant (RDBH) a progressé d'une moyenne de 5,1% par an, tandis que l’inflation restait limitée à une moyenne annuelle de 1,6%. Cela reflète un gain moyen de 3,5% par an du pouvoir d’achat.Entre 2000 et 2014, le RDBH a quasiment doublé, passant de 11.000 à 21.000 DHDurant ces années, le revenu par habitant a presque doublé, passant de 11.000 à 21.000 DH. C’est la décennie de l’amélioration réelle, où les ménages ont senti que leur niveau de vie s’élevait.
Mais après 2014, le rythme s’est cassé. En 2016, pour la première fois, le pouvoir d’achat a chuté de près de 2,7%. Puis il a stagné jusqu’en 2019.

S'en est suivi le choc de 2020 qui a été brutal. Avec la pandémie, le pouvoir d’achat a reculé de 5,4%. La reprise en 2021 a été spectaculaire avec un bond de 7,1%, mais elle n’a pas duré. En 2022, l’inflation à 6,6% a effacé les gains et le pouvoir d’achat a encore baissé de 2,5%. En 2023, une amélioration modeste de 1,5% a été enregistrée, mais insuffisante pour effacer l’impression durable de vulnérabilité.
Quand on prend du recul, le revenu disponible par habitant a été multiplié par 2,5 en vingt ans, mais le rythme des gains a ralenti. Ainsi, entre 2000 et 2009, le pouvoir d’achat progressait de 2,8% par an. Entre 2010 et 2023, il n’a avancé que de 1,1% par an.
C’est précisément ce ralentissement qui nourrit le malaise social et, par ricochet, le débat politique. Car si les chiffres officiels montrent une amélioration sur une longue période, le ressenti des ménages est tout autre. Beaucoup ont l’impression de stagner, voire de reculer, face à la flambée des prix alimentaires, du logement ou du transport.
Pouvoir d’achat, le mot clé de la prochaine bataille électorale
Dans une analyse précédente, Médias24 avait indiqué que le pouvoir d’achat sera ainsi le terrain central de la confrontation politique de la prochaine échéance électorale.
De son côté, l’exécutif cherchera à mettre en avant les réformes entreprises comme amortisseurs à la flambée des prix. La généralisation de la protection sociale, les hausses de salaires dans le secteur public, la révision de l’impôt sur le revenu ou encore l’augmentation du SMIG seront présentées comme autant de leviers ayant permis d’atténuer l’impact de la conjoncture.
Mais la politique, comme l’économie, obéit à une règle simple. Ce n’est pas seulement la tendance de long terme qui compte, c’est l’expérience immédiate vécue par les citoyens. Et aujourd’hui, cette expérience est marquée par l’impression d’un pouvoir d’achat érodé.
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Pour ce qui est de la méthodologie utilisée par le HCP, le calcul repose sur trois étapes. On prend d’abord le revenu national brut disponible publié chaque année dans les comptes nationaux. On le divise ensuite par le nombre d’habitants afin d’obtenir le revenu disponible brut par habitant (RDBH). Ce revenu est enfin corrigé de l'inflation.
Ainsi, la variation du pouvoir d’achat correspond à l’écart entre l’évolution du revenu disponible brut par habitant et l’évolution de l’IPC :
Évolution du pouvoir d’achat (%) = évolution du RDBH (%) – évolution de l’IPC (%)
Lorsque le revenu disponible par habitant croît plus rapidement que les prix, le pouvoir d’achat augmente. À l’inverse, si sa progression est inférieure à celle de l’IPC, le pouvoir d’achat recule.
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